ROME, 14 octobre 2026 (RDC60 Politique) — Face aux défis alimentaires de la République démocratique du Congo, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Marie-Thérèse Sombo Ayanne Safi Mukuna, a placé le renforcement de la recherche agronomique au centre de son échange avec le directeur général de la FAO, Qu Dongyu. Les discussions ont notamment porté sur l’avenir de l’INERA, les semences améliorées et les capacités scientifiques nationales.
Une rencontre sur fond d’insécurité alimentaire
La rencontre s’est tenue le 14 octobre à Rome, en marge du Forum mondial de l’alimentation 2026, organisé du 8 au 16 octobre au siège de la FAO. Elle intervient dans un contexte où les contraintes alimentaires demeurent majeures : pour la période de janvier à juin 2026, plus de 26,5 millions de personnes en RDC étaient projetées en situation de crise alimentaire aiguë ou plus grave, dont plus de 3,6 millions en situation d’urgence, selon l’analyse IPC présentée par la FAO et le Programme alimentaire mondial (PAM).
La même projection estimait que 4,18 millions d’enfants de moins de cinq ans auraient besoin d’un traitement contre la malnutrition aiguë au cours de cette période. Dans leur communiqué de mai 2026, la FAO et le PAM ont cité les conflits, les déplacements de population, les prix élevés et les perturbations des marchés parmi les facteurs qui limitent l’accès des ménages à la nourriture et aux terres agricoles. Consulter le communiqué conjoint FAO-PAM.
Marie-Thérèse Sombo met l’INERA au centre des échanges
Au cours de l’entretien, la ministre a présenté le mandat de l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomiques (INERA) dans la reconstruction et le renforcement du système national de recherche agricole ainsi que dans l’amélioration des technologies destinées au secteur. Elle a exprimé l’ambition du gouvernement de faire de l’institut une institution de référence en Afrique, dotée de capacités scientifiques renforcées et appelée à contribuer davantage à la transformation des systèmes agroalimentaires.
La ministre a également évoqué la possibilité d’un partenariat stratégique avec la FAO pour renforcer les capacités institutionnelles et techniques de l’INERA, soutenir l’innovation scientifique et consolider la recherche agricole. Les axes mentionnés dans le compte rendu de la FAO comprennent le développement des chaînes de valeur agroalimentaires, la promotion de variétés de semences améliorées et le renforcement des compétences techniques.
La coopération envisagée pourrait aussi s’étendre à l’Académie de formation en ligne de la FAO, notamment pour la recherche et le développement des compétences. La ministre a par ailleurs transmis les salutations du président de la République et remercié la FAO pour son appui technique et financier à l’élaboration du plan stratégique du pays. Qu Dongyu l’a félicitée pour sa nomination comme première femme à occuper ce portefeuille. Lire le compte rendu de la FAO sur la rencontre.
De la recherche aux semences produites sur le terrain
Fondé en 1933 à Yangambi, dans la province de la Tshopo, l’INERA indique disposer de dix stations de recherche réparties sur le territoire national. L’institut travaille notamment sur des variétés améliorées de manioc, de maïs, de riz et de haricot. Ce réseau constitue l’infrastructure scientifique que la ministre veut renforcer dans le cadre des discussions avec la FAO. Voir la présentation de l’INERA.
Des activités récentes illustrent le lien entre recherche et production semencière. À la station de Kinzau, dans le Kongo-Central, l’INERA a rapporté le 28 septembre 2026 une récolte de 33 kilogrammes de semences d’amarante, dont 22 kilogrammes déjà conditionnés et 11 kilogrammes en cours de préparation, dans le cadre du Projet AVENIR. L’institut a également signalé la fructification de gombo et d’aubergine dans les parcelles voisines.

Dans le Bas-Uélé, la station de Bambesa est également concernée par le renforcement des capacités de production. Selon une publication de l’INERA datée du 9 octobre, un tracteur issu d’une dotation du gouvernement central a été attribué à la station. L’équipement doit faciliter la préparation des sols, l’extension des surfaces cultivées et la production de semences de meilleure qualité. Détails sur la station de Bambesa.
Une coopération FAO-INERA déjà engagée sur le terrain
Les échanges de Rome s’inscrivent dans une relation déjà documentée entre la FAO et l’INERA. En décembre 2024, la FAO a fait état de sites de multiplication de semences appuyés par l’institut au Sud-Kivu. L’organisation indiquait avoir fourni à l’INERA des semences de qualité ainsi que des équipements de contrôle et de conservation, dont des compteurs de semences, des humidimètres et des installations de stockage.
Ce précédent met en perspective les axes évoqués par Marie-Thérèse Sombo : le compte rendu de la rencontre de 2026 porte sur le renforcement institutionnel et technique de l’INERA, l’innovation et les chaînes de valeur, tandis que les actions antérieures citées par la FAO concernaient notamment la multiplication et la conservation des semences. Lire le reportage de la FAO sur ses activités en RDC.
Les discussions doivent se poursuivre
À l’issue de la rencontre, la FAO a désigné sa division des partenariats et de la collaboration avec les Nations unies comme point focal pour la suite des échanges. Son compte rendu évoque des pistes de coopération et un engagement de soutien à la RDC, mais ne fait état ni de la signature d’un accord à Rome, ni d’un financement nouvellement annoncé pour l’INERA.
Aristote TALY
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