Au moins quatorze structures sanitaires ont définitivement fermé leurs portes dans le territoire de Mambasa (Ituri). Les récentes incursions des rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) dans les chefferies de Bombo et Bandaka ont non seulement semé la mort, mais aussi anéanti un système de santé déjà exsangue.
Ces attaques, survenues entre le 11 et le 16 mars, ont ciblé successivement les villages de Muchacha et Babesua. Le bilan humain est lourd – plus d’une trentaine de civils tués – mais les conséquences sanitaires pourraient s’avérer encore plus dévastatrices à moyen terme . Les aires de santé de Badengaido et Bafwakoa sont aujourd’hui totalement désertes. À Mabovu, Penge et Muchacha, aucun dispensaire ne fonctionne plus. Le personnel médical, pris pour cible ou ayant fui les violences, a abandonné les postes.
« À Badengaido, un auxiliaire était resté pour les soins urgents, mais tous les autres ont fui. Même l’aire de santé voisine de Bafwakoa s’est vidée », témoigne le Docteur Joseph Pemanakue, médecin chef de la zone de santé de Niania, joint par nos soins .
UN SYSTÈME DE SANTÉ À GENOUX
Si les structures locales sont à l’arrêt, celles situées dans les zones jugées plus sûres subissent un afflux impossible à gérer. Le centre de santé de Niania enregistre actuellement plus de 90 nouveaux patients par semaine, selon les derniers décomptes des équipes médicales sur place . Ces déplacés, qui ont tout perdu, arrivent avec des pathologies graves exacerbées par les conditions de fuite.
« Quand la population se déplace, la maladie se déplace avec elle », alerte le Dr Pemanakue.
Les équipes soignantes rapportent une recrudescence des cas de paludisme, de fièvre typhoïde, de maladies liées à l’insalubrité de l’eau, ainsi que des complications obstétricales. Dans un contexte de pénurie aiguë de médicaments, certains malades sont contraints de passer la nuit à la belle étoile, faute de places et de ressources financières . Au moins trois personnes déplacées sont déjà décédées faute de soins appropriés, selon les autorités locales .
UN EXODE MASSIF AUX CONSÉQUENCES DÉSASTREUSES
L’impact des violences dépasse largement le cadre médical. L’insécurité a provoqué un déplacement massif des habitants des villages environnants, notamment ceux de Malembi, contraints de fuir vers Apodo, dans la province voisine du Haut-Uele.
Dans ces zones désertées, ce sont des vies entières qui se sont arrêtées. Les écoles, comme celles du centre éducationnel de Badengaido, sont fermées, privant près de 5 082 enfants d’éducation . Les champs, principale source de subsistance, sont à l’abandon, menaçant directement la sécurité alimentaire de milliers de familles. Les axes routiers sont coupés, paralysant toute activité économique et entravant l’acheminement de l’aide humanitaire .
Face à l’ampleur de la catastrophe, le Dr Pemanakue lance un appel urgent à la communauté internationale. Si Médecins Sans Frontières (MSF) a été contacté depuis sa base de Kisangani, l’intervention est suspendue à une condition préalable : la sécurisation de la zone . Sans cette garantie, aucune organisation humanitaire ne peut s’aventurer pour évaluer l’urgence.
« Nous avons un besoin urgent de médicaments pour ces malades. Un appui alimentaire est également indispensable pour ces populations déplacées qui n’ont rien à manger », insiste le médecin .
L’armée congolaise affirme mener des opérations de traque contre les ADF dans cette région forestière, mais les moyens alloués restent largement insuffisants face à la mobilité et à la détermination des rebelles. En attendant, l’abandon des structures de santé transforme une tragédie sécuritaire en une catastrophe humanitaire silencieuse, où ceux qui survivent aux balles risquent aujourd’hui de succomber aux maladies.
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