En plein cœur de Kisangani, un terrain récemment rasé pour accueillir un ambitieux projet immobilier de l’Agence Congolaise de Promotion Immobilière (ACOPRIM) se transforme peu à peu en un inquiétant no man’s land. Alors que les travaux d’un immeuble moderne de trois étages (R+3) tardent à démarrer, ce vide urbain cristallise les craintes des riverains. Face au risque de voir ce point névralgique devenir un repaire de criminalité et d’activités illicites, des voix s’élèvent. Maître Jean-Divin Tawamba, observateur avisé de la scène boyomaise, tire la sonnette d’alarme et appelle les autorités à une action immédiate.
Entre l’ambition de l’ACOPRIM et la réalité du terrain
Depuis son opérationnalisation et les missions de prospection de sa direction générale dans la province de la Tshopo, l’ACOPRIM a suscité de grands espoirs. L’objectif était clair : mettre fin au désordre dans le secteur immobilier et offrir aux Congolais des infrastructures modernes et des logements décents. C’est dans cette dynamique qu’un site stratégique, situé en plein centre-ville de Kisangani, a été retenu pour l’érection d’un imposant immeuble R+3.

Les bulldozers ont fait table rase du passé pour préparer l’avenir. Pourtant, aujourd’hui, le contraste est saisissant : les engins de chantier ont cédé la place à un silence pesant, et le démarrage effectif des travaux semble renvoyé aux calendes grecques. Cette latence, loin d’être anodine, a laissé une véritable balafre au cœur de la ville, exposant cet espace assaini à une occupation anarchique.
Le cri d’alarme de Maître Jean-Divin Tawamba : prévenir le chaos
Dans toute politique de rénovation urbaine, la phase de transition est cruciale. C’est précisément cette faille que dénonce Maître Jean-Divin Tawamba, acteur engagé et soucieux de la sécurité publique. Pour lui, la précipitation de l’administration a ouvert une brèche dangereuse.
« Il ne faudrait pas se précipiter pour démolir si les travaux prévus ne peuvent pas démarrer immédiatement », regrette-t-il, pointant un manque évident de synchronisation dans la gestion de ce projet étatique.
Le cœur de Kisangani, par sa nature bouillonnante, attire inévitablement les flux de populations. Laisser une telle emprise béante revient à lancer une invitation ouverte à la délinquance. « L’espace récemment rasé […] est connu pour sa position stratégique », rappelle Maître Tawamba. « En plein cœur de la ville de Kisangani, il a toujours été un lieu névralgique, attirant souvent des individus peu recommandables. »
Le spectre de l’insécurité et de la dégradation morale
Au-delà de l’esthétique urbaine, c’est un véritable enjeu social et sécuritaire qui se dessine sous les yeux des Boyomais. L’absence de clôture autour du site a déjà commencé à transformer la physionomie du quartier. Les riverains observent, impuissants, les premiers signes d’une réappropriation illégale.
Maître Tawamba décrit une mécanique de dégradation bien connue dans les centres urbains africains : « Le laisser ouvert, comme c’est le cas actuellement, favorise déjà des mouvements suspects d’individus ainsi que l’installation progressive de commerces ambulants. »
Si rien n’est fait, la misère et l’opportunisme risquent de s’installer durablement sur ce qui devait incarner la modernité. Le danger est de voir proliférer, au fil des mois, « des terrasses et de petites boutiques de fortune décriées ». Plus grave encore, cette précarité ouvre la voie au retour d’activités sévèrement sanctionnées par la loi. La crainte majeure, souligne l’avocat, est de voir ressurgir « des activités illégales, notamment le proxénétisme, ce qui serait regrettable. »
Pour les familles et les commerçants environnants, la perspective de voir ce carrefour se transformer en un lupanar à ciel ouvert ou en repaire de brigands constitue une source d’angoisse quotidienne.
Une urgence sécuritaire : barricader pour protéger
Face à cette menace, la société civile ne se limite pas à la critique ; elle propose une solution pragmatique, peu coûteuse et immédiatement applicable. Le message adressé aux autorités locales et aux responsables de l’ACOPRIM relève du simple bon sens.
« Dans ces conditions, je prie les autorités compétentes de bien vouloir sécuriser cet espace désormais assaini, en le clôturant avec des tôles et en y assurant une présence permanente de surveillance afin d’éviter toute intrusion », exhorte Maître Tawamba.
Installer des tôles ondulées et déployer des agents de sécurité permettrait non seulement de préserver le foncier de l’État, mais aussi de rassurer la population. Il en va de la responsabilité administrative et de la salubrité publique.
Conclusion : construire l’avenir sans sacrifier le présent
L’aménagement urbain ne consiste pas uniquement à projeter de belles maquettes, mais aussi à gérer les cicatrices temporaires qu’imposent les grands travaux. Le projet de l’ACOPRIM demeure une opportunité majeure pour le développement de Kisangani, mais son exécution ne doit pas compromettre la sécurité immédiate des citoyens.
En relayant les préoccupations de Maître Jean-Divin Tawamba, c’est toute la communauté boyomaise qui interpelle l’État pour qu’il assume pleinement son rôle protecteur. Clôturer un terrain peut sembler anodin. À Kisangani aujourd’hui, c’est pourtant le dernier rempart pour empêcher le cœur de la ville de sombrer dans l’illégalité et le chaos.
Aristote TALY
