Invité de « Dialogue entre Congolais » après la mobilisation du 22 septembre, le député national élu de Kisangani a défendu la marche de l’UDPS/Tshisekedi et de ses alliés, répondu aux interrogations sur les événements du 15 septembre et expliqué l’absence de manifestation à Kisangani par les restrictions liées à Ebola.
Une semaine après la mobilisation de la Coalition Article 64 (C64), les rues congolaises ont accueilli, mardi 22 septembre 2026, une nouvelle séquence politique. Cette fois, l’UDPS/Tshisekedi et ses alliés avaient appelé leurs militants à manifester en soutien aux institutions de la République, à la loi portant organisation du référendum et au dialogue national annoncé par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
À Kinshasa, la marche, autorisée par l’Hôtel de ville, est partie de la 11ᵉ Rue à Limete avant de progresser vers le boulevard Triomphal. Des manifestations ont également été signalées notamment à Matadi, Lubumbashi, Kananga, Kindu, Mbuji-Mayi et Gungu. À Kisangani et Gemena, les rassemblements ont été annulés dans le contexte sanitaire lié à l’épidémie d’Ebola.
Quelques heures plus tard, cette démonstration politique s’est invitée dans « Dialogue entre Congolais » sur Radio Okapi. Autour du débat : Patrick Matata Makalamba, professeur, député national élu de Kisangani et cadre de l’UDPS ; Faustin Kwakwa, secrétaire général adjoint de l’ECIDE, membre de Lamuka et de la C64 ; et Fred Bauma, directeur exécutif d’Ebuteli. La question centrale était directe : quelle lecture faire de la marche de l’UDPS/Tshisekedi et de ses motivations ?
Patrick Matata : « Le peuple s’est levé pour dire oui »
Interrogé sur le bilan qu’il tirait de cette journée et sur son utilité politique, Patrick Matata Makalamba a défendu sans ambiguïté la mobilisation organisée à l’appel d’Augustin Kabuya.
Pour le député national, les manifestations du 22 septembre constituent une expression de ce qu’il présente comme la « maturité de l’État de droit » sous la présidence de Félix Tshisekedi.
« Le peuple s’est levé pour dire oui au président de la République, oui aux réformes qui sont conduites », a-t-il déclaré.
Dans son argumentaire, Patrick Matata a relié la mobilisation à trois axes : le soutien au chef de l’État, l’adhésion aux institutions de la République et l’accompagnement des réformes en cours. Il a notamment cité le travail du Parlement autour de la loi fixant les conditions d’organisation du référendum.
Sur ce point, le parcours institutionnel du texte est établi : adopté par les deux chambres du Parlement en juin, il a été déclaré conforme à la Constitution le 28 juillet par la Cour constitutionnelle, sous réserves concernant treize de ses quarante-quatre articles. Le président Félix Tshisekedi a ensuite demandé une nouvelle délibération parlementaire afin que les réserves de la Haute Cour soient prises en compte. Le texte figure ainsi parmi les dossiers de la session parlementaire de septembre.
Pour Patrick Matata, la rue du 22 septembre a également exprimé un soutien aux Forces armées de la République démocratique du Congo et aux services de défense et de sécurité.
Dans un contexte sécuritaire toujours tendu, il a estimé que ces forces contribuent à préserver l’intégrité du pays, évoquant ce qu’il qualifie de « complot international » contre la RDC. Cette dernière formulation relève de son appréciation politique exprimée au cours du débat.
Le contraste avec la marche de la C64 au cœur du débat
L’échange s’est ensuite déplacé vers un sujet plus sensible : la différence entre l’encadrement de la mobilisation du pouvoir et les incidents enregistrés lors de la manifestation de l’opposition, une semaine auparavant.
Le 15 septembre, la C64 avait appelé à manifester contre tout projet de changement de la Constitution. À Kinshasa et dans plusieurs provinces, Radio Okapi avait constaté un important dispositif sécuritaire, ainsi que des rassemblements empêchés ou dispersés dans certaines villes. La coalition d’opposition a par la suite fait état d’un mort, de blessés et d’interpellations ; ce bilan a été rapporté par plusieurs médias, tandis que les circonstances précises de certains incidents demeurent un sujet de controverse politique.
Face à l’hypothèse selon laquelle les autorités auraient volontairement compliqué la mobilisation de l’opposition avant d’organiser celle du camp présidentiel, Patrick Matata Makalamba a rejeté cette lecture.
« Aujourd’hui, il est clair que l’on peut manifester », a-t-il répondu, insistant sur le respect de la législation et des itinéraires arrêtés avec les autorités.
Le député a cité la mobilisation observée derrière Augustin Kabuya à Kinshasa ainsi que les rassemblements organisés à Lubumbashi et Matadi. Il les a présentés comme la preuve d’une forte participation populaire et a félicité le secrétaire général de l’UDPS pour l’organisation de la journée.
Des milliers de militants et sympathisants ont effectivement participé à la marche de Kinshasa, selon plusieurs comptes rendus de presse. Augustin Kabuya a profité de son adresse aux manifestants pour réaffirmer le soutien de son parti aux institutions, au dialogue et au processus référendaire, allant jusqu’à demander publiquement au chef de l’État d’accompagner la volonté de changement constitutionnel qu’il attribue aux participants.
