Un document, un virement de 50 000 dollars et une question toute simple : où, quand et comment la campagne de sensibilisation contre Ebola financée pour la Tshopo a-t-elle été menée ?
C’est cette interrogation que soulève RDC60 Politique après avoir pris connaissance d’un ordre de virement bancaire émanant du Cabinet du ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale.
Daté du 15 septembre 2026, le document porte la référence N°1250/CAB/MIN/SPHPS/DIR/LET/CF/RWK/0916/2026. Il est adressé au Directeur général d’United Bank for Africa (UBA), à Kinshasa/Gombe.

Son objet tient en deux mots : « Virement bancaire ».
Mais derrière cette formule administrative se trouve une somme importante : 50 000 dollars américains.
Ce que montre le document
Le courrier demande à la banque de débiter le compte intitulé CABINET MINISTRE DE LA SANTE d’un montant de 50 000 USD et de transférer cette somme sur un compte ouvert auprès de FIRSTBANK DRC, au nom de ICHWAMA LITOKA MA ELLY ELYSEE.
Le motif indiqué est précis : « Sensibilisation communautaire relative à la maladie à virus Ebola à la Tshopo. »
Le document porte les signatures d’ININA ILELA Manassé, Conseiller financier, et du Dr MUBOYAYI TSHIKAYA Romain, Directeur de Cabinet.
Une copie est également transmise au ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale ainsi qu’au Président du Caucus des députés nationaux élus de la Tshopo.
La bénéficiaire mentionnée dans le document, Ichwama Litoka Ma Elly Élysée, est députée nationale élue du territoire d’Opala, dans la Tshopo.

Et c’est précisément ici que commence l’interrogation.
À Opala, qu’a-t-on réellement fait avec ces 50 000 dollars ?
Le document établit l’existence d’un ordre de virement destiné à financer une sensibilisation communautaire contre Ebola. Mais un document bancaire ne raconte pas ce qui s’est passé sur le terrain.
Quelles localités ont été visitées ? Combien de villages ont été couverts ? Combien de personnes ont été sensibilisées ? Quels relais communautaires ont participé aux activités ? Des émissions de radio ont-elles été organisées ? Des supports de sensibilisation ont-ils été distribués ? Et sur quelle période ?
Ce sont des questions simples.
Elles sont d’autant plus importantes que 50 000 dollars représentent des moyens significatifs pour une campagne communautaire dans un territoire comme Opala.
À ce stade, RDC60 Politique ne dispose d’aucun rapport public détaillant les activités réalisées sur le terrain : localités couvertes, équipes mobilisées, durée des opérations ou résultats obtenus.
Cela ne signifie pas que la sensibilisation n’a pas eu lieu.
Et cela ne constitue pas, en soi, la preuve d’une quelconque irrégularité.
Le document permet d’établir l’ordre de virement. Il ne permet pas, à lui seul, d’établir ce qui a effectivement été réalisé sur le terrain.
C’est précisément cette partie de l’histoire qui mérite aujourd’hui d’être documentée.
Derrière les chiffres, des populations à protéger
Car derrière cette affaire de documents et de comptes bancaires, il y a surtout des hommes, des femmes et des familles.
Dans une épidémie d’Ebola, sensibiliser n’est pas une formalité administrative.
Il faut aller vers les communautés, expliquer les symptômes, combattre les rumeurs, apprendre aux familles les comportements qui peuvent limiter les contaminations et convaincre les habitants de signaler rapidement les cas suspects.
Dans des territoires ruraux, où les distances sont importantes et l’accès à certaines localités difficile, ce travail peut faire la différence.
C’est justement pour cette raison que la question de l’utilisation des moyens consacrés à la sensibilisation mérite d’être posée.
Non pas pour condamner avant d’avoir les réponses, mais pour comprendre.
Une clarification qui peut être simple
Si la campagne a effectivement été organisée, sa documentation permettrait de répondre rapidement aux interrogations.
Un rapport précisant les localités visitées, les activités menées, les personnes mobilisées et les dépenses effectuées suffirait à apporter des éléments concrets au débat.
La députée Ichwama Élysée dispose ainsi de l’occasion d’expliquer publiquement comment cette campagne a été organisée et quels résultats ont été obtenus.
Le Cabinet du ministre de la Santé pourrait également préciser les modalités d’attribution de ces fonds et les mécanismes prévus pour suivre leur utilisation.
Cette transparence serait d’autant plus utile que la lutte contre Ebola repose aussi sur une chose difficile à construire et très facile à perdre : la confiance de la population.
50 000 dollars, mais surtout une question de redevabilité
Au fond, le dossier tient en quelques faits.
Un ordre de virement daté du 15 septembre 2026.
Une somme : 50 000 dollars.
Un motif : la sensibilisation communautaire contre Ebola dans la Tshopo.
Une bénéficiaire : la députée nationale Ichwama Litoka Ma Elly Élysée.
Et désormais une question adressée publiquement aux personnes concernées :
où cette sensibilisation a-t-elle été menée, comment a-t-elle été organisée et quels résultats a-t-elle produits ?
RDC60 Politique ne conclut ni à une mauvaise utilisation des fonds ni à l’absence de campagne. Le média pose une question de traçabilité sur l’utilisation de fonds destinés à une mission de santé publique.
Car lorsqu’une somme publique est engagée pour protéger des populations, rendre compte de son utilisation ne devrait pas être perçu comme une accusation.
C’est simplement le principe de la redevabilité.
À ce stade, ni la députée Ichwama Élysée ni le Cabinet du ministre de la Santé n’ont publié de rapport détaillé sur l’exécution de cette campagne de sensibilisation.
RDC60 Politique reste ouvert à leurs explications et publiera leur version des faits dès qu’elle sera disponible.
Aristote TALY

