Près de 2 000 cas confirmés, plus de 700 décès et une propagation qui ne faiblit pas : l’organisation humanitaire estime que les capacités actuelles ne suffisent plus à contenir l’une des épidémies d’Ebola les plus rapides jamais enregistrées.
Bunia (Ituri), République démocratique du Congo, 15 juillet 2026 — Deux mois après la déclaration officielle de l’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo, la lutte contre le virus entre dans une phase particulièrement critique. Les chiffres continuent d’augmenter, les structures de soins fonctionnent sous une pression permanente et de nouvelles zones sont progressivement touchées. Face à cette évolution, Médecins Sans Frontières (MSF) appelle à un renforcement immédiat de la réponse médicale internationale, estimant que les moyens actuellement mobilisés ne permettent plus de suivre le rythme de propagation de l’épidémie.


Selon les données communiquées par l’organisation, la RDC enregistre désormais près de 2 000 cas confirmés et plus de 700 décès. En seulement quelques semaines, cette flambée a changé d’échelle, faisant de l’actuelle épidémie provoquée par le virus Ebola Bundibugyo la troisième plus importante jamais enregistrée et la plus rapide en termes de progression.
Entre le début du mois de juin et le 12 juillet, le nombre de cas confirmés a pratiquement triplé, passant d’environ 650 à près de 2 000, tandis que les décès sont passés de 130 à plus de 700. L’épidémie représente déjà plus de la moitié du nombre total de cas recensés durant la grande flambée de 2018-2020 en République démocratique du Congo, qui avait pourtant duré près de deux ans.
« Chaque retard coûte des vies. Nous continuons à courir après l’épidémie au lieu de garder une longueur d’avance sur elle », affirme Trish Newport, responsable du programme d’urgence de MSF. Selon elle, l’accélération des contaminations, l’augmentation du nombre de familles endeuillées et les difficultés d’accès aux soins rendent indispensable une action internationale plus forte, mieux coordonnée et capable d’améliorer l’accès aux traitements contre Ebola ainsi qu’aux autres services de santé essentiels.
L’Ituri demeure le principal foyer de l’épidémie
La province de l’Ituri concentre environ 90 % des cas confirmés recensés dans le pays. Dans cette région, les équipes médicales décrivent une situation de plus en plus difficile, marquée par des centres de traitement sous tension et des patients qui arrivent souvent à un stade avancé de la maladie.
À Mongbwalu, Ayokunnu Raji, médecin et responsable des programmes médicaux de MSF, indique que les équipes observent quotidiennement les conséquences des insuffisances de la réponse sanitaire. Depuis le début des interventions de l’organisation, 57 patients ont survécu, tandis que plus de 110 personnes sont décédées après leur admission. Selon lui, un renforcement des moyens nationaux et internationaux contribuerait à limiter la transmission du virus et à réduire les pertes humaines.
À Bunia, le centre de traitement d’Ebola d’Elikiya, doté de 90 lits, fonctionne presque continuellement à pleine capacité. D’après Sylvie Kaczmarczyk, coordinatrice des urgences de MSF dans la ville, plusieurs malades choisissent d’attendre chez eux jusqu’à ce qu’une place soit disponible, retardant ainsi leur prise en charge médicale. L’organisation souligne que ces retards diminuent considérablement les chances de survie des patients.
Renforcer la surveillance et rapprocher les soins des communautés
MSF estime que la réponse à l’épidémie doit désormais être davantage déployée au plus près des communautés. Si plusieurs partenaires soutiennent déjà le ministère de la Santé, l’organisation constate que le système de surveillance est fortement sollicité par cette flambée d’Ebola et par d’autres urgences sanitaires simultanées.
Elle appelle à renforcer rapidement les activités de dépistage, de recherche des contacts, de mobilisation communautaire, de diagnostic, de prise en charge des malades, d’accompagnement des survivants ainsi que la gestion sécurisée et digne des dépouilles. L’objectif est d’identifier les cas le plus tôt possible afin d’interrompre les chaînes de transmission, tout en maintenant l’accès aux autres soins de santé essentiels.
MSF souligne également que certaines restrictions de circulation, notamment les fermetures de frontières, les obligations d’autosurveillance et les contraintes imposées aux équipes humanitaires, compliquent le déploiement du personnel spécialisé dans la lutte contre Ebola.
Plus de 2 200 personnes mobilisées par MSF
Depuis le début de cette épidémie, MSF a mis en place sept centres de traitement d’Ebola à Bunia, Mongbwalu, Komanda, Goma, Butembo, Bukavu et Lwiro, ainsi que plus de quinze unités d’isolement réparties dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de la Tshopo.
Ces structures représentent une capacité de plus de 430 lits. Jusqu’au 14 juillet, les équipes de MSF avaient admis plus de 968 patients, dont 357 cas confirmés, et accompagné le rétablissement de 116 survivants. Plus largement, l’organisation poursuit son appui au ministère de la Santé dans les activités de surveillance, de dépistage, de mobilisation communautaire, de formation des professionnels de santé et de maintien des services médicaux essentiels. Plus de 2 200 personnes, dont 800 agents du ministère de la Santé soutenus par MSF, participent actuellement à cette réponse sanitaire.
Une épidémie qui s’inscrit dans un contexte humanitaire complexe
Au-delà de la propagation du virus, MSF rappelle que cette épidémie survient dans un contexte marqué par les conflits armés, les déplacements de populations et plusieurs urgences sanitaires simultanées. Les équipes médicales interviennent également contre le choléra, le paludisme, la rougeole, la malnutrition, le VIH, la tuberculose et les conséquences des violences, alors que l’arrivée de la saison des pluies pourrait accentuer encore la pression sur un système de santé déjà fortement sollicité.
Dans ce contexte, l’organisation humanitaire estime qu’un renforcement rapide des ressources nationales et internationales demeure indispensable afin d’améliorer l’accès aux soins contre Ebola, tout en garantissant la continuité des autres services de santé et de l’assistance humanitaire, notamment en matière d’eau, d’assainissement et de soins de base.
Aristote TALY

