À Kinshasa, l’Institut national du bâtiment et des travaux publics (INBTP) a accueilli la remise des prix aux étudiants lauréats du concours de la 12ᵉ édition d’Expo Béton. La cérémonie a aussi permis à la direction de l’établissement et aux organisateurs d’aborder la formation pratique, la recherche sur les matériaux locaux et le respect des normes. Le sénateur Jean Bamanisa Saïdi a annoncé un appui de 400 sacs de ciment.
Les travaux des étudiants de l’Institut national du bâtiment et des travaux publics (INBTP) étaient au centre d’une cérémonie de reconnaissance réunissant les responsables de l’établissement, le comité d’organisation d’Expo Béton, les membres du corps académique et scientifique ainsi que les étudiants.
Présentée par Euphrasie Kayembe, maîtresse de cérémonie, cette rencontre était consacrée à la remise des prix aux lauréats du concours d’Expo Béton. Elle a aussi donné lieu à des propositions pour rapprocher la formation des ingénieurs des besoins des entreprises et des exigences des chantiers en République démocratique du Congo.

Le directeur général salue la reconnaissance du mérite des étudiants
Dans son mot d’ouverture, le directeur général de l’INBTP, le Professeur Docteur Ingénieur Cédric Tshibangu Munyenze, a souhaité la bienvenue au sénateur Jean Bamanisa Saïdi, président du comité d’organisation d’Expo Béton, et à son équipe.

Il a présenté leur présence comme une marque de considération envers l’établissement et, plus largement, envers la communauté des ingénieurs du bâtiment et des travaux publics.
“Votre présence ici à l’INBTP ne fait pas seulement honneur aux étudiants et aux personnels, mais fait honneur à l’ensemble de la communauté des ingénieurs BTP”, a-t-il déclaré.
Le directeur général a remercié les organisateurs pour le maintien d’un espace de réflexion consacré aux enjeux du secteur. Pour les professionnels, a-t-il expliqué, les rencontres d’Expo Béton constituent également un rappel de leur responsabilité dans le développement et l’accompagnement des activités de construction.
Il a particulièrement salué la reconnaissance des efforts des étudiants, dont les travaux proposent des solutions dans les infrastructures et les matériaux de construction. Cette attention portée à l’innovation estudiantine a constitué le point de départ des échanges avec le président du comité d’organisation.

Jean Bamanisa appelle les futurs ingénieurs à défendre les règles du métier
Prenant ensuite la parole, le sénateur Jean Bamanisa Saïdi a rappelé le rôle du bâtiment et des travaux publics dans la vie quotidienne : logements, routes, équipements collectifs et espaces nécessaires aux activités économiques.

Il a évoqué les retards accumulés dans les infrastructures routières, portuaires, aéroportuaires et ferroviaires, avant d’insister sur la qualité des ouvrages à construire.
Son intervention a directement interrogé la responsabilité professionnelle des futurs ingénieurs. Que faire lorsqu’une entreprise demande de réduire les quantités de matériaux au détriment des normes ? Pour le sénateur, les connaissances acquises à l’institut doivent permettre d’identifier les erreurs et de refuser les pratiques qui fragilisent les constructions.
Il a cité la dégradation prématurée de certaines routes pour appeler les acteurs du secteur à examiner leurs propres méthodes. Il a également rappelé sa responsabilité de parlementaire dans le contrôle de l’action publique.
La formation, a-t-il poursuivi, doit préparer à concevoir des ouvrages durables, en tenant compte des besoins immédiats, mais aussi de l’évolution des villes et des territoires sur plusieurs décennies.
Urbanisme, drainage et réseaux : penser les ouvrages dans leur environnement
Le président du comité d’organisation d’Expo Béton a consacré une partie de son intervention aux conditions d’aménagement de Kinshasa. Il a dénoncé les emprises routières rétrécies, les modifications de limites parcellaires et les constructions qui laissent trop peu de place aux piétons, au drainage ou aux espaces verts.
Il a évoqué la nécessité de restructurer certains quartiers et d’anticiper les effets des nouvelles infrastructures sur la circulation et les bâtiments existants.
Les galeries techniques, destinées notamment au passage des câbles et des canalisations, ont également occupé une place dans ses propos. Il a demandé que ces équipements soient prévus dès la conception des routes, plutôt que de multiplier ensuite les interventions sur les ouvrages.
Jean Bamanisa Saïdi a aussi insisté sur la prise en compte des pentes et de l’écoulement des eaux à Kinshasa. Les aménagements réalisés en hauteur, a-t-il expliqué, ont des conséquences sur les zones situées en contrebas. Le drainage doit donc être conçu à l’échelle des espaces concernés.
Encadrer la construction et valoriser les métiers
Revenant sur la création d’Expo Béton, le sénateur a expliqué que la disponibilité du ciment devait s’accompagner d’un meilleur encadrement de son utilisation.
Il a évoqué les risques liés aux constructions confiées à des personnes dont les qualifications ne sont pas vérifiées. Son propos a porté sur la nécessité de rendre les connaissances techniques accessibles et de faire intervenir des professionnels formés dans la réalisation des ouvrages.
Il a également interrogé l’organisation institutionnelle du secteur, notamment l’articulation entre travaux publics, urbanisme, réglementation et contrôle. Il a appelé à renforcer l’application des normes et la présence de spécialistes dans les services publics chargés de ces domaines.
Dans cette démarche, il a présenté le Club BTP et la chambre des métiers de l’artisanat en cours de mise en place comme des instruments de valorisation des métiers du bâtiment, des travaux publics et de l’industrie.
Des formations sur chantier et des stages en entreprise
Pour rapprocher les étudiants du terrain, Jean Bamanisa Saïdi a proposé de développer des formations directement sur les chantiers, en collaboration avec l’INBTP et les entreprises membres d’Expo Béton.
“Nous serons heureux de vous accompagner, vous étudiants, pour pouvoir vous placer pour la formation professionnelle sur les sites”, a-t-il déclaré.
Les chantiers pourraient ainsi servir de lieux d’apprentissage pratique, en complément des cours et des laboratoires. Le sénateur a également évoqué la valorisation de l’expérience et des acquis, ainsi que l’intérêt de dispositifs d’incubation permettant aux étudiants de développer leurs projets.

