Critiqué pour avoir adressé une question orale avec débat au gouverneur Paulin Lendongolia alors qu’il a lui-même appartenu à son gouvernement, Senold Tandia Akomboyo se retrouve au centre d’une controverse politique. Mais derrière les critiques, une réalité institutionnelle demeure : revenu à l’Assemblée provinciale, l’élu de Kisangani exerce aujourd’hui les prérogatives que lui confère son mandat.
Kisangani — Analyse RDC60 Politique. Peut-on reprocher à un député de contrôler un gouvernement simplement parce qu’il en a autrefois été membre ?
C’est, au fond, la question soulevée depuis que Senold Tandia Akomboyo a déposé, le 2 octobre, une question orale avec débat adressée au gouverneur Paulin Lendongolia sur la politique générale de son gouvernement. L’élu affirme notamment vouloir porter devant l’Assemblée les préoccupations recueillies auprès de la population pendant les vacances parlementaires.
Ses détracteurs lui opposent son propre passé : Tandia a effectivement été ministre provincial au sein du premier gouvernement Lendongolia avant de regagner son siège à l’Assemblée provinciale le 21 avril 2026.
Mais avoir gouverné hier ne supprime pas les responsabilités parlementaires d’aujourd’hui.
Depuis son retour à l’hémicycle, Tandia n’agit plus comme ministre. Il siège comme député provincial. Et l’article 197 de la Constitution confie explicitement à l’Assemblée provinciale la mission de contrôler le gouvernement provincial.
La question orale avec débat appartient justement aux mécanismes de contrôle parlementaire reconnus dans l’ordre institutionnel congolais.
Dès lors, le débat devrait peut-être être déplacé.
La véritable question n’est pas de savoir si Tandia a le droit de poser des questions. Elle est de savoir si les préoccupations qu’il soulève sont fondées et quelles réponses le gouverneur apportera devant les élus.
Son passé de ministre n’est pas à effacer
Défendre la légitimité de son contrôle ne signifie pas réécrire son histoire.
Si certaines questions concernent directement la période durant laquelle Senold Tandia appartenait lui-même au gouvernement, son action passée peut également être interrogée. C’est une exigence de cohérence et de redevabilité.
Mais cette responsabilité éventuelle ne transforme pas son ancien statut de ministre en interdiction permanente de contrôler l’Exécutif.
Elle peut même rendre le débat plus intéressant : Tandia connaît de l’intérieur une partie du fonctionnement du gouvernement qu’il interroge aujourd’hui.
Et les relations entre les deux hommes ne se résument pas nécessairement à une confrontation. En mai 2026, le gouverneur Lendongolia a notamment officialisé le CAPCOSD, un mécanisme dont l’initiative avait été portée par Tandia lorsqu’il était encore ministre provincial du Plan.
Contrôler n’est pas déstabiliser
C’est probablement le point essentiel.
La Tshopo cherche à préserver la stabilité de ses institutions, sujet encore discuté récemment entre l’Assemblée provinciale et l’Exécutif.
Mais la stabilité institutionnelle ne peut signifier l’absence de questions.
Une question orale avec débat n’est pas, en elle-même, une condamnation du gouverneur. Elle lui offre également l’occasion de présenter son bilan, d’expliquer ses décisions et de répondre publiquement aux préoccupations soulevées.
Si les interrogations de Tandia sont infondées, le débat permettra au gouverneur de le démontrer.
Si certaines sont justifiées, la population aura droit aux explications.
Et si la responsabilité de certaines décisions remonte à l’époque où Tandia était lui-même ministre, il devra également l’assumer.
C’est précisément ainsi que devrait fonctionner une démocratie provinciale mature : celui qui contrôle pose les questions, celui qui gouverne répond, et les citoyens jugent sur les faits.
Au fond, l’enjeu dépasse donc Senold Tandia et Paulin Lendongolia.
La stabilité ne devrait pas protéger les institutions contre le contrôle. Elle devrait leur permettre de supporter le contrôle sans transformer chaque question parlementaire en crise politique.
Aristote TALY
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