Un vent de scandale souffle sur le Palais du Peuple, à Kinshasa. Entre allégations de faux en écriture et démentis fracassants, une plainte déposée ce lundi auprès du procureur général près la Cour de cassation lève le voile sur des méthodes obscures au cœur de la démocratie congolaise. Au centre du séisme : une motion de défiance dont l’authenticité vacille.
C’est une lettre de trois pages, frappée du sceau de réception du parquet général, qui pourrait bien redessiner les rapports de force au sein de l’hémicycle. Le 20 avril 2026, Jean-Marie Pambu, un citoyen dont la démarche se veut celle d’une sentinelle de l’État de droit, a saisi la justice. Son objectif ? Dénoncer ce qu’il qualifie de « faits susceptibles de constituer des infractions pénales » au sein même de la représentation nationale.

Le mirage de la motion du 13 avril
Tout commence une semaine plus tôt, le 13 avril. L’honorable Laddy Yangotikala Senga dépose en fanfare une motion de défiance visant le vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur, de la Sécurité et des Affaires coutumières. Un acte parlementaire fort, censé témoigner de la vitalité du contrôle législatif. Mais très vite, l’édifice se fissure.
Le malaise s’installe lorsque plusieurs députés nationaux, dont les noms figurent sur le document, montent au créneau. Parmi eux, l’honorable Thérèse Mpembi Isomi Bazego. Par le biais d’une correspondance officielle et de vidéos devenues virales sur les réseaux sociaux, l’élue conteste avec véhémence avoir apposé sa signature sur ledit texte. « Je n’ai donné aucun mandat à quiconque à cet effet », martèle-t-elle.
Un système de « copier-coller » démocratique ?
Pour le dénonciateur, Jean-Marie Pambu, l’affaire dépasse le simple quiproquo politique. Il s’agirait d’une manœuvre délibérée de « faux et usage de faux ». La plainte s’appuie sur les articles 124 à 127 du Code pénal congolais, prévoyant des sanctions sévères pour quiconque altère la vérité dans des actes officiels.
« Dans un contexte où de telles pratiques semblent, malheureusement, tendre à se répéter au sein de l’hémicycle, il apparaît impérieux que toute la lumière soit faite », écrit M. Pambu dans sa lettre au procureur général.
Cette situation soulève une question vertigineuse : combien de motions, de lois ou de décisions ont été portées par des signatures dont les auteurs ignoraient l’existence ? En jeu, ce n’est pas seulement le sort d’un ministre, mais la crédibilité même des institutions de la République.
L’heure de vérité pour la Cour de cassation
La balle est désormais dans le camp de la justice. En sollicitant l’ouverture d’une enquête judiciaire, le plaignant place le procureur général devant ses responsabilités. L’enquête devra déterminer qui a orchestré cette possible manipulation : un excès de zèle de certains collaborateurs ou une stratégie délibérée visant à gonfler les rangs d’une opposition parfois en quête de souffle ?
L’opinion publique, lassée des jeux de couloirs, attend des réponses. Si les faits de faux en écriture sont avérés, ils constitueraient un précédent dangereux pour la législature en cours.
Au-delà de la bataille juridique, c’est une crise de confiance qui s’installe. À Kinshasa, la politique se joue souvent à l’ombre des rumeurs, mais cette fois, les preuves visuelles et les témoignages d’élus nationaux contraignent l’institution à se regarder dans le miroir. Le Palais du Peuple restera-t-il le temple de la loi ou deviendra-t-il le théâtre d’une vaste illusion scripturale ? La suite des événements au parquet nous le dira.
Aristote TALY
