Des parcelles inaliénables de l’État vendues dans l’ombre, des millions de dollars volatilisés et des propriétaires légitimes menacés par des hommes armés. Ce mardi 21 avril 2026, l’hémicycle de l’Assemblée provinciale de la Tshopo a tremblé sous le réquisitoire implacable du député provincial Freddy Yuma. Au cœur de la tourmente : une gestion opaque du cadastre et de graves accusations visant directement la conservation des titres immobiliers de Kisangani.
Kisangani, Tshopo — L’atmosphère était électrique ce mardi 21 avril 2026 au sein de l’Assemblée provinciale de la Tshopo. Alors que l’ordre du jour laissait présager des échanges protocolaires, le député provincial Freddy Yuma a pris la parole pour lancer une véritable bombe politique. Demandant l’autorisation au président de l’Assemblée de mettre de côté son discours de félicitations initialement prévu, l’élu s’est mué en lanceur d’alerte, dévoilant avec force détails les rouages d’une vaste entreprise de spoliation des biens publics.
Le patrimoine public découpé et vendu au plus offrant
« Le chef est en train de vendre les biens de l’État à cent cinquante mille, deux cent cinquante mille dollars… », a tonné le député Yuma, brandissant sous les yeux de ses pairs des documents cadastraux accablants. Selon ses révélations, plus d’une soixantaine de terrains relevant du domaine public auraient été illégalement morcelés pour être mis sur le marché privé.
Les sites ciblés ne sont pas de simples terrains vagues, mais de véritables joyaux du patrimoine provincial. L’élu a notamment pointé du doigt l’espace stratégique de l’OCPT (Office congolais des postes et télécommunications), une zone vitale dont la superficie fond comme neige au soleil au profit d’intérêts obscurs. La spoliation s’étend jusqu’au cœur de la commune de Tshopo, précisément sur les 6e et 7e avenues, en face de l’église de l’Armée du Salut.
Preuves à l’appui, Freddy Yuma a égrené les numéros du plan cadastral des parcelles illégalement attribuées : SU 14555, 14556, 14557 et 14508. « Déjà, on est en train d’y construire », s’est-il indigné, rappelant avec force un principe fondamental de droit : « Le bien de l’État est inaliénable. »
Un préjudice chiffré en millions
Le manque à gagner pour le Trésor public donne le vertige. En se basant sur la soixantaine de terrains identifiés et bradés par les soins d’un « individu », l’élu estime que les montants détournés atteindraient des proportions colossales, dépassant les cinq millions de dollars. Des entreprises locales et étrangères n’auraient pas hésité à débourser entre 150 000 et 250 000 dollars pour acquérir ces portions du territoire national, avec la complicité présumée de la conservation des titres immobiliers.
Dans son viseur, un nom a particulièrement résonné dans l’hémicycle : celui de M. Kio Alema Serge, désigné comme le conservateur impliqué dans ces transactions douteuses. « Nous crions à la spoliation, honorable président », a martelé le député Yuma, exigeant que les responsables répondent de leurs actes.
Intimidations, violences et loi du plus fort
Mais le scandale foncier de Kisangani ne se limite pas à la criminalité en col blanc ; il a déjà basculé dans la violence physique. Pour protéger cette manne financière, des méthodes dignes du crime organisé semblent avoir été déployées sur le terrain, instaurant un climat de terreur.
Le député a ainsi relaté le calvaire de propriétaires légitimes, victimes de pressions extrêmes. Le récit de la parcelle « Maliki » a particulièrement choqué l’assemblée : récemment menacé par un militaire armé, le propriétaire a littéralement « frôlé la mort » pour avoir osé revendiquer ses droits. D’autres citoyens, à l’image de M. Kenda, se retrouvent empêtrés dans des conflits fratricides, alimentés par le chaos administratif et la superposition volontaire de titres fonciers.
Le silence assourdissant de l’exécutif
Ce qui exaspère le plus l’élu provincial, c’est l’inertie des autorités. Depuis le 12 janvier 2026, d’importantes correspondances d’alerte, dont des copies ont été transmises au gouverneur de province, sont restées lettre morte. Un silence perçu comme une complaisance inacceptable.
Refusant de s’en tenir à une simple dénonciation verbale, Freddy Yuma est passé à l’acte en déposant officiellement une question écrite relative aux graves irrégularités dans la gestion et la conservation des titres immobiliers.
« Nous voulons, après ma lecture, que ces messieurs soient traduits en justice. Qu’ils viennent, car nous avons des preuves ! », a-t-il lancé, en remettant un volumineux dossier documentaire sur le bureau du président de l’Assemblée.
L’heure de vérité pour la Tshopo
L’intervention de Freddy Yuma marque un tournant décisif pour la Tshopo, une province régulièrement confrontée à des conflits fonciers. En braquant les projecteurs sur cette mafia immobilière, l’élu place l’exécutif provincial face à ses responsabilités et interpelle l’appareil judiciaire congolais.
La balle est désormais dans le camp de la justice et de l’Assemblée provinciale. Ignorer ces révélations reviendrait à cautionner le dépeçage systématique de Kisangani. La population locale, souvent spectatrice impuissante de la confiscation de ses terres, attend des sanctions exemplaires. Car dans un État de droit, l’impunité ne saurait tenir lieu de titre de propriété.
Aristote TALY