Ces propositions doivent être examinées avec la direction de l’établissement et les représentants du Club BTP.
Il a rattaché cette démarche à la responsabilité des professionnels intervenant dans la construction, en rappelant les différentes compétences nécessaires : géomètres, urbanistes, architectes et ingénieurs.
Une perspective d’extension à Kinshasa Kia Mona
Le président du comité d’organisation d’Expo Béton a évoqué la possibilité d’associer l’INBTP au développement de la nouvelle ville de Kinshasa Kia Mona.

Il a indiqué qu’un de ses bureaux participait au développement d’un périmètre de 1 000 hectares et s’est dit disposé à examiner avec l’établissement la possibilité d’y aménager une extension.
Cette perspective a été présentée comme une proposition de collaboration, dans un contexte d’augmentation du nombre d’apprenants et des besoins de formation.
Il a également évoqué Maluku et les espaces situés le long de la rocade comme des possibilités à considérer pour l’expansion de l’institut. Dans les futurs aménagements, il a demandé de préserver une place aux espaces verts.
Un projet de pacte national sur la construction et les infrastructures
Jean Bamanisa Saïdi a annoncé son intention de soumettre au Directeur général de l’INBTP un projet de pacte national sur la construction et les infrastructures, afin de recueillir son avis et d’associer l’établissement à cette démarche.
Il a indiqué qu’un dossier serait introduit auprès de la Première ministre dans les 48 heures, en vue de proposer un comité national doté de relais dans huit grands pôles du pays.
L’objectif présenté est de favoriser la construction dans le respect des normes, en mobilisant les pouvoirs publics, les professionnels, les établissements de formation et les citoyens.
Il a notamment demandé que les habitants soient davantage concernés par les ouvrages réalisés dans leur rue. L’obtention d’une autorisation et le paiement des frais administratifs, a-t-il expliqué, ne peuvent suffire à garantir la qualité d’une construction et son intégration dans le quartier.
La dimension sanitaire a également été abordée. Le sénateur a évoqué les conséquences de l’absence d’assainissement, des rejets d’eaux usées dans les rues et les rivières, et de la mauvaise conception des installations sanitaires. Il a demandé une meilleure prise en compte des exigences de santé publique dans les projets.
Les matériaux locaux au centre d’une collaboration scientifique
Les échanges ont aussi porté sur les recherches menées par les étudiants et sur les possibilités de coopération avec les laboratoires de l’INBTP.
Jean Bamanisa Saïdi a proposé de travailler sur l’identification des matériaux locaux et sur leur utilisation pour stabiliser les routes. Il a expliqué que les moyens disponibles ne permettaient pas de généraliser immédiatement les revêtements en asphalte ou en béton à l’ensemble du réseau.
Il a évoqué les mélanges associant la latérite et le ciment, ainsi que d’autres liants susceptibles d’être étudiés en fonction des caractéristiques des sols.
À titre d’exemple, il a cité une voie réalisée sur un site de PPC, qu’il présente comme ayant résisté pendant douze ans au passage des camions. Il a précisé que l’expérience reposait sur une stabilisation à 4 % de ciment, accompagnée d’un dispositif de drainage.
Cet exemple a été présenté pour encourager les essais et la recherche. Le sénateur a insisté sur la nécessité de prélever et d’analyser les sols afin d’adapter les solutions aux conditions de chaque site.
Il a également appelé à replacer les besoins de déplacement des populations au centre des projets routiers, au-delà de la seule passation des marchés.
Le BTP comme débouché professionnel
Jean Bamanisa Saïdi a présenté le bâtiment et les travaux publics comme un secteur capable de contribuer à la lutte contre le chômage.

Il a cité une estimation de 1,75 à 2 millions de personnes travaillant chaque année dans le secteur, issue, a-t-il précisé, d’un calcul réalisé à partir de la consommation de ciment. Cette estimation a été avancée dans son intervention pour illustrer le poids des activités de construction dans l’emploi.
Il a proposé que les professionnels et l’INBTP portent ensemble ce message auprès du gouvernement, tout en encourageant les étudiants à exercer leur métier dans le respect des exigences techniques.
Un appui de 400 sacs de ciment annoncé
La rencontre a également été marquée par l’annonce d’un apport de 400 sacs de ciment à l’INBTP, répartis entre 200 sacs de classe 32,5 et 200 sacs de classe 42,5.
Jean Bamanisa Saïdi a précisé qu’un échantillon avait été apporté pour la cérémonie et que la livraison du lot serait effectuée dans le courant de la semaine. Cet appui doit contribuer à des ouvrages utiles à l’apprentissage et à la transmission des connaissances.
Il a félicité les étudiants lauréats pour leurs recherches et évoqué les entreprises susceptibles de compléter les récompenses ou de proposer des stages.
RDC60 Politique – Rédaction
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