Et si, derrière la chocolaterie, le véritable sujet était l’industrialisation de la Tshopo ?
Lorsque le député national Patrick Matata Makalamba, élu de Kisangani, a défendu l’idée d’une chocolaterie dans la ville, la proposition a suscité des critiques. Mais derrière le chocolat se trouvait une question économique plus large : pourquoi produire du cacao et exporter principalement la matière première, plutôt que transformer davantage localement et conserver une partie de sa valeur ajoutée ?
Quelques mois plus tard, cette interrogation prend une résonance particulière.
La RDC s’est engagée dans le nouvel Accord international sur le cacao (AIC 2026). Selon le ministère du Commerce extérieur, le dispositif encourage notamment la transformation du cacao dans les pays producteurs, le développement des chaînes de valeur et la promotion des produits fabriqués à base de cacao.
Kinshasa et Abidjan sont même allés plus loin : la RDC et la Côte d’Ivoire ont affiché leur volonté de favoriser la transformation locale des fèves afin de capter davantage de valeur ajoutée sur le continent africain.
L’actualité donne aujourd’hui davantage de relief à ce débat. Depuis le 15 septembre 2026, la 114ᵉ session de l’Organisation internationale du cacao examine à Abidjan le processus devant conduire à l’entrée en vigueur de l’AIC 2026. La RDC, qui a accompli sa procédure interne de ratification en juillet, participe à ces discussions.
Pour la Tshopo, région historiquement liée à la culture cacaoyère, l’enjeu dépasse donc largement la fabrication de tablettes de chocolat. Il concerne la création d’une chaîne de valeur locale : transformation, industrie, emplois, débouchés pour les producteurs et circulation d’une plus grande part de la richesse dans l’économie provinciale.
L’histoire économique locale donne d’ailleurs du poids à cette réflexion : des travaux universitaires consacrés à la Cacaoyère de Bengamisa (CABEN) font état d’un projet d’usine de transformation des produits cacaoyers à Kisangani et documentent différentes possibilités de transformation locale du cacao.
L’AIC 2026 ne valide évidemment pas une chocolaterie précise à Kisangani, ni le projet particulier défendu par Patrick Matata Makalamba. Mais l’orientation économique aujourd’hui portée par la RDC rejoint clairement le principe qui sous-tendait son plaidoyer : ne plus considérer le cacao uniquement comme une matière première à vendre, mais comme le point de départ d’une industrie locale capable de créer davantage de valeur.
À la lumière de cette nouvelle politique cacaoyère, le débat change donc de dimension : la vraie question n’est peut-être plus de savoir pourquoi fabriquer du chocolat à Kisangani, mais quelle part de la richesse du cacao la Tshopo veut désormais transformer et conserver sur son propre territoire.
Aristote TALY

