À l’Université de Kisangani, le nouveau docteur en économie place les enjeux climatiques au cœur de la réflexion sur le développement de la République démocratique du Congo. Ses travaux plaident pour une industrialisation fondée sur les énergies renouvelables et une gouvernance renforcée.
Kisangani, 26 juin 2026
Dans l’amphithéâtre de l’Université de Kisangani (UNIKIS), la soutenance doctorale de Jeannot Lusenge a marqué une étape importante dans la recherche économique consacrée aux défis du développement durable en République démocratique du Congo. À l’issue de la défense publique de ses travaux, le doctorant a été élevé au grade de Docteur en sciences économiques avec la mention « Grande distinction », consacrant plusieurs années de recherches consacrées aux interactions entre développement économique et changement climatique.
Sa thèse, intitulée « Croissance économique et changement climatique en République démocratique du Congo », s’intéresse à une question devenue centrale dans les politiques publiques contemporaines : comment stimuler la croissance d’un pays riche en ressources naturelles tout en limitant les effets du réchauffement climatique.
Une recherche ancrée dans les réalités congolaises
Dans son travail doctoral, Jeannot Lusenge rappelle que la République démocratique du Congo présente un profil particulier sur la scène internationale. Le pays demeure caractérisé par un faible niveau d’industrialisation, une pauvreté persistante ainsi qu’une contribution marginale aux émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO₂).
Ce constat contraste avec le rôle majeur que joue la RDC dans l’équilibre climatique mondial. Grâce au bassin du Congo, deuxième plus vaste massif forestier tropical de la planète après l’Amazonie, le pays constitue l’un des principaux puits de carbone de la planète et représente un acteur stratégique dans les efforts internationaux de lutte contre le changement climatique.
C’est dans ce contexte que le chercheur a cherché à concilier deux impératifs souvent présentés comme contradictoires : soutenir la croissance économique tout en préservant l’environnement.
Des résultats qui confirment une relation complexe entre croissance et environnement
Les conclusions de la recherche mettent en évidence une relation nuancée entre développement économique et émissions de CO₂.
Selon les résultats obtenus, le produit intérieur brut par habitant (PIB par habitant) exerce un impact positif et statistiquement significatif sur le changement climatique aussi bien à court qu’à long terme. En revanche, l’effet du PIB par habitant au carré devient négatif sur le long terme, résultat compatible avec l’hypothèse de la Courbe environnementale de Kuznets, théorie économique selon laquelle la dégradation environnementale augmente dans les premières phases de développement avant de diminuer lorsque les économies atteignent un niveau de revenu plus élevé et investissent davantage dans des technologies plus propres.
Cette approche méthodologique, fondée sur un modèle économétrique ARDL, s’inscrit dans la continuité des travaux scientifiques déjà publiés par Jeannot Lusenge sur cette thématique dans des revues académiques spécialisées. Les recherches utilisent notamment des données couvrant plusieurs décennies afin d’évaluer les interactions entre croissance, émissions de CO₂, investissements, énergies renouvelables et variables institutionnelles. Les résultats soulignent notamment le rôle positif des énergies renouvelables dans la réduction des émissions de carbone à long terme.
Diversifier l’économie et accélérer la transition énergétique
Au-delà des résultats économétriques, le nouveau docteur formule plusieurs orientations pour accompagner le développement de la République démocratique du Congo.
Il invite les décideurs publics à diversifier l’économie nationale, encore largement dépendante de l’exploitation des ressources naturelles, afin de construire une croissance plus résiliente.
Selon lui, la relance de l’économie et le processus d’industrialisation devraient reposer sur le développement des énergies renouvelables, considérées comme un levier essentiel pour réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en soutenant la création de richesses.
La gouvernance au cœur de l’économie verte
Au cours de sa soutenance, Jeannot Lusenge a également insisté sur un autre facteur qu’il considère déterminant : la qualité de la gouvernance.

« On ne peut pas arriver à une croissance de l’économie verte sans la bonne gouvernance », a-t-il déclaré devant le jury.
Pour le chercheur, une gouvernance efficace constitue le principal garant d’un développement économique durable, capable de concilier croissance, protection des ressources naturelles et amélioration des conditions de vie des populations.
Cette réflexion rejoint plusieurs de ses travaux académiques récents consacrés à la gouvernance environnementale en République démocratique du Congo, dans lesquels il souligne que le renforcement des institutions, l’amélioration des mécanismes de contrôle ainsi que la transparence dans la gestion des ressources naturelles demeurent des éléments importants pour accompagner la transition écologique du pays.
Une contribution scientifique dans un contexte mondial marqué par l’urgence climatique
La soutenance de Jeannot Lusenge intervient dans un contexte où les enjeux climatiques occupent une place croissante dans les politiques économiques internationales.
La République démocratique du Congo, qui abrite une part importante des forêts du bassin du Congo, est régulièrement présentée comme un acteur stratégique dans les politiques mondiales de préservation de la biodiversité et de lutte contre les changements climatiques. Dans le même temps, le pays demeure confronté aux défis de la pauvreté, du déficit d’infrastructures, de la faible industrialisation et de la diversification de son économie.
Les travaux du nouveau docteur en économie apportent ainsi une contribution scientifique à ce débat, en proposant une analyse empirique des liens entre croissance économique, émissions de CO₂, industrialisation, gouvernance et transition énergétique dans le contexte congolais.
Une distinction académique pour l’Université de Kisangani
Avec cette soutenance couronnée par la mention « Grande distinction », l’Université de Kisangani enregistre un nouveau docteur en économie dont les recherches portent sur l’un des défis majeurs du XXIᵉ siècle : construire une trajectoire de développement conciliant croissance économique, industrialisation et protection du climat.
Cette reconnaissance académique vient également enrichir les travaux scientifiques produits au sein de l’UNIKIS sur les questions économiques, environnementales et de développement durable, dans un contexte où la République démocratique du Congo est appelée à jouer un rôle croissant dans les discussions internationales sur le climat et la transition écologique.
Aristote TALY

