À Kisangani, la multiplication des dépôts sauvages d’immondices dépasse désormais la seule question de la propreté urbaine. Elle soulève celle de la responsabilité des institutions chargées de protéger le cadre de vie et la santé des populations. Une préoccupation remise au centre du débat par Enock Sefu, chef de bureau chargé de l’assainissement, qui appelle la mairie à assumer pleinement ses prérogatives.
Une ville ne se mesure pas uniquement à ses infrastructures, mais aussi à sa capacité à garantir à ses habitants un environnement sain. À Kisangani, l’accumulation des déchets dans plusieurs espaces publics révèle les difficultés persistantes de la gestion urbaine et interroge l’efficacité des mécanismes d’assainissement.
Dans un entretien accordé, vendredi 16 octobre, au média KIS24, Enock Sefu a dressé un constat préoccupant de cette situation, en mettant particulièrement l’accent sur les responsabilités institutionnelles.
Pour ce technicien de l’assainissement, la question est avant tout celle de l’exercice des compétences publiques. La collecte, l’évacuation et la gestion des déchets ménagers ne peuvent reposer sur de simples interventions ponctuelles. Elles nécessitent une organisation permanente, une coordination des services et une autorité urbaine pleinement engagée.
La salubrité, un test pour la gouvernance municipale
Au cœur de son intervention, Enock Sefu rappelle que la gestion des déchets relève des responsabilités des autorités urbaines, conformément au cadre légal régissant les entités territoriales décentralisées.
Il distingue notamment les missions de la mairie, appelée à organiser les opérations d’assainissement, de celles des services techniques provinciaux, chargés notamment de l’élaboration des politiques et des inspections.
Cette clarification met en évidence un enjeu essentiel : l’existence des services publics ne suffit pas si leurs interventions ne produisent pas de résultats visibles dans les quartiers.
Au-delà de la recherche des responsabilités, la situation pose ainsi la question de la régularité de la collecte, de l’identification des sites de dépôt et du contrôle des pratiques susceptibles de dégrader l’environnement urbain.
Quand les déchets deviennent une question de santé publique
L’alerte d’Enock Sefu prend une dimension particulière dans un contexte de vigilance sanitaire.
Les immondices abandonnées favorisent la présence de mouches, de rongeurs et d’autres nuisibles susceptibles de contribuer à la propagation de certaines maladies.
Face aux préoccupations liées à Ebola, il insiste également sur l’importance d’une gestion sécurisée des matières potentiellement contaminées.
Il convient toutefois de distinguer les risques sanitaires associés aux déchets ordinaires de la transmission du virus Ebola, qui survient principalement par contact direct avec le sang ou d’autres liquides biologiques infectés, ou avec des objets contaminés.
Cette distinction renforce la nécessité de disposer de circuits appropriés pour la gestion des déchets à risque, particulièrement dans les établissements de santé.
Au-delà de l’alerte, l’exigence de résultats
L’intervention d’Enock Sefu ouvre finalement un débat qui concerne autant les autorités que les citoyens : comment transformer les obligations institutionnelles en résultats concrets et durables ?
Pour Kisangani, l’enjeu ne consiste plus seulement à débarrasser ponctuellement certains espaces de leurs immondices. Il s’agit de construire un système de gestion des déchets capable de prévenir leur accumulation, de responsabiliser les différents acteurs et de préserver durablement la santé publique.
La mairie est ainsi interpellée sur sa capacité à organiser une réponse à la hauteur des besoins de la population, tandis que les habitants restent également concernés par le respect des règles de salubrité.
Car une ville propre ne devrait pas être le résultat d’une opération exceptionnelle, mais celui d’un service public qui fonctionne au quotidien.
RDC60 Politique — Rédaction
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