Dans une mise au point publiée le 18 septembre, le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo revient sur son échange avec Martin Fayulu lors d’un Space consacré à la mobilisation de la C64. Il défend la légitimité de ses questions, salue le rejet de la rébellion armée exprimé par l’opposant et appelle à replacer le débat politique sur le terrain des idées, des arguments et du respect mutuel.
KINSHASA— La marche s’est achevée dans les tensions à Kinshasa, mais le débat qu’elle a ouvert continue de traverser l’espace politique congolais.
Trois jours après la manifestation organisée le 15 septembre 2026 par la Coalition Article 64 (C64), Mateus Kanga Londimo, président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo, a publié, vendredi 18 septembre, une mise au point à la suite d’un échange avec Martin Fayulu, président de l’ECIDé. Le document revient en détail sur une confrontation verbale intervenue lors d’un Space organisé le 16 septembre par le journaliste Stanis Bujakera et consacré à l’analyse de la marche de l’opposition.


Au cœur de la controverse : deux questions adressées par Mateus Kanga à Martin Fayulu. La première concernait la portée de l’expression « recourir à tous les moyens » pour s’opposer à un éventuel changement de la Constitution. La seconde portait sur le niveau de mobilisation observé lors de la manifestation du 15 septembre.
Ces interrogations, affirme Mateus Kanga dans sa mise au point, avaient pour objectif d’« éclairer l’opinion publique » et d’alimenter un débat démocratique reposant sur la confrontation des idées.
Une marche qui a basculé dans les affrontements
L’échange entre les deux responsables politiques intervient dans un contexte particulièrement tendu.
Le 15 septembre, la C64 avait mobilisé ses sympathisants à Kinshasa et dans plusieurs villes du pays pour s’opposer notamment à tout changement constitutionnel susceptible, selon l’opposition, d’ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel.
À Kinshasa, la procession partie de l’Échangeur de Limete avait d’abord progressé dans un calme relatif. Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga figuraient parmi les dirigeants présents. La situation s’était ensuite détériorée sur le boulevard Lumumba, notamment autour des 11e et 12e rues de Limete. Des affrontements avaient opposé des manifestants à des personnes présentées comme membres de la Force du progrès, structure liée à l’UDPS, tandis que la police avait fait usage de gaz lacrymogènes.
Le cortège n’avait finalement pas atteint son point de chute. Actualite.cd évaluait à plus de 5 000 personnes la masse des manifestants avant sa dispersion, une estimation journalistique qui ne constitue toutefois pas un décompte officiel.
Martin Fayulu avait ensuite accusé le pouvoir de lui avoir tendu un « guet-apens », affirmant avoir aperçu des hommes armés de machettes à quelques mètres de lui. Au moment de son reportage, Radio Okapi indiquait que la police, contactée dans l’après-midi, disait ne pas encore disposer d’un rapport sur les incidents.
C’est dans ce climat que s’est tenu, le lendemain, le Space au cours duquel Mateus Kanga a interrogé l’opposant.
« Recourir à tous les moyens » : Kanga demande une clarification
Sur le premier point, la mise au point de Mateus Kanga relève une réponse qu’elle considère comme essentielle : Martin Fayulu a réaffirmé son opposition à toute rébellion armée contre la République.
Le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo dit accueillir favorablement cette clarification. Selon son texte, une telle position s’inscrit dans l’attachement aux principes républicains et à la préservation des valeurs démocratiques.
Le sujet n’est pas anodin. Le 17 septembre, la C64 a annoncé qu’elle envisageait désormais des mesures qu’elle présente comme relevant de la « légitime défense » après les violences enregistrées pendant la manifestation.
La distinction entre contestation politique, résistance civile et recours à la violence devient donc l’un des points sensibles du débat public consécutif à la marche.
Le désaccord se déplace vers 2018
Selon le document signé par Mateus Kanga, une partie de l’intervention de Martin Fayulu a ensuite porté sur l’élection présidentielle de 2018.
Le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo estime que cette lecture relève de l’appréciation que le président de l’ECIDé continue de porter sur cette période. Il lui suggère, dans sa mise au point, de se projeter davantage vers l’avenir plutôt que de maintenir le débat centré sur le passé politique. Il s’agit ici de la position exprimée par Mateus Kanga, et non d’un constat indépendant.
La question de 2018 demeure en effet un marqueur important du parcours politique de Martin Fayulu. Mais l’échange du 16 septembre portait d’abord sur un événement beaucoup plus immédiat : la mobilisation de la C64 et ses conséquences.
La question sensible de la mobilisation
C’était précisément le deuxième point soulevé par Mateus Kanga : quel bilan tirer du niveau de participation à la marche du 15 septembre ?
