À l’occasion de l’audition du ministre de la Santé à l’Assemblée nationale, le député national élu de Bafwasende a lancé un plaidoyer de terrain en faveur d’une riposte anticipative. Évoquant les vulnérabilités géographiques et les réalités socioculturelles, il appelle à renforcer la prévention afin de protéger durablement les populations de l’Est de la République démocratique du Congo.
L’atmosphère était empreinte de gravité dans l’hémicycle du Palais du Peuple. Réunie en séance plénière, l’Assemblée nationale a consacré ses travaux à deux dossiers majeurs : l’évaluation de la riposte contre l’épidémie à virus Ebola et les implications de la prorogation de l’état de siège. Au milieu des échanges institutionnels, une intervention s’est distinguée par son ancrage dans les réalités du terrain : celle du député national Justin Bendesana, élu de Bafwasende.
En trois minutes, le parlementaire a recentré le débat sur les défis opérationnels de la riposte sanitaire, plaidant pour une approche davantage préventive, territoriale et humaine.
Le constat d’une vulnérabilité géographique
Après avoir salué le ministre de la Santé pour les efforts engagés dans la lutte contre Ebola, Justin Bendesana a rapidement orienté son intervention vers ce qu’il considère comme une faiblesse majeure de la stratégie actuelle : l’insuffisance de la sensibilisation et du dispositif de prévention dans les zones de transit.
S’appuyant sur la situation de la province de la Tshopo, il a rappelé que le virus est arrivé depuis la province voisine de l’Ituri, en passant par Niania, une localité frontalière située entre Wamba et Bafwasende.
« Le malade a traversé tout Bafwasende pour atteindre Kisangani », a souligné le député, mettant en évidence la forte mobilité entre ces territoires.
Selon lui, l’absence de dispositifs de contrôle et de sensibilisation le long de cet itinéraire constitue une vulnérabilité importante. Pour l’élu, concentrer les efforts uniquement sur Kisangani sans renforcer les mesures en amont reviendrait à laisser persister un risque majeur de propagation.
« S’il n’y a rien au niveau de Bafwasende, on n’aura rien fait », a-t-il averti.
Associer les communautés à la riposte sanitaire
Au-delà des considérations médicales, Justin Bendesana a attiré l’attention sur les réalités socioculturelles qui influencent l’efficacité des mesures sanitaires.
Revenant sur les difficultés évoquées par le ministre concernant certaines résistances communautaires, il a rappelé que, dans plusieurs milieux ruraux, les pratiques liées aux rites funéraires et au deuil demeurent profondément enracinées.
« Il est anormal dans un milieu rural qu’on dise que quelqu’un est décédé et que les gens puissent se mettre à distance », a-t-il expliqué.
Pour le député, l’adhésion des populations ne pourra être obtenue qu’à travers une vaste campagne de sensibilisation impliquant les autorités coutumières et administratives de proximité : chefs de groupement, chefs de village, chefs de secteur et administrateurs de territoire.
« Si vous vous attribuez vous seuls cette affaire, on ne va pas s’en sortir », a-t-il insisté.
Une approche anticipative pour sécuriser l’axe Wakubi–Niania
Soucieux d’apporter des solutions concrètes, Justin Bendesana a plaidé pour une stratégie davantage orientée vers l’anticipation.
Il a notamment attiré l’attention sur Wakubi, situé à seulement douze kilomètres de Niania, où les échanges quotidiens entre les populations rendent les mouvements particulièrement importants.
Selon lui, il est indispensable d’agir avant l’apparition de nouveaux cas, notamment par l’installation d’un centre de traitement et de dépistage à Bafwasende.
Une telle infrastructure permettrait, selon sa vision, de renforcer le dispositif sanitaire entre Kisangani, Bafwasende, Mambasa, Niania et Wamba.
« Comme ça, le problème est réglé », a-t-il déclaré.
L’urgence sanitaire face aux contraintes du temps parlementaire
Alors qu’il développait encore ses propositions, le président de séance a mis fin à son intervention, rappelant que le temps réglementaire de trois minutes était écoulé.
Le député a conclu son intervention dans le respect des règles parlementaires, laissant néanmoins un message fort : la lutte contre Ebola ne pourra produire des résultats durables qu’en renforçant la prévention dans les zones de transit, en impliquant pleinement les communautés locales et en anticipant les risques avant qu’ils ne se transforment en foyers épidémiques.
À travers cette intervention, Justin Bendesana aura placé au cœur du débat une conviction claire : la victoire contre Ebola se construira autant sur le terrain, dans les villages et aux points de passage stratégiques, que dans les centres de prise en charge, grâce à une mobilisation collective et à une stratégie de proximité.
Aristote TALY

