Devant la diaspora congolaise en Russie, vendredi 30 octobre, le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a vivement mis en cause son prédécesseur, Joseph Kabila, accusé de servir les intérêts de Kigali. Du conflit dans l’Est aux conditions du dialogue national, en passant par l’état de l’armée et la mort du militant Manassé Lomboto, le chef de l’État a répondu sur plusieurs fronts.
“Tout Rwandais n’est pas notre ennemi.” Au milieu d’une intervention particulièrement offensive à Moscou, Félix Tshisekedi a tenu à distinguer la population rwandaise du pouvoir de Paul Kagame. Le président congolais désigne le régime de Kigali comme responsable de la déstabilisation de la RDC et lui oppose la possibilité de relations différentes entre les deux pays après le départ de ses dirigeants actuels.
Cette distinction accompagne une charge directe contre Joseph Kabila. Devant ses compatriotes, le chef de l’État accuse son prédécesseur de s’être rapproché des mêmes acteurs qu’il aurait autrefois rendus responsables de la mort de son père, Laurent-Désiré Kabila.
Une confidence rapportée de la période FCC-CACH
Pour appuyer son accusation, Félix Tshisekedi revient sur une conversation qu’il situe à l’époque de leur coalition. Joseph Kabila lui aurait alors confié son hostilité envers les Rwandais, en les accusant d’avoir tué son père.
Le président présente cette confidence comme le signe d’une contradiction entre les paroles passées de son prédécesseur et ses engagements actuels. Il évoque également une implication de certains Libanais dans le récit que Joseph Kabila lui aurait fait de cet assassinat.
Il s’agit du témoignage de Félix Tshisekedi sur un échange privé. Cette déclaration ne constitue pas, à elle seule, une preuve des responsabilités dans la mort de Laurent-Désiré Kabila.
Des mots particulièrement durs contre Joseph Kabila
Le président ne s’en tient pas à cette confidence. Il reprend aussi une formule dégradante déjà employée à propos de son prédécesseur : “Ils ont pris leur chien pour le placer à la tête du pays.”
Félix Tshisekedi affirme avoir voulu décrire une relation d’obéissance envers Kigali. Il soutient que Joseph Kabila aurait été installé pour servir des intérêts extérieurs, puis aurait accepté de se remettre à leur service.
Dans son récit, le chef de l’État établit un parallèle entre la rébellion ayant porté Laurent-Désiré Kabila au pouvoir en 1997 et la recomposition actuelle de la rébellion autour de Joseph Kabila. Il accuse leurs promoteurs de présenter un projet de libération tout en cherchant à maintenir une domination sur les Congolais. Ces affirmations restent celles du président congolais.
“Tshilombo le Terrible”, la réplique à “Ivan le Terrible”
Félix Tshisekedi répond également au surnom d’“Ivan le Terrible” utilisé par Joseph Kabila à son encontre. Son prédécesseur aurait plutôt dû l’appeler “Tshilombo le Terrible”, lance-t-il.
Au-delà de cette réplique, il attaque le bilan des années Kabila. Il accuse l’ancien président de s’être considérablement enrichi pendant son exercice du pouvoir et d’avoir affaibli l’armée congolaise. Ces accusations sont formulées sans que les comptes rendus consultés présentent un inventaire patrimonial ou une démonstration détaillée permettant de les établir.
Sur la défense, Félix Tshisekedi affirme avoir découvert une situation très éloignée de celle que lui présentaient les responsables militaires à son arrivée. Il soutient avoir hérité d’une armée profondément affaiblie et avoir été induit en erreur par des généraux sur ses capacités réelles.
Kigali accusé de donner une apparence congolaise au conflit
Le président présente la place prise par Joseph Kabila dans la rébellion comme une manœuvre destinée à modifier la lecture de la guerre. À ses yeux, Kigali chercherait à faire apparaître comme un affrontement entre Congolais ce qu’il dénonce comme une agression extérieure.
Il affirme que le Rwanda aurait poussé son prédécesseur à prendre la tête de la rébellion dans ce but. L’accusation vise donc à la fois les soutiens extérieurs du mouvement et le rôle politique de l’ancien chef de l’État.
Le dialogue soumis à une rupture avec Kigali
Sur le dialogue national, Félix Tshisekedi pose une condition : les participants devront n’avoir “rien à voir avec le Rwanda”. Il demande aux personnes concernées de dénoncer leur passé et de rompre leurs liens avec Kigali.
Le chef de l’État refuse ainsi de recevoir à la table des discussions des acteurs qu’il considère comme les représentants des intérêts rwandais. Il soutient qu’ils y défendraient les demandes de Kigali plutôt que celles des Congolais.
Il annonce également la composition prochaine du comité chargé d’organiser les concertations. L’ouverture du dialogue est donc réaffirmée, mais son périmètre sera encadré par les conditions présidentielles de participation.
“Je ne prendrai jamais les armes contre mon pays”
Face à la diaspora, Félix Tshisekedi demande aussi aux Congolais de ne pas permettre le retour au pouvoir des acteurs qu’il met en cause. Il présente le rétablissement de la paix comme sa mission et affirme que son propre passage à la tête de l’État sera temporaire, tandis que le pays lui survivra.
“Je ne prendrai jamais les armes contre mon pays”, déclare-t-il.
Cet engagement accompagne son accusation contre les responsables politiques qui choisissent la rébellion. Le président revendique pour lui-même une conduite différente, y compris face à l’hostilité politique dont il peut faire l’objet.
Manassé Lomboto : une version présidentielle contestée
Félix Tshisekedi aborde également la mort de Manassé Lomboto. Il affirme que le militant est décédé d’une maladie et rejette les accusations liant son décès aux violences ayant entouré la marche de l’opposition du 15 septembre à Kinshasa.
Il soutient par ailleurs qu’aucun manifestant n’est mort en manifestation depuis son arrivée au pouvoir. Cette affirmation présidentielle nécessite une vérification distincte ; elle ne peut être tenue pour établie sur la seule base de son intervention.
Martin Fayulu a contesté la version donnée sur Manassé Lomboto. Le dirigeant de l’ECiDé affirme que le militant est mort des suites d’une agression le 15 septembre et met en cause la Force du progrès, liée à l’UDPS. Les versions du président et de l’opposant divergent donc sur la cause du décès ; les éléments consultés ne permettent pas de trancher médicalement ou judiciairement cette question.
Les accusations de dictature rejetées
Le chef de l’État rejette enfin les accusations de dictature portées contre son pouvoir. Il qualifie l’opposition de “faible”, poursuivant une intervention marquée par la confrontation avec ses adversaires politiques.
RDC60 Politique – Rédaction
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