Dans son texte, le président de l’Assemblée provinciale regrette que la discussion n’ait pas permis d’examiner davantage les facteurs susceptibles d’expliquer le niveau de mobilisation.
Les faits disponibles appellent ici à la prudence. La participation a varié selon les villes : Radio Okapi rapporte des rassemblements empêchés ou dispersés à Matadi, Lubumbashi, Kananga, Kisangani et Kindu, tandis qu’une marche a pu se tenir à Bandundu. À Kinshasa, la manifestation a bien rassemblé plusieurs milliers de personnes selon certaines estimations de presse, avant d’être interrompue par les violences.
Parler d’une mobilisation « faible » relève donc d’une appréciation politique qui dépend du point de comparaison retenu ; les sources consultées ne fournissent pas de comptage officiel national permettant de l’établir de manière définitive.
Pour Mateus Kanga, l’enjeu dépasse néanmoins la bataille des chiffres. Il considère que l’examen des forces et des faiblesses d’une mobilisation politique fait partie du fonctionnement démocratique et devrait pouvoir être discuté sans transformer une question sur la stratégie en confrontation personnelle.
Quand l’échange devient personnel
C’est sur ce terrain que la mise au point prend son tour le plus ferme.
Mateus Kanga affirme que certaines remarques formulées pendant le Space ont pu être perçues comme personnelles et éloignées du sujet débattu. Il revient notamment sur le terme « saoul », qui lui aurait été adressé au cours de l’échange. Le président de l’Assemblée provinciale affirme ne consommer aucune boisson alcoolisée et considère qu’un débat politique devrait rester centré sur les arguments plutôt que sur la personne qui pose une question.
Il s’interroge également sur une éventuelle allusion à son prénom, Mateus, en rappelant dans son communiqué qu’il signifie, selon lui, « Don de Dieu » ou « Don de Yahvé ».
Le document emploie ensuite une formule particulièrement sévère en estimant que l’opinion attendait du président de l’ECIDé des réponses correspondant, selon ses termes, à la stature d’un homme d’État plutôt que des « invectives relevant d’un scénario de Nollywood ». Cette appréciation appartient entièrement à Mateus Kanga et traduit la profondeur du désaccord né de l’échange.
Pluralisme, liberté d’expression et respect réciproque
Malgré la fermeté du texte, Mateus Kanga affirme maintenir son respect pour le pluralisme politique et la liberté d’expression.
Sa ligne consiste à distinguer le désaccord politique de la confrontation personnelle : même profondes, écrit-il en substance, les divergences devraient pouvoir être exprimées dans le respect mutuel, la courtoisie républicaine et la recherche de l’intérêt supérieur du pays.
Le président de l’Assemblée provinciale exprime parallèlement sa solidarité envers les victimes des incidents survenus en marge de la marche.
Mateus Kanga demande également à Martin Fayulu d’éviter ce qu’il qualifie de « sensationnalisme » et de renouer avec une posture correspondant, selon lui, aux responsabilités auxquelles aspire le dirigeant de l’ECIDé. Là encore, il s’agit explicitement du jugement formulé dans sa mise au point, et non d’une conclusion journalistique.
Un appel adressé à la majorité comme à l’opposition
La dernière partie du document élargit finalement le propos au-delà du face-à-face Kanga-Fayulu.
Mateus Kanga invite l’ensemble des acteurs politiques, « de la majorité comme de l’opposition », à privilégier le dialogue, l’argumentation et le respect réciproque. Il met en garde contre un débat public dominé par les ressentiments personnels et réaffirme son opposition à toute logique qui éloignerait la compétition politique de son cadre démocratique.
Cette conclusion replace l’épisode dans une séquence nationale plus large. Entre la controverse constitutionnelle, les tensions de rue et les accusations contradictoires nées des incidents du 15 septembre, le débat politique congolais traverse une période de forte polarisation. Les événements de Kinshasa ont montré à quelle vitesse une mobilisation politique peut basculer lorsque manifestants, groupes antagonistes et forces de sécurité se retrouvent dans un même espace.
La mise au point du président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo ajoute désormais une autre dimension à cette séquence : celle de la qualité du débat lui-même.
Car derrière les deux questions adressées à Martin Fayulu — la signification des « moyens » envisagés pour combattre une éventuelle modification constitutionnelle et l’évaluation de la mobilisation du 15 septembre — se pose une interrogation plus large : comment maintenir une confrontation politique vigoureuse sans déplacer le désaccord des idées vers les personnes ?
Mateus Kanga résume sa position dans la dernière phrase de son document : « La République démocratique du Congo a besoin d’un débat politique élevé, responsable et orienté vers des solutions aux préoccupations de nos concitoyens. »
Aristote TALY
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