La distinction accordée à l’artiste congolais s’inscrit dans une réflexion plus large sur la place de la culture dans la construction et le rayonnement de la République démocratique du Congo.
La distinction de Fally Ipupa au rang de Chevalier des Ordres nationaux marque une nouvelle étape dans la reconnaissance institutionnelle des figures majeures de la culture congolaise. Pour Myoto Liyolo, écrivaine et auteure de La Culture sauve les peuples, cette décoration dépasse le cadre d’une récompense individuelle. Elle traduit également une évolution dans la manière dont l’État considère la culture et son rôle dans le développement du pays.

Depuis plus de vingt ans, Fally Ipupa contribue au rayonnement de la musique congolaise sur les scènes africaines, européennes et internationales. Son parcours s’inscrit dans la continuité de plusieurs grandes figures culturelles congolaises ayant reçu une reconnaissance nationale.
Avant lui, le sculpteur Alfred Liyolo avait été élevé au rang de Commandeur des Ordres nationaux. Ses œuvres figurent dans plusieurs collections internationales. Dans le domaine musical, JB Mpiana a également bénéficié de cette reconnaissance. L’intellectuel et homme de lettres Yoka Lye Mudaba, qui a consacré sa carrière à la transmission du patrimoine culturel congolais, fait également partie des personnalités honorées par la République.
Selon Myoto Liyolo, ces distinctions rappellent que le talent congolais n’est pas une réalité nouvelle. Ce qui évolue aujourd’hui est davantage la lecture que l’État fait de cette richesse culturelle.
Pendant longtemps, la culture a souvent été perçue comme un secteur secondaire face aux priorités économiques, sécuritaires ou infrastructurelles. Pourtant, plusieurs éléments témoignent de son importance dans la projection de l’image du pays.
La rumba congolaise a été inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO en 2021. Les artistes congolais touchent aujourd’hui un public international à travers les plateformes numériques, tandis que Kinshasa demeure l’un des principaux centres de création musicale du continent africain.
Pour l’auteure, cette influence culturelle constitue un facteur de présence et de visibilité pour la République démocratique du Congo. Elle s’exprime à travers la musique, la danse, les arts visuels et les différentes formes de création qui participent à faire connaître l’identité congolaise au-delà des frontières nationales.
Cette réflexion trouve également un écho dans l’histoire personnelle de Myoto Liyolo. Elle évoque une œuvre de son père, Alfred Liyolo, intitulée Le Bouclier de la Révolution, installée au Mont Ngaliema face au fleuve Congo. À travers cette sculpture, l’artiste exprimait une idée de dignité, de résistance et d’affirmation de soi. Pour l’écrivaine, cette dimension symbolique rejoint le rôle joué par les créateurs dans la construction de l’identité nationale.
La décoration de Fally Ipupa intervient dans un contexte où une gouvernance culturelle semble progressivement prendre forme sous la présidence de Félix Tshisekedi et le gouvernement de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Pour Myoto Liyolo, cette reconnaissance apparaît comme l’un des signes d’une prise en compte plus affirmée du rôle stratégique de la culture.
L’auteure souligne toutefois que la reconnaissance symbolique constitue une étape et non un aboutissement. Elle estime qu’une politique culturelle cohérente passe notamment par un statut juridique et social de l’artiste, des mécanismes de financement de la création ainsi qu’une meilleure articulation entre les institutions culturelles, diplomatiques et économiques.
En honorant Fally Ipupa, la Nation salue une trajectoire artistique reconnue bien au-delà des frontières de la RDC. Cette distinction adresse également un message à la jeunesse congolaise : la création, la pensée et l’innovation participent pleinement à la construction et au rayonnement du pays.
Pour Myoto Liyolo, l’enjeu consiste désormais à transformer cette reconnaissance en politique durable de valorisation du patrimoine et du capital culturel congolais.
Aristote TALY

