Alors que la commune de Lubunga attend son premier kilomètre d’asphalte depuis l’indépendance, l’annonce d’un délai de trois ans pour réhabiliter seulement 15 kilomètres de voirie s’est heurtée au scepticisme de la société civile. Entre l’absence d’engins sur le terrain et un calendrier jugé « hors normes », Me Bienvenu Atchalina monte au créneau et place les autorités face à un ultimatum expirant le 30 avril.
Dans les rues poussiéreuses de Lubunga, l’espoir d’une modernisation tant attendue vire à la crispation. Située sur la rive gauche du , cette commune, véritable poumon urbano-rural de Kisangani, se trouve aujourd’hui au cœur d’une polémique qui dépasse les simples questions de génie civil. En cause : le projet de réhabilitation de 15 kilomètres de voirie, dont les modalités d’exécution soulèvent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses.
Un calendrier technique sous le feu des critiques
Pour Me Bienvenu Atchalina, figure de proue de la contestation citoyenne, le compte n’y est pas. L’annonce d’une durée de 36 mois soit trois années pleines pour asphalter 15 kilomètres de route a agi comme un détonateur. « Ce délai ne correspond à aucune norme acceptable en matière de travaux publics pour un tel linéaire », fustige Me Atchalina dans une déclaration dont la fermeté a résonné bien au-delà des rives du fleuve.
À titre de comparaison, des projets similaires dans d’autres provinces, voire dans d’autres communes de la ville, affichent des chronogrammes bien plus serrés. Pour de nombreux observateurs, cette « lenteur programmée » est perçue comme le symptôme d’une marginalisation persistante de Lubunga, souvent considérée comme le parent pauvre des politiques de développement urbain de la .
Le « chantier fantôme » : l’absence de signaux forts
Au-delà de la bataille des chiffres, c’est le vide sur le terrain qui inquiète. Habituellement, le lancement d’un projet d’une telle envergure est marqué par une symbolique forte : la pose de la première pierre par les autorités provinciales. À Lubunga, rien de tel.
« Où sont les engins lourds ? Où est la logistique ? », s’interroge Me Atchalina. Sur les tronçons concernés, le silence est rompu non pas par le vrombissement des compacteurs, mais par l’exaspération d’une population qui se sent, une fois de plus, tenue à l’écart. Cette absence de transparence dans le démarrage effectif des travaux alimente les soupçons de gestion opaque. Pour Me Atchalina, l’implication de la population locale n’est pas une option, mais une nécessité pour garantir l’appropriation et la surveillance citoyenne du projet.
Lubunga, une commune à bout de souffle
Ce bras de fer intervient dans un contexte social déjà fragile. Lubunga a traversé des crises communautaires et des défis sécuritaires majeurs ces derniers mois. Pour les habitants, la route n’est pas seulement du goudron ; c’est le symbole d’un retour à la dignité et d’un désenclavement économique vital.
Le retard ou le flou entourant ce chantier n’est donc pas seulement une faille technique, mais une blessure sociale. En dénonçant ce projet « flou », Me Atchalina se fait le porte-voix d’une communauté qui refuse désormais d’être nourrie de promesses sans lendemain.
L’ultimatum du 30 avril : la menace d’une judiciarisation
L’acteur engagé ne compte pas s’arrêter à de simples déclarations. Le curseur est désormais fixé au 30 avril. Si, passé ce délai, le chantier ne présente pas un visage conforme aux standards internationaux avec une mobilisation logistique visible et un calendrier révisé l’affaire pourrait être portée sur le terrain judiciaire.
Me Bienvenu Atchalina promet de saisir les autorités judiciaires compétentes par voie de dénonciation, ainsi que les institutions de la République. Parallèlement, il lance un appel pressant au gouvernement central. L’objectif est clair : contraindre Kinshasa à examiner les dossiers de la Tshopo afin de garantir que les fonds publics se traduisent réellement en infrastructures durables.
À Kisangani, le mois d’avril s’achève sous haute tension. Les autorités provinciales sauront-elles rectifier le tir avant que la frustration de Lubunga ne se transforme en tempête juridique et sociale ? La réponse est attendue sur le bitume ou plutôt, sur son absence.
Trésor Makaya TA
