Paix entre Mbole et Lengola, agriculture, cacao, modernisation de l’administration locale, infrastructures sanitaires, sécurité et mobilisation face aux menaces de l’AFC/M23 : depuis son arrivée à la tête de la Tshopo en 2024, Paulin Lendongolia Lebabonga accumule les chantiers. Suffisant pour parler du « meilleur gouverneur » depuis le démembrement ? La formule relève du jugement politique. Les réalisations, elles, peuvent être confrontées aux faits.
À Kisangani, la politique provinciale est rarement un long fleuve tranquille. Paulin Lendongolia Lebabonga en a lui-même fait l’expérience : élu en avril 2024 et installé dans ses fonctions en juin de la même année, il a connu une déchéance votée par l’Assemblée provinciale le 27 octobre 2025, avant d’être réhabilité par la Cour constitutionnelle et de reprendre ses fonctions au début de janvier 2026.
Cette séquence illustre à elle seule les tensions qui entourent son mandat. Mais elle ne suffit pas à en dresser le bilan. Pour évaluer son passage à la tête de la Tshopo, il faut regarder ailleurs : la paix, la sécurité, l’agriculture, la santé, l’administration de proximité et les infrastructures.
Mbole-Lengola : le dossier qui pouvait emporter la province
Lorsque Lendongolia prend les commandes, l’un des dossiers les plus sensibles est le conflit entre les communautés Mbole et Lengola, particulièrement meurtrier et déstabilisateur autour de Lubunga.
En octobre 2024, le gouverneur évoquait déjà une accalmie après plusieurs mois de tensions et affichait l’objectif de la transformer en paix durable. Une table ronde pour la paix et la réconciliation s’est ensuite tenue à Kisangani, tandis que le processus s’est poursuivi jusqu’aux préparatifs d’une cérémonie rituelle de réconciliation en juin 2025.
Il serait excessif d’attribuer la résolution d’un conflit communautaire complexe à un seul homme : autorités nationales, responsables communautaires, leaders coutumiers, société civile et autres acteurs ont participé au processus. Mais l’implication du gouvernement provincial est documentée.
En septembre 2026, une organisation citoyenne, Tshopo Étoile Awards, a d’ailleurs décerné au gouverneur un trophée pour ses initiatives en faveur de la paix et de la cohésion sociale, citant notamment le rapprochement entre Mbole et Lengola. Cette distinction relève de l’appréciation de ses organisateurs, mais témoigne de la perception de son action par une partie des acteurs locaux.
Du cacao pour préparer l’après-demain
L’autre marqueur du mandat se trouve loin des bureaux du gouvernorat : dans les champs.
Le gouvernement provincial a engagé une politique de développement des cultures pérennes, notamment du cacao. En juin 2026, 60 000 plantules de cacao ont été mises gratuitement à la disposition des cultivateurs dans le cadre du programme « Samedi Bilanga ».
L’enjeu dépasse une simple distribution de plants. La stratégie cherche à inscrire la Tshopo dans une filière susceptible de produire des revenus sur le long terme. En juillet 2026, la société Esco-Kivu a ainsi présenté au gouverneur son projet d’implantation dans la province, avec l’objectif d’encadrer les planteurs, de géolocaliser les plantations, de travailler sur leur conformité aux standards internationaux et, à terme, d’exporter directement les productions agricoles depuis la Tshopo.
Le pari reste cependant à confirmer dans la durée : une politique agricole ne se mesure pas au nombre de plantules distribuées, mais aux hectares effectivement cultivés, aux rendements, aux revenus générés pour les producteurs et à la capacité de créer une véritable chaîne locale de valeur.
Faire revenir l’État jusque dans les quartiers
À Kisangani, l’une des transformations les plus visibles concerne également un échelon souvent oublié : le quartier.
Le programme provincial prévoit, dans sa première phase, 32 bureaux administratifs de quartiers à travers la ville. Les bureaux modernes des quartiers Poste et Stade, dans la commune Tshopo, ont notamment été inaugurés en juin 2026, entièrement construits et équipés par le gouvernement provincial. D’autres chantiers ont été annoncés dans différents quartiers.
L’objectif affiché est autant administratif que sécuritaire : rapprocher les services publics de la population, améliorer l’encadrement des citoyens et donner aux autorités de proximité des conditions de travail plus adaptées.
Derrière des bâtiments qui peuvent sembler modestes à l’échelle d’une province se joue donc une question plus large : celle de la présence effective de l’État au niveau le plus proche de la population.
La santé, là où accéder aux soins reste difficile
Le secteur sanitaire constitue un autre chantier.
En mars 2026, Paulin Lendongolia a participé à la pose de la première pierre d’infrastructures sanitaires et éducatives destinées à rapprocher les soins et la formation des populations. Plusieurs investissements sanitaires avaient également été recensés auparavant, parmi lesquels un laboratoire provincial de santé publique à Mangobo, un incinérateur moderne à l’Hôpital général de référence de Makiso et des moyens de mobilité destinés aux structures sanitaires.
À Banalia, à plus de 125 kilomètres de Kisangani, le gouverneur a annoncé en février 2026 la rénovation et la modernisation de l’Hôpital général de référence après avoir constaté la vétusté de ses bâtiments.
