Dans le tumulte de l’hémicycle provincial de la Tshopo, une avancée législative majeure se dessine. Si l’initiative du député Aimé Eyane visant à sanctuariser le financement de la vaccination séduit par son ambition, elle a dû passer sous les fourches caudines de la rigueur légistique. Freddy Yuma, figure de proue du groupe parlementaire « Analyse et Réflexion pour le Progrès », a porté un plaidoyer musclé : une adhésion totale sur le fond, mais une exigence chirurgicale sur la forme.
KISANGANI – C’est un moment de vérité pour la santé publique dans la province de la Tshopo. Alors que les épidémies de rougeole et de poliomyélite continuent de frapper les zones de santé les plus reculées, l’Assemblée provinciale s’est saisie d’un dossier brûlant : la création d’un fonds pérenne dédié à la vaccination.
L’enjeu est colossal : transformer une réponse sanitaire souvent réactive et dépendante de l’urgence en un investissement structurel et planifié. Pourtant, pour l’honorable Freddy Yuma, l’excellence du but ne saurait justifier l’approximation du texte.
L’EXIGENCE DE LA « PERFECTION LÉGISTIQUE »
Prenant la parole au nom du groupe « Analyse et Réflexion pour le Progrès », l’élu de Kisangani a d’emblée salué l’initiative de son collègue Aimé Eyane. Mais le ton est rapidement monté d’un cran lorsqu’il a fallu aborder la structure du texte. Pour Freddy Yuma, une loi provinciale n’est pas un simple manifeste ; c’est un outil juridique qui doit être inattaquable.
« La lecture intégrale du texte a révélé quelques lapsus qui risqueraient d’en briser le fond si l’on n’y prête pas attention », a-t-il martelé à la tribune.
Parmi les griefs relevés : des références juridiques obsolètes. L’honorable Yuma a notamment pointé du doigt l’absence de mention de la révision constitutionnelle de 2011 et l’invocation de lois de 2008 désormais caduques. « Le respect des principes légistiques est une question de crédibilité institutionnelle », a-t-il insisté, proposant de requalifier l’intitulé de la proposition pour plus d’élégance et de clarté juridique.
UN RÉALISME ÉCONOMIQUE IMPLACABLE
Au-delà des querelles de juristes, le discours de Freddy Yuma a pris une dimension quasi prophétique lorsqu’il a abordé l’aspect technique et financier. S’appuyant sur des données internationales, il a rappelé une vérité mathématique que les décideurs ne peuvent plus ignorer : chaque dollar investi dans la vaccination génère entre 16 et 44 dollars de bénéfices économiques.
En plaidant pour l’institution d’une ligne budgétaire dédiée, l’élu veut briser le cycle des « coûts d’urgence » — ces dépenses imprévues et exorbitantes qui surviennent lors de chaque flambée épidémique.
« Vacciner, c’est prévenir. C’est réduire les hospitalisations coûteuses et stimuler la productivité de demain en protégeant nos enfants aujourd’hui », a-t-il rappelé, liant ainsi la santé au développement économique.
LE DÉFI DE LA MISE EN ŒUVRE : L’ÉCUEIL DU « FLOU »
Toutefois, le groupe parlementaire dirigé par Freddy Yuma a émis une réserve de taille sur le fond : l’article 3 de la proposition de loi. Si les sources de financement sont identifiées, le texte reste, selon lui, trop évasif sur la gouvernance réelle du fonds. Qui gère ? Qui contrôle ? Comment les partenaires internationaux comme l’OMS, l’UNICEF ou GAVI s’articulent-ils avec ce budget provincial ?
Pour le député, la clarté sur la participation des différents intervenants est la condition sine qua non pour rassurer les bailleurs et garantir que chaque franc congolais atteigne réellement l’épaule d’un enfant au fond de la forêt équatoriale.
VERS UN « TOILETTAGE » SALVATEUR
En conclusion de son intervention, Freddy Yuma a scellé le destin de la proposition de loi en se prononçant pour sa recevabilité. Mais ce « feu vert » est assorti d’une exigence de qualité : un renvoi immédiat en commission pour un « toilettage approfondi ».
L’objectif est clair : sortir du bricolage législatif pour doter la Tshopo d’une arme juridique robuste. À travers cette sortie remarquée, l’honorable Freddy Yuma s’impose non seulement comme un gardien de la loi, mais aussi comme un architecte de la résilience sanitaire congolaise. La balle est désormais dans le camp de la Commission de l’Assemblée, avec l’espoir que la Tshopo devienne, enfin, un modèle de bonne gouvernance sanitaire en RDC.
L’ŒIL DE L’EXPERT : Cette intervention souligne la maturité croissante des débats parlementaires en province, où la technicité du droit commence à l’emporter sur la simple posture politique. Un signal fort envoyé aux partenaires techniques et financiers.
Aristote TALY
