À Kinshasa, l’Honorable Jean Bamanisa Saïdi lance un « Pacte de Méritocratie Politique par un Renouveau Technocrate, Patriotique et Nationaliste » et invite la République à choisir, enfin, la compétence contre le clientélisme





5. Huit réformes, applicables dès maintenant
Il ne demande pas « une révolution institutionnelle », seulement « l’analyse disciplinée de nos textes, l’adoption des nouvelles et l’application de nos textes, à défaut la modification de celles existantes ». Toutes ses mesures relèvent de la loi ordinaire, du règlement ou de la volonté administrative, et « toutes peuvent être engagées avant la fin de l’exercice budgétaire en cours ».
1. Réformer les nominations. Généraliser le concours ouvert au-delà des quinze premières entreprises, avec des commissions indépendantes d’évaluation associant experts sectoriels et société civile, publication préalable du référentiel de compétences et publication postérieure du procès-verbal de sélection. Ce qui a été fait le 30 juillet 2026 « doit devenir la règle et non l’exception ». Et il faut aller jusque dans les cabinets ministériels : révision du Décret n°22/10 du 4 mars 2022, plafonds réellement contraignants, profils de compétence exigés pour tous les postes de conception, publication des listes nominatives.
2. Rendre la commande publique réellement transparente. Publier en ligne l’intégralité des marchés publics avis, attributaires, montants, avenants, rapports d’exécution ; recourir effectivement à l’appel d’offres ouvert ; donner à l’Autorité de régulation des marchés publics les moyens de son contrôle ; faire respecter les mercuriales. « Un marché que le citoyen peut consulter est un marché qu’on surfacture plus difficilement. »
3. Faire vivre le Code de conduite de l’agent public de l’État (Décret-loi n°017/2002 du 3 octobre 2002). Un texte existant, clair, jamais abrogé et ignoré. « Combien de ceux qu’il oblige l’ont seulement lu ? Je suis convaincu que certains, en le lisant vraiment, déposeraient leur démission le jour même. » Qu’il soit « enseigné, affiché, signé à la prise de fonction et invoqué devant les juridictions ».
4. Contractualiser les résultats. Chaque ministre, chaque gouverneur, chaque mandataire, présente une lettre de mission avec indicateurs mesurables, puis rend compte publiquement en fin d’exercice, sous le contrôle de l’Inspection générale des finances. « Pas de résultats, pas de mandat. »
5. Former la relève. Écoles spécialisées en agronomie, urbanisme, génie civil, finances publiques, négociation de contrats. « Une réforme sans relève formée s’éteint avec ceux qui l’ont conçue. »
6. Protéger les lanceurs d’alerte et garantir l’indépendance de la justice. Rien ne tiendra si celui qui dénonce risque son emploi, sa liberté ou sa vie, et si celui qui détourne sait « qu’il ne sera jamais jugé ». C’est cette double certitude qui entretient « le cycle de l’impunité des « intouchables » ».
7. Inverser les modes d’affiliation à l’intérieur des partis. Il s’adresse à ses pairs « sans exception et sans exclure ma propre famille politique ». « Tant qu’un parti recrutera à la flagornerie plutôt qu’à l’expertise, il ne pourra proposer à l’État que des flagorneurs, et il se plaindra ensuite du résultat. »
8. Adopter la loi sur la protection, la promotion et l’utilisation de l’expertise et des compétences nationales : registre national des experts adossé à un guichet public existant, validation des acquis de l’expérience, marges de préférence pour nationaux et diaspora, interdiction expresse des désignations fondées sur l’appartenance politique, l’origine ou la parenté. « C’est le texte qui met les sept mesures précédentes à l’abri du prochain changement d’humeur ou de parrain politique. »
6. Le Pacte de Méritocratie Politique : quatre engagements
Il assume la difficulté : « Ces réformes ne s’imposeront pas d’elles-mêmes, car elles retirent à ceux qui gouvernent un pouvoir dont ils ont l’habitude. » D’où la nécessité d’un pacte solennel, souscrit par ceux-là mêmes qui devront y renoncer. Il repose sur quatre engagements.
– Un engagement immédiat : renoncer aux nominations partisanes et aux sabotages institutionnels ; accorder la priorité à des technocrates honnêtes sélectionnés par des commissions indépendantes. Un engagement qui vaut « pour la Majorité comme pour l’Opposition, car nul ne peut exiger du pouvoir une vertu qu’il n’appliquera pas lui-même le jour où il l’exercera ».
