En séjour à Kisangani dans le cadre de ses vacances parlementaires, le sénateur Jean Bamanisa Saïdi a accordé un entretien exclusif au média en ligne RDC60 Politique au cours duquel il a passé en revue plusieurs dossiers majeurs concernant la ville et la province. Gouvernance provinciale, sécurité, urbanisation, électricité ou encore voirie : l’ancien gouverneur a livré une lecture sans détour de la situation actuelle, tout en esquissant des pistes d’actions pour l’avenir de Kisangani.
À travers cet échange dense et stratégique, le sénateur met en lumière les défis structurels auxquels la ville fait face et appelle à une gouvernance plus efficace, orientée vers les résultats.
GOUVERNANCE PROVINCIALE : L’EXIGENCE D’UN CAP CLAIR
Interrogé sur l’accueil de la population durant son séjour parlementaire, Jean Bamanisa Saïdi explique avoir consacré une grande partie de ses échanges aux questions politiques et institutionnelles, notamment aux relations entre l’Assemblée provinciale et le gouvernement provincial.
Selon lui, la province traverse une période où la lisibilité de l’action publique reste insuffisante.
« Nous avons passé en revue la plupart des questions récurrentes, notamment les relations politiques entre l’Assemblée provinciale et le gouvernement provincial. J’ai insisté sur la nécessité d’une meilleure collaboration et d’un véritable sérieux dans le travail de chacun. »
Le sénateur estime que deux années après l’installation de l’actuelle équipe provinciale, les orientations stratégiques restent encore floues.
« Depuis deux ans, le gouvernement provincial ne nous démontre pas clairement vers quels objectifs nous allons. Nous ne voyons pas encore un programme auquel la population puisse véritablement s’approprier. »
La récente mise en place d’une nouvelle équipe gouvernementale provinciale constitue, selon lui, une opportunité de clarification.
« Nous attendons qu’ils passent devant l’Assemblée provinciale pour décliner clairement leurs priorités. Mais ils n’auront pas beaucoup de temps. On ne vient pas au gouvernement pour apprendre : on vient pour exécuter et produire des résultats dès les premières heures. »
SÉCURITÉ : CONSOLIDER KISANGANI COMME UNE « FORTERESSE »
Autre dossier central évoqué par le sénateur : la sécurité dans la ville.
Pour Jean Bamanisa Saïdi, Kisangani doit renforcer ses capacités sécuritaires afin de préserver sa stabilité.
« La question sécuritaire reste très récurrente. Nous avons insisté sur la nécessité de renforcer les capacités de sécurité afin que Kisangani devienne véritablement une forteresse. »
Cela passe notamment par une politique plus rigoureuse de gestion des infrastructures militaires.
Il s’est ainsi dit surpris de constater que certains espaces réservés aux installations militaires ne sont pas suffisamment protégés.
« J’ai été surpris de constater que certains espaces n’ont pas été sécurisés par les autorités. Nous allons travailler à Kinshasa pour que les espaces des camps militaires existants soient réellement protégés. »
Il cite notamment plusieurs sites stratégiques :
- Kapalata
- Sergent Ketele
- Bauma
- Lukusa
L’objectif, explique-t-il, est d’anticiper les besoins militaires sur plusieurs décennies.
« Ces espaces doivent répondre aux besoins des cinquante prochaines années. On ne peut pas réduire les terrains militaires au point qu’ils deviennent insuffisants demain. »
URBANISATION : L’URGENCE D’UN VÉRITABLE PLAN D’AMÉNAGEMENT
Au-delà de la sécurité, le sénateur alerte également sur la gestion du territoire et l’urbanisation désordonnée de la ville.
Pour lui, l’absence d’une planification claire compromet le développement harmonieux de Kisangani.
« On ne peut pas gérer les espaces sans savoir leur destination finale. Où va s’étendre la ville ? Où seront les équipements publics, les routes, les parkings, les dépôts de carburant ou de marchandises ? »
Il déplore un urbanisme marqué par l’improvisation.
« Aujourd’hui, l’urbanisation de nos villes laisse à désirer. On mélange le commerce, l’habitat et les activités économiques sans planification. »
Jean Bamanisa rappelle qu’un plan d’aménagement existe déjà et invite les autorités actuelles à s’en inspirer.
