Au cœur du plus grand rendez-vous minier africain, le sénateur Jean Bamanisa Saidi dessine les contours d’une industrialisation locale ambitieuse et appelle l’État congolais à concrétiser ses engagements stratégiques.
Le Cap, ce vendredi 13 février 2026 — Alors que le Mining Indaba réunissait l’élite minière mondiale au Cape Town International Convention Centre, une voix congolaise résonnait avec une acuité particulière. Jean Bamanisa Saidi, sénateur et figure de proue de l’Expo Béton, s’est confié en exclusivité à GeopolisTV, livrant une analyse sans détour sur les ambitions minières de la République démocratique du Congo et les défis qui jonchent encore sa trajectoire.
Le Congo dans la cour des grands : repositionnement ou simple présence ?
La participation congolaise au Mining Indaba 2026 n’est pas passée inaperçue. Pour le sénateur Bamanisa, cette présence active traduit bien plus qu’un simple exercice protocolaire. « Le Congo a retrouvé sa place dans les cercles décisionnels majeurs du secteur extractif africain », affirme-t-il avec conviction. Cette dynamique s’inscrit dans une volonté politique affirmée de repositionner le pays comme acteur incontournable, fort de ses réserves exceptionnelles en cuivre, cobalt et autres minerais stratégiques.
La RDC produit aujourd’hui plus de 75 % du cobalt mondial et détient des réserves considérables de cuivre, faisant d’elle un partenaire indispensable dans la transition énergétique globale. Cette puissance géologique, longtemps sous-exploitée au profit d’intérêts étrangers, se mue progressivement en levier stratégique.


L’impératif de transformation locale : au-delà des discours
Interrogé sur les engagements miniers et les défis de l’Expo Béton, Jean Bamanisa Saidi pointe une exigence fondamentale : la cohérence entre participation internationale et décisions nationales concrètes. « Être présent dans les forums ne suffit pas. Il faut que nos minerais profitent directement à notre économie », martèle-t-il.

Le principal défi demeure la transformation locale des richesses extractives. Les infrastructures, la santé, l’éducation, le développement industriel : autant de secteurs appelés à bénéficier d’une valorisation accrue des ressources minières sur le territoire national. Le sénateur dénonce également les lenteurs administratives qui entravent l’exécution des projets, réclamant une accélération des processus pour concrétiser les ambitions affichées.
Des résultats tangibles malgré le scepticisme
Face aux critiques selon lesquelles la RDC, fragilisée par des décennies d’instabilité, ne peut tirer profit équitable des accords signés, le promoteur de l’Expo Béton oppose des faits concrets. Il évoque notamment des projets menés dans l’espace katangais ayant généré des retombées financières estimées à plus de 7 millions de dollars américains.
Ces résultats, s’ils demeurent modestes à l’échelle des potentialités du pays, démontrent qu’une structuration rigoureuse des accords et un suivi méticuleux peuvent produire des bénéfices réels. « Nous avons la preuve que lorsque nous négocions avec méthode et que nous exigeons la transparence, les retombées profitent au pays », insiste-t-il.
Le Parlement face à ses responsabilités
La question de l’appropriation parlementaire des engagements gouvernementaux soulève des interrogations légitimes. Le sénateur Bamanisa reconnaît que les promesses du gouvernement et du chef de l’État ne se sont pas encore toutes matérialisées. Toutefois, il identifie des avancées progressives : la rocade de Kinshasa, le développement du réseau ferroviaire, l’asphaltage de plusieurs axes routiers.
« L’appropriation institutionnelle reste un chantier à consolider », admet-il, appelant les élus à exercer pleinement leur rôle de contrôle et d’orientation stratégique. La gouvernance minière exige une vigilance parlementaire accrue pour garantir que les accords négociés servent effectivement les intérêts nationaux.
L’Expo Béton : instrument de transformation structurelle
En conclusion, Jean Bamanisa Saidi réitère son appel à un accompagnement institutionnel plus soutenu de l’État. L’Expo Béton, initiative privée devenue plateforme stratégique, se veut catalyseur de transformation économique. Sa vocation : promouvoir la valeur ajoutée locale, attirer les investisseurs sérieux et stimuler le développement des infrastructures nationales.
« Nous attendons de l’État qu’il concrétise plus rapidement ses engagements publics. La transformation structurelle de notre économie en dépend », lance-t-il. L’Expo Béton entend démontrer qu’une industrialisation congolaise maîtrisée est non seulement possible, mais nécessaire pour que les richesses du sous-sol congolais bénéficient enfin pleinement au peuple congolais.
Cet entretien exclusif, accordé en marge du Mining Indaba 2026, éclaire les ambitions économiques de la RDC tout en soulignant les défis persistants liés à la gouvernance, à la transformation industrielle et à l’exécution effective des promesses politiques. Le message est clair : le Congo possède les atouts, il lui reste à bâtir les structures pour les valoriser durablement.
Aristote TALY
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