À peine ses valises déposées après un séjour marathon à Kinshasa, l’homme était déjà sur le terrain. Le Gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga n’est pas de ceux qui gouvernent depuis l’ombre feutrée des cabinets. Rentré ce vendredi de la capitale, où il a pris une part active aux assises historiques sur la structuration du pouvoir coutumier, il a plongé sans transition dans le tumulte des chantiers de Kisangani, entamant une tournée d’inspection aussi rigoureuse que symbolique.
Cette immersion immédiate dans la poussière des engins et le bitume naissant n’est pas un simple geste administratif. C’est une démonstration de force, une signature. Loin des discours, le Gouverneur a choisi de confronter sa vision à la réalité du terrain, arpentant les artères en pleine métamorphose pour jauger, avec l’œil acéré du maître d’œuvre, l’avancement des travaux inscrits dans le vaste programme de modernisation urbaine.



L’ŒIL DE KINSHASA SUR LE BITUME DE KISANGANI
Lors de cette descente musclée, Paulin Lendongolia ne s’est pas contenté d’un rapide coup d’œil en passager d’un véhicule officiel. Il a joué le rôle du patron exigeant, allant à la rencontre des ingénieurs et des contremaîtres. L’objectif était triple : s’assurer du respect scrupuleux des normes, de la qualité irréprochable des ouvrages et de la stricte tenue des calendriers. Un message clair a été envoyé aux entreprises exécutantes : la rapidité ne doit jamais rimer avec précipitation, et la modernité se juge à l’aune de sa durabilité.

Ces inspections s’inscrivent dans une dynamique bien plus large, celle de la vision du Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Comme il l’a annoncé lors de son discours sur l’état de la nation, l’année 2026 marque un tournant décisif avec le lancement de la construction et la stabilisation de milliers de kilomètres de routes à travers le pays . Kisangani, carrefour stratégique du nord-est, est au cœur de cette ambition. Les travaux observés ne sont donc pas de simples embellissements, mais les prémices de ces « corridors d’unité nationale » censés désenclaver les provinces et tisser une trame économique solide.
ENTRE EXIGENCE CITOYENNE ET DÉFIS URBAINS
Dans un souffle de gouvernance de proximité qui tranche avec les habitudes, l’autorité provinciale a également tendu l’oreille vers la population. Autour des chantiers, des citoyens, parfois frustrés par des désagréments ou des comportements, ont saisi cette opportunité pour hausser la voix. Plusieurs dénonciations ont fusé, pointant du doigt la conduite de certains agents d’entreprises sur le terrain.
Loinde balayer ces griefs d’un revers de main, le Gouverneur a pris acte, écouté, et rassuré. Sa détermination est désormais gravée dans le marbre de l’action publique : veiller à ce que la fièvre des constructions ne se fasse jamais au détriment du respect dû aux citoyens. Un équilibre subtil que tout grand projet urbain doit négocier.
Pourtant, la fièvre des chantiers a ses angles morts. En constatant l’avancée des travaux, l’ombre d’un vieux défi urbain a refait surface : les constructions anarchiques. Partout, des emprises réservées aux infrastructures publiques se retrouvent grignotées par un urbanisme sauvage, fruit d’années d’absence d’aménagement . Le Gouverneur a lancé un appel solennel à la responsabilité collective, exhortant la population à libérer ces espaces vitaux. Le développement durable de la Tshopo, a-t-il martelé, ne se fera pas sans un ordre urbain retrouvé.



TSHOPO MOSALA : L’HÉRITAGE EN MARCHE
Au-delà de la gestion quotidienne, cette tournée a été l’occasion de replacer chaque pierre posée sous le signe d’une gratitude institutionnelle. Paulin Lendongolia a tenu à exprimer sa reconnaissance au Président de la République pour son soutien indéfectible, un accompagnement qui agit comme un puissant levier pour concrétiser la vision #Tshopo_Mosala.
Ce slogan, loin d’être un simple hashtag, est devenu le mantra d’une renaissance. Grâce à cet élan présidentiel, Kisangani, la ville aux six chutes, vibre aujourd’hui au rythme des pilonneuses. La ville se retrouve « globalement en chantier », une expression qui prend ici tout son sens : plusieurs projets structurants changent la physionomie de la cité, redessinant non seulement ses routes, mais aussi son avenir économique.
Le retour du Gouverneur de Kinshasa n’était pas anodin. Il y a participé à un forum d’envergure nationale sur la structuration du pouvoir coutumier, un événement visant à doter le pays d’une base de données fiable des entités traditionnelles pour mettre fin aux conflits de succession et de légitimité . Une expérience qui nourrit sans doute sa vision d’une gouvernance provinciale apaisée, où modernité et tradition se renforcent mutuellement.
L’APPEL À BÂTIR ENSEMBLE LA CITÉ IDÉALE
En conclusion de cette pérégrination au cœur du changement, Paulin Lendongolia a invité les Boyomais à s’approprier ces ouvrages. « Ce ne sont pas les routes du Gouverneur, ni celles du Président, a-t-il signifié en substance, ce sont les vôtres. Un patrimoine commun légué aux générations futures. »
Un appel à la vigilance a également été lancé. Chaque citoyen, a-t-il insisté, se doit d’être un contrôleur exigeant, un gardien de la qualité. C’est à ce prix, celui de l’engagement des autorités couplé à l’adhésion active de la population, que pourra émerger une Tshopo moderne, ordonnée et résolument tournée vers l’avenir.
Kisangani, sous les feux croisés de l’investissement présidentiel et de la rigueur provinciale, est en train de vivre une mutation sans précédent. Et c’est sur le terrain, dans la boue et l’acier, que se joue chaque jour la crédibilité de cette grande mue.
Aristote TALY

