ROUGEOLE EN RDC : DES ENFANTS EN PREMIÈRE LIGNE D’UNE CRISE SANITAIRE AGGRAVÉE PAR L’INSÉCURITÉ ET L’ISOLEMENT

La République démocratique du Congo fait face, une fois de plus, à une flambée préoccupante de la rougeole. En 2025, la maladie a frappé presque l’ensemble du territoire national, avec plus de 82 800 cas suspects recensés et plus de 1 170 décès, selon les données sanitaires disponibles. Derrière ces chiffres, une réalité brutale : celle d’enfants exposés à une maladie pourtant évitable, dans un environnement marqué par la fragilité du système de santé, l’insécurité persistante et la détérioration de l’accès aux soins.
Cette recrudescence intervient dans un contexte sanitaire déjà saturé. La cohabitation de plusieurs urgences — notamment la rougeole, le mpox et le choléra — exerce une pression constante sur des structures de santé insuffisamment dotées. À cela s’ajoutent la baisse des financements humanitaires et l’instabilité sécuritaire, particulièrement dans l’est du pays, qui compliquent toute réponse durable.
UNE RIPOSTE MÉDICALE DANS L’URGENCE ET LA CONTINUITÉ



Face à l’ampleur de la crise, Médecins Sans Frontières (MSF) a renforcé son appui aux autorités sanitaires congolaises. Les équipes ont déployé des interventions d’urgence combinant prise en charge médicale et campagnes de vaccination, dans un contexte de transition marqué par l’introduction récente du vaccin combiné rougeole–rubéole dans le programme national de vaccination de routine.
Entre février et juin 2025, des réponses rapides ont été mises en œuvre dans plusieurs provinces, dont l’Ituri, la Tshopo, le Nord-Ubangi, le Maniema, le Sankuru et le Grand Katanga. Ces interventions ont permis de freiner la transmission, de prévenir des complications graves et de réduire la mortalité associée à la maladie.
Au fil des mois, de nouvelles flambées ont émergé au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, au Tanganyika, au Haut-Lomami et au Sud-Ubangi, obligeant les équipes à élargir et intensifier leurs actions.
DES COMMUNAUTÉS MARQUÉES PAR LA PERTE ET LA PEUR
Dans plusieurs zones rurales, la rougeole a laissé des traces profondes. À Budjala, dans le Sud-Ubangi, certaines communautés ont été durement touchées. Des familles ont vu leurs enfants succomber à une maladie qui se propage rapidement dans des contextes de promiscuité et de vulnérabilité.
Les campagnes menées par MSF ont intégré une approche globale : vaccination, évaluation nutritionnelle, supplémentation en vitamine A, traitement antiparasitaire et interventions préventives multi-antigènes. Sur l’ensemble de l’année 2025, près de 21 000 patients ont été pris en charge et plus de 1,1 million d’enfants vaccinés, à travers 22 interventions de riposte. Les efforts se poursuivent en 2026.
POURQUOI LA ROUGEOLE CONTINUE DE PROGRESSER
Si la rougeole peut être prévenue grâce à une vaccination en deux doses, son contrôle repose sur une couverture vaccinale élevée et constante, difficile à atteindre en RDC. Le pays souffre d’un sous-financement chronique du système de santé, fragilisant la surveillance épidémiologique, l’approvisionnement en vaccins et l’accès aux soins de base.
Dans de nombreuses structures, le manque d’électricité compromet la chaîne du froid. Les pénuries de personnel formé, de matériel médical et de moyens logistiques ralentissent la réponse. À cela s’ajoutent les distances, l’état des routes, les coûts de transport et certaines réticences communautaires liées à la désinformation ou à des croyances culturelles.
Pour de nombreux parents, la gratuité des soins et la présence d’équipes médicales font toute la différence, dans un environnement où chaque obstacle supplémentaire peut retarder une prise en charge vitale.
L’EST DU PAYS, ÉPICENTRE D’UNE VULNÉRABILITÉ ACCRUE
Dans l’est de la RDC, les conflits armés et les déplacements massifs de population aggravent la situation. Les familles contraintes de fuir interrompent les calendriers de vaccination des enfants, tandis que les conditions de vie précaires favorisent la propagation des maladies.
Les zones de déplacement, souvent surpeuplées et mal desservies en eau et assainissement, constituent un terrain propice aux flambées épidémiques. L’insécurité rend également l’acheminement des vaccins extrêmement complexe. Les routes dangereuses, les affrontements sporadiques et les restrictions logistiques retardent les campagnes de vaccination, laissant au virus le temps de se diffuser.
Les contraintes de transport, notamment depuis Kinshasa vers certaines provinces de l’est, ont considérablement augmenté les délais et les coûts, mettant sous pression des ressources déjà limitées.
UNE URGENCE SANITAIRE SOUS FINANCEMENT
Cette crise se déroule alors que les financements humanitaires connaissent une baisse significative. En 2025, seule une fraction du plan de réponse humanitaire a été financée, affectant directement les secteurs de la santé et de l’eau, hygiène et assainissement.
Si certaines organisations parviennent encore à intervenir grâce à des modèles de financement indépendants, l’ensemble de la chaîne de réponse reste fragilisé. La réduction des ressources compromet la prévention et laisse des milliers d’enfants exposés à une maladie évitable.
PROTÉGER LES ENFANTS, UNE RESPONSABILITÉ COLLECTIVE
Dans ce contexte, la lutte contre la rougeole en RDC dépasse la seule réponse d’urgence. Elle exige une collaboration renforcée entre autorités sanitaires, partenaires humanitaires et communautés locales, afin de consolider la vaccination, renforcer les systèmes de santé et garantir un accès équitable aux soins essentiels.
Car derrière chaque statistique se joue une réalité simple et urgente : la protection des enfants face à une maladie évitable, dans un pays où l’accès aux soins reste un défi quotidien.
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Rédaction: Aristote TALY
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