Sous le leadership du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, Judith Suminwa porte à la 81ᵉ Assemblée générale de l’ONU les priorités congolaises : paix, sécurité, développement durable et multilatéralisme. Pour Kinshasa, le rendez-vous intervient surtout à un moment où plusieurs engagements internationaux sur l’Est de la RDC attendent encore leur pleine traduction sur le terrain.
NEW YORK — Et si, cette fois, la République démocratique du Congo avait une carte particulière à jouer à New York ?
Près de 130 chefs d’État et de gouvernement sont annoncés en personne à la Semaine de haut niveau des Nations Unies. Le débat général de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale se tient du 22 au 26 septembre, avant une dernière journée le 28 septembre 2026. Son thème « Restaurer la confiance, gérer la transformation : des Nations Unies qui apportent des résultats pour tous » place précisément la question de l’efficacité du multilatéralisme au centre des discussions.
Pour la RDC, cette tribune intervient dans une séquence diplomatique particulièrement dense. Le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a mandaté la Première ministre Judith Suminwa Tuluka pour conduire la délégation congolaise et représenter le pays à New York. La cheffe du Gouvernement doit porter les positions de Kinshasa sur quatre axes annoncés par la Primature : paix et sécurité, développement durable, coopération internationale et renforcement du multilatéralisme.
Dès son arrivée, Judith Suminwa a tenu une séance de travail avec les équipes du ministère des Affaires étrangères, de la Mission permanente de la RDC auprès de l’ONU et de l’ambassade congolaise aux États-Unis afin de passer en revue les principaux dossiers de cette semaine diplomatique.
L’Est congolais, au cœur du dossier
Pour Kinshasa, la question sécuritaire demeure incontournable.
Depuis plusieurs années, la crise dans l’Est de la RDC mobilise le Conseil de sécurité, la MONUSCO et différents mécanismes diplomatiques régionaux et internationaux. Un tournant important est intervenu le 21 février 2025, avec l’adoption à l’unanimité de la résolution 2773 du Conseil de sécurité.
Le texte a décidé que le M23 devait immédiatement cesser les hostilités, se retirer des zones qu’il contrôlait et démanteler les administrations parallèles illégitimes établies sur le territoire congolais. Le Conseil a également appelé la Force de défense rwandaise à cesser son soutien au M23 et à se retirer du territoire de la RDC sans conditions préalables. La résolution demandait parallèlement la cessation du soutien des forces congolaises à certains groupes armés, notamment les FDLR.
Depuis cette résolution, la diplomatie s’est encore intensifiée.
Le 27 juin 2025, la RDC et le Rwanda ont signé à Washington un accord de paix facilité par les États-Unis. L’ONU avait alors salué une étape importante vers la désescalade, tout en appelant les parties à respecter pleinement leurs engagements et la résolution 2773. Les efforts conduits à Doha, sous médiation qatarie, ainsi que les initiatives de l’Union africaine, ont complété cette architecture diplomatique.
En juin 2026, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en RDC, James Swan, estimait encore que les processus de Washington, de Doha et de l’Union africaine avaient créé une voie commune vers le règlement du conflit, tout en insistant sur la nécessité d’appliquer effectivement les engagements pris.
De Washington et Doha au dialogue national
À cette architecture internationale s’ajoute désormais une initiative intérieure.
Le 27 août 2026, Félix Tshisekedi a lancé le Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Le dispositif annoncé doit commencer par des consultations dans les 26 provinces, avant des assises nationales à Kinshasa, pour une durée totale ne devant pas dépasser trois mois.
Les consultations provinciales doivent notamment permettre d’examiner les causes de l’insécurité, les conflits fonciers et coutumiers, les tensions communautaires, les insuffisances administratives, les inégalités ainsi que les obstacles au développement. Le président a posé une limite à l’inclusivité du processus : les acteurs continuant à combattre par les armes, occupant par la force une partie du territoire ou y administrant illégalement des entités ne peuvent participer comme composantes politiques dans les conditions annoncées.
Une ordonnance créant le Comité d’organisation du Dialogue national a ensuite été signée en septembre.
Ainsi, au moment où Judith Suminwa porte la voix congolaise à New York, plusieurs cadres se superposent : résolution 2773 du Conseil de sécurité, processus de Washington, négociations de Doha, médiation africaine et dialogue national congolais.
À New York, la question de l’exécution
C’est précisément ici que le thème de la 81ᵉ session prend une résonance particulière pour la RDC.
Le président de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman, a placé son mandat sous le signe de la restauration de la confiance et de la capacité des Nations Unies à produire des résultats concrets. Son programme fait de la paix et de la sécurité son premier pilier, sous l’intitulé « Faire taire les armes, amplifier les voix », avec trois orientations centrales : privilégier les solutions politiques, renforcer la consolidation de la paix et protéger les civils.
À l’ouverture de la session, il a résumé cette exigence en soulignant que restaurer la confiance suppose à la fois des résultats et des réformes.
Pour la RDC, cette logique ramène le débat à une question concrète : comment faire passer les décisions diplomatiques déjà adoptées de leur formulation internationale à leur application effective ?
Dans l’Est du pays, l’enjeu ne se limite plus à l’adoption de nouvelles résolutions ou à la multiplication des communiqués. Les engagements existants concernent déjà la cessation des hostilités, le retrait des forces concernées, le démantèlement des administrations parallèles, la protection des civils, le respect de la souveraineté congolaise et le rétablissement durable de la paix.
Pour les populations de Goma, Bukavu, Rutshuru, Masisi, Walikale et des autres zones affectées par les conflits, la portée de ces engagements se mesure d’abord à leurs conséquences concrètes : sécurité des civils, retour de l’autorité de l’État, accès humanitaire et stabilisation durable des territoires.
Une diplomatie congolaise face à l’épreuve des résultats
La présence de Judith Suminwa à New York s’inscrit donc dans une séquence plus large de la diplomatie conduite sous la présidence de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
La Première ministre doit également profiter de la semaine de haut niveau pour multiplier les contacts bilatéraux et multilatéraux dans les domaines de la paix, de la sécurité, du développement, des investissements et des partenariats économiques.
L’enjeu dépasse ainsi la seule intervention à la tribune.
La 81ᵉ Assemblée générale se déroule alors que les Nations Unies elles-mêmes reconnaissent la nécessité de replacer les solutions politiques, la protection des civils et l’efficacité du système multilatéral au centre de leur action.
Pour la RDC, le dossier présenté à New York comporte déjà des textes, des résolutions, des accords et plusieurs mécanismes diplomatiques. La séquence de septembre 2026 ouvre désormais une autre étape : celle du suivi et de l’application des engagements.
La question n’est donc plus seulement de savoir ce que les Nations Unies peuvent encore déclarer sur la crise congolaise, mais aussi comment les décisions déjà prises et les engagements déjà souscrits peuvent produire des effets vérifiables sur le terrain.
Car le thème choisi par l’ONU pour cette 81ᵉ session place précisément les résultats au centre de la restauration de la confiance.
Pour la République démocratique du Congo, entre New York, Washington, Doha, les mécanismes africains et le dialogue national lancé à Kinshasa, cette exigence rejoint désormais une attente essentielle : faire en sorte que la diplomatie de la paix puisse progressivement devenir une réalité vécue par les populations de l’Est.
Aristote TALY

