Au cœur de l’Afrique bat le deuxième poumon de la planète. Pourtant, pendant des décennies, une question vertigineuse est restée en suspens : à qui profite véritablement cette respiration mondiale ? Ce mardi 5 mai 2026, dans les salons feutrés du ministère de l’Environnement à Kinshasa, cette interrogation n’était plus une simple rhétorique, mais bien le point de départ d’une nouvelle doctrine d’État.
Lors d’une audience hautement stratégique, la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du climat, Son Excellence Marie Nyange Ndambo, a reçu une délégation d’experts français du secteur environnemental. Conduite par l’honorable Laddy Yangotikala, cette rencontre ne s’est pas contentée de dresser un énième constat alarmant ; elle a esquissé les contours d’une écologie pragmatique, décomplexée et, surtout, profondément humaine.

L’enjeu n’est plus seulement de sauver la planète, mais de faire de ce sauvetage un moteur de prospérité pour la République démocratique du Congo.
De la contemplation à la rétribution : le nouveau paradigme congolais
Le statut de « poumon du monde » ne doit plus être une charge philanthropique portée par la RDC, mais bien un actif économique majeur. C’est la vision sans concession portée par le député national Laddy Yangotikala, facilitateur de ce dialogue bilatéral. Au sortir de l’audience, ses mots ont résonné comme une exigence de justice :

« Nous avons accompagné des partenaires de nationalité française qui œuvrent déjà en RDC. Notre pays possède l’un des écosystèmes les plus riches de la planète et constitue le deuxième poumon du monde. La question centrale est de savoir comment les citoyens congolais peuvent bénéficier concrètement de ce patrimoine. »
Cette déclaration marque une rupture. Elle exige un passage direct de l’écologie de conservation à l’économie de valorisation. Les citoyens congolais, gardiens historiques de cette biodiversité, doivent cesser d’être les spectateurs de leur propre richesse pour en devenir les premiers bénéficiaires.
Guérir les stigmates de la terre : une approche interdisciplinaire
L’environnement en RDC est un tissu complexe où la beauté saisissante de la forêt primaire côtoie la rudesse de l’exploitation minière. C’est cette complexité qui a été au cœur des échanges avec la ministre Marie Nyange Ndambo. Loin d’une vision cloisonnée, la ministre impose une gouvernance holistique, une approche saluée par Manuel Schneider, directeur technique au sein de l’organisation Couloir Vert :
« J’ai été marqué par sa capacité d’écoute et sa vision interdisciplinaire. L’environnement touche à tout : la protection des forêts, des tourbières, le bien-être des populations, mais aussi la réhabilitation minière pour lutter contre les pollutions. »
Cette vision se traduit déjà par une cartographie d’interventions ciblées et concrètes, là où la terre souffre et où les populations luttent :
- Dans la Tshopo (zone de Banalia) : au-delà de la stricte protection forestière, l’urgence est à la réhabilitation des sols meurtris par l’exploitation aurifère. Un partenariat stratégique avec l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomiques (INERA) à Yangambi vient consolider cette volonté d’allier science et action de terrain.
- Dans le Haut-Katanga et le Lualaba : cœur battant de l’industrie minière mondiale, ces régions font l’objet d’initiatives rigoureuses de lutte contre la dégradation des sols et la pollution des nappes phréatiques, conditions sine qua non pour préserver la santé publique.
L’écologie souveraine : « Des actifs congolais, pour le Congo »
Le véritable succès de cette synergie réside dans la posture des partenaires internationaux. Fort de sept années d’immersion et de travail en RDC, Jean Zekri, directeur général de Couloir Vert, a plaidé pour un changement de logiciel intellectuel et opérationnel :
« On ne doit pas seulement compter sur les idées venues de l’extérieur. Nous travaillons sur les actifs congolais, pour le Congo. Nous souhaitons démarrer avec le projet “Kinshasa Vert” avant de nous étendre à la réhabilitation minière et aux crédits carbone. »
Ces mots illustrent la maturité d’un partenariat qui tourne le dos à l’ingérence pour épouser la co-construction. Le lancement imminent du projet « Kinshasa Vert » n’est que la première pierre d’un édifice beaucoup plus vaste, incluant la très convoitée manne des crédits carbone. Il s’agit de structurer un marché où la RDC fixe les règles et capte la valeur, transformant l’absorption du CO₂ en routes, en écoles et en emplois durables.
Conclusion : le courage d’une ambition nationale
La rencontre de ce 5 mai n’était pas une audience de courtoisie, mais un véritable conseil stratégique. En réitérant sa disponibilité absolue à collaborer avec des partenaires partageant cette vision, la ministre Marie Nyange Ndambo a posé un acte fort : l’écologie congolaise ne se subit plus, elle se pilote.
La République démocratique du Congo est à la croisée des chemins. En exigeant que la réhabilitation de la nature aille de pair avec la dignité de ses citoyens, le pays s’apprête à offrir au monde une leçon magistrale : le plus grand rempart contre la crise climatique mondiale demeure le développement humain et économique des populations qui en sont les gardiennes.
Aristote TALY

