Alors que des publications internationales évoquent la présence possible d’uranium dans certains produits issus de la chaîne polymétallique congolaise, la ministre de l’ESURSI appelle à vérifier les faits avant toute conclusion.


La question de l’uranium revient au centre des préoccupations institutionnelles en République démocratique du Congo. Lors des travaux du Conseil national de sécurité nucléaire, la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovations, Professeure Dr Marie-Thérèse Sombo, a appelé à une approche fondée sur la science, la vérification et la responsabilité institutionnelle.
Le contexte est sensible. Des publications de la presse internationale font état d’une possible présence d’uranium dans certains produits issus de la chaîne polymétallique congolaise et évoquent l’hypothèse que des quantités importantes de cette ressource stratégique aient pu sortir du territoire au cours des dernières décennies.
Face à ces informations, la ministre refuse toute conclusion hâtive.
« Nous ne sommes pas réunis aujourd’hui pour confirmer ce qui a été publié dans la presse, ni pour les réfuter par principe. »
Pour Marie-Thérèse Sombo, la priorité consiste à « comprendre, vérifier et confronter les différentes informations disponibles ». Les conclusions devront, selon cette approche, reposer sur des données vérifiables, des expertises scientifiques et une analyse institutionnelle approfondie.
DES ESTIMATIONS SCIENTIFIQUES À VÉRIFIER
Une étude publiée en juillet 2026 dans Nature Communications a relancé le débat. Ses auteurs estiment que 2 000 à 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient pu être exportées entre 2000 et 2024 sous forme de matière associée aux hydroxydes de cobalt congolais, tandis que 1 000 à 4 000 tonnes supplémentaires auraient pu se retrouver dans des résidus miniers.
Ces chiffres constituent des estimations issues d’une modélisation scientifique, et non un inventaire physique définitif des cargaisons exportées.
L’étude explique que l’uranium peut naturellement être associé aux minerais de cobalt du Copperbelt. Selon les procédés utilisés, une partie de cet uranium peut suivre le cobalt lors de la transformation et se retrouver dans les produits destinés à l’exportation.
Cette donnée donne une importance particulière à la question de la surveillance et de la traçabilité des matières.
RENFORCER LE DISPOSITIF NATIONAL
Les travaux du Conseil national de sécurité nucléaire doivent notamment permettre d’évaluer les mécanismes nationaux de surveillance, d’identifier leurs éventuelles insuffisances et de proposer, si nécessaire, des mesures destinées à renforcer leur efficacité.
Le contrôle, la circulation et la gestion des matières nucléaires et radioactives figurent parmi les enjeux examinés, avec une attention particulière portée à la sécurité nationale, à la protection des populations et à la préservation de l’environnement.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte plus large de renforcement de la sécurité nucléaire en RDC. En 2026, le pays a notamment engagé des initiatives avec des partenaires internationaux autour de l’évaluation des menaces nucléaires et de la consolidation de ses capacités institutionnelles.
UN DOSSIER À LA CROISÉE DE LA SÉCURITÉ ET DE LA SOUVERAINETÉ
Au-delà des seules questions minières, le dossier touche directement à la souveraineté nationale.
Il s’agit notamment de déterminer avec précision ce qui est présent dans les minerais, ce qui est concentré au cours des procédés industriels, ce qui a été exporté, ce qui est resté dans les résidus et ce qui fait actuellement l’objet d’un contrôle effectif.
L’enjeu concerne également la sécurité des travailleurs et des populations vivant à proximité des activités minières, ainsi que la protection des écosystèmes.
La RDC doit ainsi pouvoir disposer de données fiables permettant à ses institutions de mesurer l’ampleur réelle de la situation et d’adapter son dispositif de contrôle aux exigences nationales et internationales.
LA SCIENCE AVANT LES CONCLUSIONS
À travers les travaux du Conseil national de sécurité nucléaire, le gouvernement congolais entend donc privilégier une démarche fondée sur la preuve.
La position exprimée par Marie-Thérèse Sombo repose sur une séquence précise : établir les faits, confronter les données, mesurer les risques et renforcer les mécanismes de contrôle.
Dans un dossier où se croisent ressources stratégiques, industrie minière, environnement, sécurité nationale et souveraineté, la prochaine étape sera celle des vérifications scientifiques et institutionnelles.
Pour la RDC, l’enjeu n’est pas seulement de savoir ce qui aurait pu circuler hier, mais de disposer aujourd’hui d’un système capable de savoir, de mesurer et de contrôler avec précision les matières sensibles présentes dans sa chaîne minière.
Aristote TALY