« Nous avons laissé des orientations. Les gouvernements qui se succèdent doivent les consulter et demander des orientations si nécessaire. »
ÉLECTRICITÉ : SORTIR KISANGANI DE L’OBSCURITÉ
La question énergétique figure également parmi les priorités évoquées.
Le sénateur considère l’électricité comme l’un des leviers fondamentaux du développement économique et social.
« La question de l’électricité est cruciale. Nous allons mettre toute la pression nécessaire pour que le contrat prévu entre effectivement dans sa phase d’exécution afin que Kisangani sorte de la pénombre. »
Pour lui, l’accès stable à l’énergie constitue une condition essentielle pour relancer l’économie locale et améliorer les conditions de vie des habitants.
VOIRIE URBAINE : BAMANISA MET EN GARDE CONTRE LA GESTION ACTUELLE
Sur le dossier de la voirie, Jean Bamanisa Saïdi rappelle les critiques qu’il avait déjà formulées lors de ses précédentes vacances parlementaires.
Il dénonce notamment la gestion actuelle des projets routiers par le Bureau Central de Coordination (BCECO le sous la tutelle du ministère des Finances.
« J’avais déjà tapé sur la table lors de mes précédentes vacances parlementaires pour dénoncer cette situation. La voirie ne devrait pas être gérée par le BCECO et le ministère des Finances. »
Selon lui, la gestion des infrastructures routières devrait logiquement relever des institutions techniques compétentes comme :
- le ministère des Travaux publics
- l’Office des Voiries et Drainage (OVD)
- l’Office des Routes
« Le rôle du ministère des Finances et du BCECO est de financer. Les mécanismes doivent rester classiques et passer par les structures techniques. »
Le sénateur met en garde contre les conséquences possibles de cette organisation.
« Je ne voudrais pas que les chantiers de Kisangani s’arrêtent. Le risque existe, surtout lorsque les projets sont lancés à des coûts très élevés et qu’il y a des changements au niveau du gouvernement central. »
SOUTIEN AUX FORCES DE SÉCURITÉ : UN GESTE SYMBOLIQUE POUR LA POLICE
Durant son séjour, Jean Bamanisa Saïdi a également posé un geste en faveur de la police nationale.
Un geste qu’il présente comme un encouragement au travail de terrain effectué par les agents.
« La police accomplit un travail remarquable. Il est important de les encourager, notamment dans les patrouilles pédestres. »
L’objectif est également de renforcer le lien entre les forces de sécurité et la population.
« Nous voulons renforcer l’interaction entre la population et les services de sécurité. La confiance entre les deux est essentielle. »
Dans la même logique, il a également insisté sur la nécessité de poursuivre la construction et la modernisation des camps militaires.
SÉCURITÉ RÉGIONALE : LES FARDC RASSURENT SUR LA SITUATION
Le sénateur a également rencontré les responsables militaires de la région, dont le général commandant de la zone de défense.
Cette réunion a permis de faire un état des lieux de la situation sécuritaire avec les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
« Nous avons eu une réunion avec le commandant de la région militaire et chef de la troisième zone de défense. Nous avons passé en revue la situation sécuritaire. »
Selon les informations reçues lors de cette rencontre, la situation demeure stable.
« Les FARDC nous ont rassurés que la situation est calme et qu’il n’y a pas de panique à avoir. »
Toutefois, le sénateur insiste sur l’importance d’une communication régulière avec la population.
« J’ai demandé qu’il y ait davantage de communication envers la population dans le cadre des relations civilo-militaires afin que les citoyens se sentent en confiance. »
UN MESSAGE CLAIR : RÉSULTATS, DISCIPLINE ET VISION
À travers cet entretien, Jean Bamanisa Saïdi adresse un message direct aux autorités provinciales comme aux institutions nationales : la gouvernance doit désormais être guidée par des résultats concrets.
Entre planification urbaine, renforcement sécuritaire, infrastructures et énergie, les défis de Kisangani sont nombreux. Mais pour le sénateur, ils ne sont pas insurmontables à condition d’adopter une vision claire, une gestion rigoureuse et une collaboration efficace entre institutions.
Une ligne de conduite qui, selon lui, déterminera l’avenir d’une ville stratégique au cœur de la République démocratique du Congo.
Aristote TALY