Pourquoi le 22 septembre s’est-il déroulé différemment du 15 ?
Radio Okapi a également confronté Patrick Matata aux interrogations suscitées par les conditions de sécurité des deux manifestations.
Pourquoi, lui a-t-il été demandé en substance, la marche de la majorité a-t-elle bénéficié d’un encadrement sans incidents majeurs signalés, alors que celle de l’opposition avait été marquée par des tensions, des tirs rapportés, des affrontements et un décès annoncé par la C64 ?
Patrick Matata a rappelé que le gouvernement, à travers le ministère de la Justice, avait annoncé des investigations sur les événements antérieurs. Il a surtout insisté sur le fait que la manifestation du 22 septembre avait été autorisée et qu’un itinéraire avait été défini par l’autorité urbaine.
Selon lui, le respect de ce cadre administratif constitue un élément essentiel pour assurer le déroulement pacifique d’une manifestation.
Cette explication n’a toutefois pas mis fin aux questions. L’émission lui a rappelé que certaines marches de l’opposition avaient été interdites dans plusieurs villes.
Patrick Matata a alors défendu la compétence des autorités locales à apprécier les circonstances particulières susceptibles de justifier des restrictions.
Kisangani : Patrick Matata invoque Ebola
Le cas de Kisangani a occupé une place particulière dans l’échange.
Alors que l’UDPS avait appelé à une mobilisation nationale, aucune marche n’a finalement eu lieu dans la capitale de la Tshopo. Patrick Matata Makalamba, lui-même élu de Kisangani, a expliqué cette absence par les mesures sanitaires liées à Ebola.
« Nous n’avons pas marché à Kisangani », a-t-il rappelé, soulignant que les restrictions de rassemblement avaient été respectées.
Cette justification correspond aux informations publiées le 22 septembre par Radio Okapi : les manifestations prévues à Kisangani et Gemena ont été annulées dans le contexte de l’épidémie d’Ebola.
Interrogé sur l’hypothèse d’une annulation qui aurait plutôt traduit la crainte d’une faible mobilisation ou d’un rejet politique à Kisangani et Gemena, Patrick Matata a catégoriquement contesté cette interprétation.
Il a invoqué les résultats électoraux enregistrés par le camp présidentiel dans ces zones, affirmant que son courant politique y avait obtenu des scores « au-delà de 80 % ».
Une offensive politique contre l’opposition
Patrick Matata a ensuite durci son propos à l’égard de l’opposition.
Selon lui, si un camp devait craindre l’épreuve de la mobilisation populaire, ce serait l’opposition, qu’il estime désormais incapable d’être « en osmose avec la population » et de proposer une alternative susceptible de convaincre les Congolais.
Il a opposé à cette critique les réformes conduites sous Félix Tshisekedi, citant notamment l’éducation, les infrastructures et le projet de budget de l’État.
Le projet de loi de finances pour 2027 a effectivement été déposé à l’Assemblée nationale le 15 septembre par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Il est évalué à 56 929 milliards de francs congolais, soit environ 24,8 milliards de dollars, avec des priorités annoncées autour de la défense, du pouvoir d’achat, de l’agriculture, des infrastructures et de la mobilisation des recettes publiques.
Patrick Matata a également évoqué à l’antenne une extension de la politique de gratuité scolaire jusqu’à la huitième année de l’éducation de base et décrit la RDC comme un pays où les chantiers se multiplient. Ces éléments ont été avancés par le député pour soutenir sa thèse d’une adhésion populaire aux politiques présidentielles. Les sources publiques consultées confirment actuellement le maintien de la gratuité de l’enseignement primaire public ; l’extension précise évoquée par le député doit, elle, être distinguée de ce dispositif actuellement documenté.
De ces réalisations et projets, l’élu de Kisangani tire une conclusion politique : selon lui, une partie importante de la population continue de se ranger derrière le chef de l’État.
Beni et Uvira également évoquées
L’émission a enfin interrogé le député sur deux zones où les informations concernant la mobilisation étaient moins abondantes : Beni et Uvira.
Concernant Beni, Patrick Matata a invoqué le régime particulier applicable à une province concernée par l’état de siège, estimant que cette situation sécuritaire devait être prise en compte dans l’analyse de l’absence ou de la configuration d’une manifestation.
À propos d’Uvira, il a renvoyé à la situation sécuritaire récente dans cette partie de l’Est du pays.
Pour l’élu de Kisangani, ces particularités locales ne remettent pas en cause le message politique qu’il attribue à la journée du 22 septembre : un soutien au président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, aux institutions de la République et aux forces de défense et de sécurité.
Sur Radio Okapi, Patrick Matata Makalamba a donc choisi une ligne constante : présenter la mobilisation du 22 septembre comme une expression de soutien au chef de l’État, aux institutions, aux réformes et aux forces de défense, tout en défendant la possibilité de manifester dans le respect des décisions administratives et des contraintes sanitaires.
Face aux questions sur les incidents du 15 septembre, les différences d’encadrement sécuritaire, les interdictions observées dans certaines villes, l’absence de marche à Kisangani ou encore la situation particulière de Beni et Uvira, le député national a maintenu cette lecture jusqu’au terme de l’échange.
Aristote TALY

