À l’ouverture de la session budgétaire de septembre, le sénateur élu de la Tshopo fixe trois priorités : rompre avec la logique de promotion politique par les armes, accélérer les investissements dans l’électricité et les routes à l’Est, et renforcer la programmation militaire avec Kisangani comme pôle stratégique.
KINSHASA — À peine les portes de la nouvelle session parlementaire ouvertes au Palais du peuple, Jean Bamanisa Saïdi a posé ses dossiers sur la table : dialogue national, développement de l’Est et défense.
Ouverte le 15 septembre 2026, la session ordinaire est traditionnellement consacrée au budget. Cette année, elle intervient dans un contexte particulièrement chargé, entre préparation du dialogue national, défis sécuritaires persistants et examen du projet de loi de finances 2027. Le gouvernement a arrêté ce projet à 57 500 milliards de francs congolais, soit environ 24,8 milliards de dollars.
À la sortie de la cérémonie solennelle, le sénateur de la Tshopo a toutefois élargi le débat au-delà des chiffres.
Dialogue : fermer la voie de la promotion par les armes
Sur le dialogue national initié par le président Félix-Antoine Tshisekedi, Jean Bamanisa Saïdi défend le principe de concertation, mais pose une limite : celle-ci ne devrait plus permettre à des acteurs armés de revenir dans les institutions par la négociation.

« Le dialogue ne doit plus servir de sas de recyclage des hommes armés », a-t-il soutenu en substance, mettant en garde contre « l’introduction des éléments qui, demain, reprennent les armes ».
Sa ligne n’est pas nouvelle. En août, le sénateur avait déjà présenté le dialogue comme une méthode de gouvernance nécessaire, tout en questionnant les processus qui débouchent sur le repositionnement politique de certains acteurs.
Pour Bamanisa, l’accès aux responsabilités publiques doit désormais se faire « suivant les normes, suivant les règles », dans le cadre des institutions et des lois de la République.
L’enjeu qu’il soulève est celui d’un cycle qui a marqué plusieurs épisodes de l’histoire politique et sécuritaire congolaise : rébellion, négociation, intégration puis, dans certains cas, reprise des armes. Dans son intervention, le sénateur appelle à rompre avec cette mécanique et à préserver le dialogue comme instrument de paix et de cohésion, plutôt que comme voie d’accès aux fonctions publiques.
Pour l’Est, deux urgences : électricité et routes
Le deuxième axe de son intervention concerne directement l’Est du pays.
Dans la perspective des discussions consacrées aux provinces orientales, Jean Bamanisa identifie deux priorités structurantes : l’électricité et les routes.
« Nous allons veiller à ce que cela soit fait », a-t-il déclaré.
Sur l’énergie, l’élu de la Tshopo porte ce dossier depuis plusieurs mois. En février 2026, il demandait notamment le renouvellement des trois turbines de la centrale hydroélectrique de la Tshopo, des équipements électriques et d’une partie du réseau de distribution de Kisangani. Il plaidait également pour la réhabilitation complète de Tshopo 1 et le développement de Tshopo 2.
Le même mois, il avait annoncé, à l’issue de démarches institutionnelles, un financement envisagé de 150 millions de dollars pour la réhabilitation du réseau électrique de Kisangani, tout en appelant à accélérer les procédures nécessaires au lancement effectif des travaux.
Les routes constituent l’autre volet de cette approche. Bamanisa a d’ailleurs déposé en juillet une proposition de loi sur les principes fondamentaux des travaux publics, destinée notamment à mieux encadrer la planification, le financement, la réalisation, l’entretien et le contrôle des infrastructures publiques.
Son message de rentrée relie ainsi la question de la paix à celle des infrastructures : dans les provinces de l’Est, la réponse sécuritaire doit, selon lui, s’accompagner d’investissements dans les réseaux routiers et énergétiques.
Programmation militaire : Bamanisa annonce des amendements
Troisième dossier : l’armée.
« Vous avez oublié un dossier », a lancé le sénateur en évoquant la loi de programmation militaire, sur laquelle il affirme disposer d’« un certain nombre d’amendements ».
Le dossier est déjà avancé au Parlement. Le projet de programmation militaire 2027-2030 a été présenté à l’Assemblée nationale en juillet par le vice-Premier ministre chargé de la Défense, Guy Kabombo Muadiamvita. Il doit succéder à la programmation 2022-2025 et vise notamment la professionnalisation, l’équipement, les infrastructures et la montée en puissance des FARDC.
Le gouvernement avait également présenté ce nouveau cadre comme un moyen d’assurer un financement plus durable des besoins militaires et des opérations.
Pour Jean Bamanisa Saïdi, l’un des enjeux doit concerner Kisangani, qu’il souhaite voir devenir une véritable base militaire.
Cette position avait déjà été formalisée en mars 2025. Le sénateur avait alors plaidé auprès des institutions nationales pour la construction et la réhabilitation de camps, casernes et infrastructures militaires, avec l’objectif de renforcer notamment le rôle stratégique de Kisangani.
Budget, développement et sécurité
Les trois dossiers évoqués par Jean Bamanisa se retrouvent désormais face à une même question parlementaire : celle des moyens de l’État.
Le budget 2027, la programmation militaire, les infrastructures de l’Est et les arriérés législatifs figurent dans une session dont les bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat ont commencé à harmoniser le calendrier dès le 16 septembre. Les deux chambres ont notamment retenu l’examen de la loi de finances, le contrôle parlementaire et l’apurement des matières législatives en attente parmi leurs priorités.
Pour le sénateur de la Tshopo, cette rentrée parlementaire s’ouvre donc autour d’une articulation précise : un dialogue qui ne récompense pas les armes, des infrastructures capables de désenclaver et d’électrifier l’Est, et une défense nationale disposant d’une programmation à la hauteur des défis sécuritaires.
Après les déclarations, ces orientations devront désormais passer par le travail parlementaire : amendements, arbitrages budgétaires, contrôle de l’exécutif et textes de loi.
Aristote TALY

