Invité de la grande édition du journal de Radio Okapi ce vendredi 13 mars 2026, le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo, Mateus Kanga Londimo, a livré une analyse dense et directe sur plusieurs questions majeures qui traversent actuellement la province : gouvernance provinciale, sécurité à Kisangani, consultations populaires, coopération internationale et rôle des institutions.
À travers cet entretien, le chef de l’organe délibérant provincial a insisté sur une idée centrale : rapprocher l’action politique de la population tout en renforçant la vigilance collective face aux menaces sécuritaires.
DES CONSULTATIONS POUR RAPPROCHER LES INSTITUTIONS DU PEUPLE
Pour le président de l’Assemblée provinciale, l’ouverture des consultations ne traduit pas une crise politique mais une volonté assumée de renouveler la gouvernance et de renforcer l’écoute citoyenne.
Selon lui, la période actuelle des vacances parlementaires constitue une opportunité pour les élus provinciaux de retourner vers la base afin d’échanger directement avec les habitants.
« Nous sommes en période de vacances parlementaires. Il est de notre devoir, en tant que députés provinciaux, de consulter la population pour l’écouter et lui expliquer ce que nous faisons. »
Ces consultations visent notamment à dresser un état des lieux des préoccupations populaires, afin d’orienter l’action future de l’exécutif provincial et d’inscrire les priorités exprimées par les citoyens dans l’agenda législatif.
Cette démarche s’inscrit dans la mission constitutionnelle des assemblées provinciales qui, au-delà de la législation, doivent assurer le contrôle de l’action gouvernementale et relayer les attentes de la population.
LA PÉDAGOGIE POLITIQUE AUTOUR DE L’ACCORD DE WASHINGTON
Parmi les axes majeurs de ces consultations figure la vulgarisation de l’Accord de Washington, sujet largement débattu dans l’opinion publique.
Face aux spéculations et interprétations diverses, Mateus Kanga Londimo estime nécessaire d’apporter des explications claires à la population.
« Il y a beaucoup de spéculations autour de cet accord. Il était important d’expliquer à la population ce qu’il signifie réellement et les enjeux qui y sont liés. »
Pour le président de l’Assemblée provinciale, la coopération stratégique entre les États-Unis et la République démocratique du Congo constitue un levier essentiel pour faire face aux menaces sécuritaires et stabiliser certaines régions du pays.
KISANGANI FACE À LA MENACE SÉCURITAIRE
L’un des points les plus marquants de l’entretien concerne la sécurité dans la ville de Kisangani, récemment secouée par des attaques attribuées à des groupes armés utilisant notamment des drones kamikazes.
Mateus Kanga Londimo évoque la possibilité d’une infiltration ennemie à l’intérieur même du tissu social local.
« Les premières analyses donnent l’impression que l’ennemi pourrait être infiltré localement. Il peut se cacher dans un quartier, une concession ou même au milieu de nous. »
Face à cette menace diffuse, il appelle à une mobilisation citoyenne et à une vigilance permanente.
« La population doit être attentive et alerter lorsqu’elle observe des comportements suspects dans son environnement. »
Cette approche repose sur un principe simple : la sécurité est une responsabilité partagée entre l’État et les citoyens, une position qu’il défend depuis plusieurs mois face à la recrudescence de l’insécurité dans la province.
UNE VILLE HISTORIQUEMENT PAISIBLE SOUS PRESSION
Autre élément souligné par le président de l’Assemblée provinciale : la transformation progressive du climat sécuritaire dans la ville.
Longtemps considérée comme l’une des cités les plus paisibles du pays, Kisangani voit aujourd’hui émerger de nouveaux défis sécuritaires.
« Kisangani était l’une des villes les plus pacifiques où il faisait bon vivre. Malheureusement, nous sommes en train de perdre ces repères. »
Parmi les facteurs évoqués figurent notamment l’afflux de populations déplacées en provenance de l’Est du pays, conséquence directe des conflits armés persistants dans cette région.
Pour l’élu provincial, cette situation exige un meilleur contrôle des mouvements de populations et un renforcement de la coordination sécuritaire.
INSÉCURITÉ URBAINE : LA RESPONSABILITÉ PARTAGÉE
L’entretien n’élude pas non plus les problèmes d’insécurité urbaine tels que les vols et les actes de banditisme qui inquiètent les habitants.
Mateus Kanga Londimo reconnaît que la population a raison de tirer la sonnette d’alarme.
« C’est un problème sérieux. La population a raison de s’en inquiéter. Nous avons nous-mêmes dénoncé cette situation et nous pensons que beaucoup d’efforts restent à fournir. »
Il appelle à une action coordonnée entre l’exécutif provincial, l’exécutif urbain et les services de sécurité, afin d’endiguer cette montée de l’insécurité.
CONSULTATIONS POPULAIRES ET RÉFORMES LÉGISLATIVES
Au-delà du diagnostic sécuritaire, ces consultations devraient également produire des effets concrets sur le plan législatif.
Les doléances recueillies auprès de la population pourraient être intégrées dans l’agenda de la session parlementaire de mars 2026.
« Nous allons tenir compte des priorités exprimées par la population. Ce que nous ferons doit être en phase avec ses besoins. »
Parmi les dossiers évoqués figure notamment la question des tracasseries administratives et policières, pour lesquelles l’Assemblée provinciale avait déjà adopté un édit visant à réglementer les barrières dans la province.
L’objectif est désormais de pousser l’exécutif provincial à adopter des mesures d’application concrètes pour assurer l’effectivité de ces dispositions.
LA QUESTION JUDICIAIRE ET LE RÔLE DU BUREAU DE L’ASSEMBLÉE
Interrogé sur l’autorisation accordée au procureur général près la Cour de cassation pour entendre le gouverneur de province, Mateus Kanga Londimo a rappelé les règles institutionnelles.
Durant les vacances parlementaires, explique-t-il, le bureau de l’Assemblée provinciale dispose de la compétence pour statuer sur les demandes judiciaires concernant les élus.
Cette procédure s’inscrit dans le respect des principes de l’État de droit et du fonctionnement normal des institutions provinciales.
UNE STRATÉGIE ENTRE PÉDAGOGIE POLITIQUE ET MOBILISATION CITOYENNE
À travers cette sortie médiatique, Mateus Kanga Londimo esquisse une ligne politique claire : renforcer le lien entre institutions et population tout en mobilisant les citoyens face aux défis sécuritaires.
Entre pédagogie autour des accords internationaux, lutte contre l’insécurité urbaine et préparation de la prochaine session parlementaire, le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo tente de repositionner l’organe délibérant au cœur des préoccupations de la population.
Dans un contexte régional marqué par des tensions sécuritaires persistantes, le message est sans ambiguïté :
« Tout ce que nous faisons doit rester orienté vers l’intérêt du peuple. »
Aristote TALY

