Face au drame silencieux de la mortalité maternelle en République démocratique du Congo, la riposte s’organise et se structure. À Kisangani, les nouvelles instances dirigeantes de la Corporation des sages-femmes ont prêté serment au terme d’un processus rigoureux de certification et de formation. Une cérémonie fondatrice, placée sous le signe de l’exigence clinique et de l’espoir, pour celles et ceux qui portent la lourde responsabilité de donner la vie sans la perdre.
L’atmosphère était empreinte d’une solennité vibrante, de celles qui marquent les grands tournants. Au cœur de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, l’émotion se mêlait à la plus stricte rigueur professionnelle lors de la prestation de serment des membres des comités directeurs de la Corporation des sages-femmes.
Réunissant le triptyque incontournable de la profession l’Ordre national des sages-femmes, la Société congolaise de la pratique sage-femme (SCOSAF) et le Syndicat national des sages-femmes du Congo (SYNSAFCO) , l’événement s’est tenu sous le regard attentif de leur président national. Plus qu’un simple protocole administratif, ce rituel consacre une véritable refondation de la pratique obstétricale dans la région.
Le creuset de la compétence : un parcours sans complaisance
Désormais, l’écharpe de la corporation ne s’arbore plus par simple vocation ; elle se mérite par l’excellence. Cette investiture n’est, en effet, que l’aboutissement d’un marathon académique et technique particulièrement exigeant.
Du 9 au 13 avril 2026, ces professionnels ont d’abord affronté un test théorique d’accréditation des compétences, une épreuve décisive destinée à sélectionner ceux qui auront la responsabilité de diriger la profession et, par ricochet, de veiller sur le destin croisé des mères et des nouveau-nés de la Tshopo.
Ce tamis de l’accréditation a été immédiatement suivi, du 15 au 19 avril, d’une formation intensive de renforcement des capacités. L’objectif était clair : actualiser les connaissances cliniques, affiner les réflexes face aux urgences obstétricales telles que les hémorragies du post-partum ou l’éclampsie et standardiser des soins humanisés fondés sur des données probantes. Ce double prérequis sonne le glas de l’amateurisme et impose l’expertise scientifique comme condition sine qua non pour intégrer les cercles de gouvernance de ces structures ordinales, savantes et syndicales.
Un front uni contre la fatalité
La portée de cet événement dépasse largement les frontières de la ville baignée par le majestueux fleuve Congo. En RDC, la santé de la reproduction demeure une urgence absolue. Alors que le programme de gratuité de la maternité, instauré par le gouvernement fin 2023, a permis la prise en charge de centaines de milliers de femmes, la qualité du suivi et l’accès aux soins qualifiés restent le défi majeur du pays. À titre de comparaison, la province voisine de l’Ituri rapportait encore l’an dernier un chiffre glaçant : une femme y perdait la vie tous les deux jours en donnant naissance.
Dans ce contexte de vulnérabilité extrême, l’unité affichée à Kisangani prend tout son sens. La présence du président national consacre la synergie d’une profession structurée en trois piliers complémentaires : l’Ordre veille à l’éthique et à la déontologie, la SCOSAF promeut l’amélioration continue des pratiques médicales, tandis que le SYNSAFCO milite pour des conditions de travail dignes, à la hauteur du sacrifice de ces héros du quotidien.
En levant la main droite ce jour-là, les nouveaux dirigeants de la corporation ont fait bien plus que jurer fidélité à des textes réglementaires : ils ont scellé un pacte avec la vie. Au-delà des applaudissements qui ont résonné dans la salle, c’est l’écho d’une promesse silencieuse faite à toutes les femmes congolaises qui s’est élevé : celui d’un accompagnement sûr et résolument humain.

La province de la Tshopo montre aujourd’hui la voie. Pour que la naissance demeure une célébration en République démocratique du Congo, la compétence des sages-femmes doit, plus que jamais, s’élever au rang de sacerdoce.
Aristote TALY