Plus récemment encore, le FRIVAO a annoncé, après une audience avec l’autorité provinciale en septembre 2026, un projet d’hôpital provincial moderne à Kisangani dans le cadre des réparations collectives. Il s’agit à ce stade d’un projet annoncé, et non d’un ouvrage déjà livré.
Cette distinction est essentielle : le bilan de Lendongolia comporte à la fois des réalisations achevées, des programmes engagés et des projets dont les résultats devront encore être évalués.
Kisangani et le défi permanent de la sécurité
La sécurité constitue précisément le terrain sur lequel tout bilan appelle davantage de prudence.
En juin 2025, face à une criminalité urbaine préoccupante, le gouvernorat et la Police nationale congolaise avaient annoncé une coordination renforcée et des actions ciblées dans les zones les plus touchées de Kisangani. Les autorités reconnaissaient alors elles-mêmes la gravité des cambriolages, braquages et vols armés.
Le gouvernement provincial a depuis multiplié les dispositifs et les appels à la vigilance. Mais faute de statistiques publiques consolidées permettant de comparer rigoureusement les niveaux de criminalité avant et après ces mesures, il serait imprudent d’affirmer comme un fait établi que l’insécurité a été réduite dans une proportion précise.
Le sujet a en outre pris une dimension beaucoup plus stratégique avec la progression de l’AFC/M23 dans l’Est du pays et les menaces pesant sur l’espace de l’ancienne Province Orientale.
Lendongolia n’a pas choisi la discrétion politique sur ce dossier.
En février 2026, lors d’une mobilisation des responsables de l’espace Grande Orientale, il a publiquement réaffirmé son soutien au président Félix-Antoine Tshisekedi et appelé autorités locales, responsables coutumiers, opérateurs économiques et population à renforcer la vigilance face aux menaces sécuritaires.
La menace est ensuite devenue concrète. Le 25 mai 2026, après une attaque de drones contre l’aéroport de Bangoka, le gouverneur s’est rendu sur place. Selon les autorités provinciales citées par l’ACP, neuf missiles avaient été tirés sans provoquer de pertes humaines ni de dégâts matériels majeurs. Lendongolia avait alors dénoncé des attaques attribuées à l’armée rwandaise et à ses alliés du M23.
Dans ces moments de tension, il a assumé publiquement son alignement sur la politique sécuritaire du chef de l’État et sa volonté de mobiliser la province autour de la défense du territoire.
Une gouvernance qui reste politiquement disputée
Un bilan sérieux ne peut toutefois s’arrêter aux réalisations.
Le mandat de Paulin Lendongolia a également été marqué par de fortes tensions avec l’Assemblée provinciale. Sa déchéance d’octobre 2025 faisait notamment suite à des accusations de mauvaise gestion et de détournement présumé de deniers publics. La Cour constitutionnelle a ensuite annulé la motion pour inconstitutionnalité et rétabli le gouverneur dans ses fonctions.
Les tensions ne se sont pas entièrement éteintes. En mars 2026, le bureau de l’Assemblée provinciale a autorisé le procureur général près la Cour de cassation à enquêter sur le gouverneur. Radio Okapi précisait alors qu’il s’agissait de l’ouverture possible d’une instruction et non d’un procès ou d’une déclaration de culpabilité.
Cette dimension est incontournable pour comprendre le personnage politique : Lendongolia gouverne dans un environnement institutionnel où réalisations publiques, rivalités politiques, contrôle parlementaire et procédures judiciaires se croisent.
Alors, « meilleur gouverneur » de la Tshopo ?
La question est politiquement puissante, mais journalistiquement impossible à trancher sans critères objectifs.
Depuis le démembrement de l’ancienne Province Orientale, plusieurs gouverneurs se sont succédé à la tête de la Tshopo, dans des contextes économiques, sécuritaires et institutionnels différents. Aucun indicateur indépendant ne permet aujourd’hui de les classer sérieusement.
En revanche, plusieurs éléments du mandat actuel sont vérifiables : l’implication de l’exécutif provincial dans le processus de paix Mbole-Lengola ; les programmes agricoles et les 60 000 plantules de cacao distribuées ; le programme de 32 bureaux administratifs de quartiers ; les investissements et projets sanitaires ; les démarches auprès d’investisseurs ; ainsi que l’engagement public du gouverneur sur les questions de sécurité et face aux menaces de l’AFC/M23.
D’autres projets restent en chantier et devront être jugés sur leur achèvement, leur qualité et leur impact réel sur la vie des habitants.
C’est probablement là que se trouve la véritable mesure d’un mandat provincial.
Non dans les slogans, ni dans les batailles politiques, mais dans ce qui reste lorsque celles-ci sont terminées : des communautés capables de vivre à nouveau ensemble, des administrations qui fonctionnent, des routes et des hôpitaux accessibles, des champs qui produisent, une ville plus sûre et une population qui peut mesurer concrètement ce que l’action publique a changé dans son quotidien.
À la Tshopo, le bilan de Paulin Lendongolia est encore en construction. Mais à mesure que les projets sortent de terre et que d’autres restent à concrétiser, la question de son héritage politique commence, elle aussi, à s’installer.
Rédaction

