Un épisode El Niño d’une intensité potentiellement exceptionnelle se renforce dans le Pacifique équatorial. Ses effets pourront se faire sentir à des milliers de kilomètres : pluies abondantes dans certaines régions, sécheresse dans d’autres et chaleur accrue. En Afrique, les prévisions dessinent des risques contrastés, jusque dans l’est de la République démocratique du Congo.
Le phénomène prend naissance dans l’océan Pacifique, mais ses conséquences dépassent largement ses rivages. En modifiant les échanges entre l’océan et l’atmosphère, El Niño peut déplacer les zones de pluie et perturber les saisons dont dépendent les cultures, les ressources en eau et les activités humaines.
Dans son bulletin du 21 octobre 2026, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) prévoit une intensification de l’épisode actuel, avec un maximum autour de décembre. Pour novembre 2026 à janvier 2027, ses modèles indiquent une température de surface des eaux d’environ 3,8 °C au-dessus de la moyenne dans la région Niño 3.4, une zone du Pacifique équatorial utilisée pour suivre le phénomène. Il s’agit d’une projection saisonnière, pas d’une hausse déjà mesurée sur l’ensemble de cette période.
Cette valeur ne signifie pas que chaque pays connaîtra un réchauffement de 3,8 °C. Elle mesure une anomalie océanique dans une région précise, dont les effets sur les continents passent par la circulation atmosphérique.
Un mécanisme naturel aux répercussions lointaines
El Niño constitue la phase chaude d’un cycle naturel appelé ENSO, qui associe les variations de température du Pacifique équatorial à celles de l’atmosphère. Sa phase froide porte le nom de La Niña.
Lorsque les vents qui soufflent habituellement d’est en ouest près de l’équateur faiblissent, les eaux de surface du centre et de l’est du Pacifique deviennent anormalement chaudes. Cette modification s’accompagne de changements dans la formation des nuages et la répartition des précipitations. Les effets peuvent atteindre des territoires très éloignés de l’océan où le phénomène se développe. Leur ampleur dépend de la saison, de la durée de l’épisode et de ses interactions avec d’autres mécanismes climatiques.
En Afrique, des pluies plus abondantes à l’est, un risque de sécheresse au sud
Les prévisions publiées par l’OMM le 26 octobre indiquent une probabilité accrue de conditions plus humides dans certaines parties de l’Afrique de l’Est pendant la saison des pluies d’octobre à décembre. Une telle évolution peut augmenter les risques de fortes précipitations et d’inondations.
En Afrique australe, le signal est différent : des conditions plus sèches pourraient peser sur la production agricole, l’eau disponible et les moyens de subsistance à partir de novembre, au moment où commence habituellement la saison pluvieuse. Ces projections décrivent des tendances régionales ; elles n’annoncent pas une catastrophe uniforme sur le continent.
Le Centre de prévision et d’applications climatiques de l’IGAD, l’ICPAC, précise cette géographie. Son bulletin pour octobre–décembre 2026 indique une probabilité de 90 % de pluies supérieures aux normales dans le sud de l’Éthiopie, le centre et le sud de la Somalie ainsi que le nord-est du Kenya. Ce pourcentage exprime la probabilité d’une saison plus humide : il ne représente ni une augmentation de 90 % des pluies ni une probabilité identique d’inondation.
La RDC concernée par les prévisions d’Afrique centrale
Le Centre d’application et de prévision climatologique de l’Afrique centrale prévoit des précipitations normales à excédentaires dans l’est de la RDC pour septembre–novembre et octobre–décembre 2026. Pour ce dernier trimestre, ce signal s’étend également au sud du pays.
Son bulletin annonce aussi des températures moyennes supérieures à la référence 1991–2020 en Afrique centrale, avec des anomalies prévues de 0,5 °C à 1,5 °C à l’échelle régionale. La RDC figure parmi les pays concernés par les anomalies les plus élevées dans certaines zones. Ces valeurs correspondent à des moyennes saisonnières : elles ne décrivent pas la température de chaque journée ou de chaque localité.
Pour les habitants, l’information décisive devra donc venir des prévisions nationales et locales : quels bassins fluviaux surveiller, quels versants présentent un danger et à quel moment renforcer la vigilance. Une carte continentale ne permet pas, à elle seule, d’annoncer le débordement d’une rivière ou l’effondrement d’une colline.

Des conséquences possibles sur l’alimentation et la santé

Les perturbations climatiques peuvent aussi fragiliser les conditions de vie. Dans une analyse sanitaire consacrée à El Niño, présentée en septembre par l’OMM, l’Organisation mondiale de la santé identifie notamment des risques de malnutrition, de choléra et de maladies transmises par les moustiques.
La chaleur constitue une autre menace, particulièrement pour les enfants, les personnes âgées, les travailleurs en extérieur et les personnes souffrant de maladies chroniques. Les populations déplacées et les communautés dont les services de santé sont déjà sous pression disposent de moins de ressources pour faire face à un choc supplémentaire. Ces risques sanitaires ne signifient toutefois pas qu’une épidémie surviendra nécessairement dans chaque zone exposée.
El Niño et réchauffement climatique : deux phénomènes qui se combinent
El Niño appartient à la variabilité naturelle du climat. Le réchauffement provoqué par les émissions humaines de gaz à effet de serre correspond, lui, à une évolution durable. Les deux peuvent se superposer : un épisode El Niño survient désormais dans un monde déjà plus chaud.
L’OMM souligne que la chaleur record de 2024 résultait notamment de cette combinaison. Elle rappelle également que des événements météorologiques extrêmes peuvent se produire en dehors d’El Niño. La présence du phénomène ne suffit donc pas à expliquer automatiquement chaque sécheresse, chaque inondation ou chaque record de température.
Des prévisions pour organiser la préparation
Les bulletins saisonniers donnent une avance de plusieurs semaines ou de plusieurs mois aux services publics, aux agriculteurs et aux organisations humanitaires. Ils servent à orienter la surveillance et à préparer les interventions, puis doivent être complétés par des informations plus précises à mesure que les échéances approchent.
L’OMM appelle à utiliser les prévisions régionales et nationales pour déterminer où et quand agir. L’intensité attendue dans le Pacifique constitue un signal d’alerte ; les décisions de protection des populations devront s’appuyer sur l’évolution des pluies, des cours d’eau et des risques propres à chaque territoire.
À la une : anomalies du niveau de la mer dans le Pacifique, observées du 1er au 10 juin 2023. Archive scientifique : NASA Earth Observatory / Lauren Dauphin, données Copernicus Sentinel / ESA, NASA/JPL-Caltech.
RDC60 Politique – Rédaction
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