– Des piliers patriotiques : protéger les ressources naturelles par des contrats négociés par des professionnels ; bâtir une administration éthique et stable ; soumettre toute fonction publique de responsabilité à une obligation de résultats assortie d’indicateurs, d’audits de l’Inspection générale des finances et de sanctions automatiques.
– Des mécanismes vérifiables : conférence nationale d’adhésion supervisée par des garants neutres ; transparence totale sur les nominations et les marchés ; évaluation publique annuelle dont les conclusions sont opposables. « Un pacte que personne ne vérifie n’est qu’une déclaration de plus. »
– Des bénéfices identifiables : un secteur du bâtiment et des travaux publics libéré de la rente des intermédiaires celui qu’il défend depuis des années à travers ExpoBéton RDC, des infrastructures qui durent, une autosuffisance alimentaire redevenue atteignable, et un Est sécurisé « par une Realpolitik unifiée plutôt que par des arrangements successifs ».
7. Refonder l’État : le chantier que personne ne veut voir
C’est ici que la tribune rencontre l’actualité la plus vive.
Le 17 juillet 2026, à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, le Président Félix Tshisekedi a reçu les responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC), des Églises de Réveil et de la Communauté islamique, et a levé l’option d’un dialogue national inclusif, apaisé et résolument républicain [Radio Okapi]. Trois jours plus tard, la Coalition Article 64 en prenait acte, suspendait ses manifestations et souhaitait la convocation formelle des assises au plus tard le 15 août [Congorassure]. D’autres formations ont salué l’initiative « tout en appelant à la prudence » ; une large partie de la société civile a applaudi l’ouverture. La convocation et l’organisation relèvent du Président « garant de la nation » ; les confessions religieuses assurent la facilitation et la consultation.
« Le principe est donc acquis. Ce qui ne l’est pas, c’est le contenu. »
Le sénateur passe en revue les listes de chantiers qui circulent dans la presse : Constitution, défense et sécurité, justice, traçabilité des ressources naturelles, système électoral, réforme des partis, organisation territoriale et administrative, gestion des frontières, fichier de la population, institutions d’appui à la démocratie, rôle de la société civile, modèle économique, programme commun de gouvernance. « On n’y trouve nulle part la question de savoir qui l’on nomme, selon quelle procédure, sur quels critères et contre quels résultats. »
Or, écrit-il, « c’est la seule question dont dépendent toutes les autres. On peut refonder les institutions sans rien changer au pays, si l’on n’a pas refondé la manière dont on choisit ceux qui les dirigent ».
La démonstration devient méthodique. On peut « écrire la meilleure Constitution du continent : elle sera appliquée par des directeurs, des mandataires, des gouverneurs et des chefs de service ». Créer « un système intégré de défense et de sécurité » : il faudra « des officiers gestionnaires capables de tenir une comptabilité de matériel ». Instituer « un mécanisme national de certification et de traçabilité de nos ressources naturelles » : il faudra « des inspecteurs que l’on n’achète pas ». Adopter « un nouveau système électoral » : il faudra « une administration électorale recrutée sur compétence et non sur appartenance ». Réorganiser le territoire : il faudra « des administrateurs formés pour l’habiter ».
Depuis la Conférence nationale souveraine, note-t-il, « chacune de ces rencontres a produit un partage ; presque aucune n’a produit une règle ». On y a distribué « des postes, des quotas et des équilibres », sans jamais discuter de « la manière dont ces postes seraient attribués, des résultats que leurs titulaires devraient rendre, ni des sanctions qu’ils encourraient à défaut ».
Il demande donc, « formellement et publiquement », qu’un chantier supplémentaire soit inscrit à la refondation, doté de son groupe thématique et de son cahier des charges : « Gouvernance, méritocratie et redevabilité ». Cinq questions, cinq seulement :
1. Qui nomme, et selon quelle procédure ? — Concours ouvert généralisé, commissions indépendantes, procès-verbaux publiés. La question vaut aussi pour les cabinets ministériels, « dont le recrutement demeure à ce jour entièrement discrétionnaire ».
2. Sur quels critères ? Référentiel de compétences publié avant l’appel, registre national des experts, reconnaissance de l’expérience acquise.
3. Contre quels résultats ? Lettre de mission chiffrée, indicateurs publiés, évaluation publique annuelle, audit de l’IGF.
4. Sous quelle sanction ? Conséquences automatiques et connues d’avance, sans qu’il faille une décision politique pour les déclencher.
5. Avec quelle continuité ? Traduction en textes de loi, et non en résolutions. Tout ce qui sera arrêté doit être déposé au Parlement « sous forme de projets ou de propositions de loi dans les trente jours suivant la clôture des assises ».
Sur la méthode, il salue le choix d’assises resserrées « les grandes messes de plusieurs milliers de délégués produisent des motions, rarement des réformes » mais met en garde : si les places sont comptées, « que les experts y siègent au titre de leur expertise, et non au titre d’un quota ». Il serait cruel, dit-il, « de reconstituer, dans la salle même où l’on prétend en finir avec la logique des composantes, la logique des composantes ».
Autre mise en garde, formulée « avec gravité » : « Un dialogue ne doit pas devenir un guichet. Si prendre les armes ou occuper une portion du territoire national ouvre droit à une fonction dans les institutions des immeubles modernes de Kinshasa, nous aurons enseigné à la génération suivante que le chemin le plus court vers l’État passe par la brousse. La table doit être ouverte, mais elle ne doit pas être une caverne d’Ali Baba. »
Et le sénateur d’élargir la focale à toutes les grandes échéances qui viennent : la présidence congolaise du Conseil de sécurité des Nations Unies en juillet 2026 que la RDC a assumée du 1er au 31 juillet, le corridor de Lobito, le corridor central, les nouvelles cités et villes, les financements climatiques du Corridor Vert Kivu-Kinshasa, les contentieux devant les juridictions internationales. Sa conclusion tient en une ligne : « Nous ne manquons ni de tribunes, ni de partenaires, ni de causes justes. Nous manquons d’exécutants comptables de leurs résultats. »
Conclusion : la RDC ne manque pas de talents
Le sénateur signe alors, peut-être, la plus belle page de son texte. Un inventaire de ce que la République possède déjà et n’utilise pas.
« Nous avons des ingénieurs civils et des géomètres-topographes pour que nos routes tiennent plus d’une saison des pluies. Nous avons des urbanistes, des architectes et des experts fonciers et cadastraux pour que nos villes cessent de pousser au hasard et que l’État conserve les terrains de ses écoles. Nous avons des agronomes, des vétérinaires et des nutritionnistes pour que cent millions de ventres cessent de dépendre de l’alimentation importée. Nous avons des géologues, des fiscalistes et des juristes négociateurs de contrats pour que nos ressources cessent d’être bradées à la spéculation boursière des autres. Nous avons des économistes, des statisticiens et des experts-comptables pour que l’argent public se compte et serve réellement et ne coule jamais. Nous avons des logisticiens pour nos corridors, des forestiers et des spécialistes du climat pour que nos crédits carbone cessent d’être virtuels, des informaticiens et des gestionnaires de données publiques pour que l’État sache enfin ce qu’il possède. Et, au-dessus de tous ceux-là, nous avons des agents publics de l’État qui ne demandent qu’à être formés, protégés et fiers de servir. »
« Des juniors motivés, des seniors expérimentés, une diaspora prête à revenir : ils attendent simplement d’être mis au service de la Nation. » Ces cerveaux et expertises congolaises, « souvent discrètes, rarement bruyantes », restent trop souvent dans leur coin, dit-il, « et contemplent avec amertume le spectacle offert par ceux qui devraient être des exemples ».
Il rappelle enfin la temporalité de son texte : première version le 16 novembre 2025, puis semaine après semaine, une actualité qui appelait à revenir sur le métier. « Je saisis ce Momentum, il n’est jamais tard pour bien dire et bien faire. »
Vient alors l’adresse, presque cérémoniale, à ceux qui, seuls, peuvent transformer la tribune en règle :
« Mesdames et Messieurs les Présidents des partis, regroupements et plates-formes politiques, de la Majorité comme de l’Opposition ; Mesdames et Messieurs les leaders d’opinion, les opérateurs économiques, les acteurs de la société civile, les technocrates nationalistes : daignez signer, adopter et respecter ce Pacte de Méritocratie Politique par un Renouveau Technocrate, Patriotique et Nationaliste. »
Et la formule qui synthétise tout : « Le mérite n’est pas une composante politique, et il ne saurait faire l’objet d’un quota. Une nomination n’est pas une récompense : c’est un contrat de résultats. Confions l’État et ses structures spécialisées à des technocrates honnêtes, encadrés par des hommes d’État qui pensent au-delà de leur mandat : c’est l’unique voie vers une RDC prospère, stable et respectée. »
L’ultime image, elle, résonne comme une profession de foi africaine :
« Le Wakanda est une fiction. La RDC, par contre, existe, il lui faut seulement des vrais, bons, & patriotes gestionnaires. Ensemble, transformons notre géant endormi en une puissance africaine respectée. »
Aristote TALY

