Par un après-midi suspendu au souffle de l’histoire, l’hémicycle de l’Assemblée provinciale de la Tshopo est devenu, ce 5 mai 2026, le théâtre d’une vérité crue. Loin des joutes oratoires stériles, l’intervention de l’élu de Kisangani, l’Honorable Senold Tandia Akomboyo, a résonné comme un électrochoc. Entre asphyxie économique et fractures sécuritaires, le député a dressé le portrait d’une ville à la croisée des chemins, exigeant que l’autorité de l’État cesse d’être une abstraction pour redevenir un rempart.

L’Anomalie de Kisangani : Quand le profit s’affranchit du réel
Le premier volet de son intervention touche au nerf de la guerre : le prix du carburant. Avec une précision chirurgicale, l’Honorable Tandia a déconstruit le narratif de la fatalité mondiale. Certes, les tensions géopolitiques dans le détroit d’Ormuz agitent les marchés, mais les chiffres ne mentent pas, et ceux de Kisangani sont vertigineux.
Alors que la hausse mondiale plafonne à 11 % et que les pics africains oscillent autour de 16 %, la ville de Kisangani subit une déflagration de près de 47 %. Passer de 3 750 à 5 700 francs congolais n’est plus une adaptation de marché ; c’est, selon l’élu, une « captation de profit illicite » sur le dos d’une population déjà exsangue.
« Le carburant est un produit stratégique, il n’y a pas de liberté absolue dans la fixation de son prix », a rappelé le député avec fermeté.
En invoquant les structures de prix officielles convenues avec la FEC et le ministère national, qui situent le prix juste autour de 4 000 francs, Senold Tandia pointe du doigt une déconnexion volontaire des opérateurs économiques locaux. Son appel est une exigence de régulation : le ministère provincial de l’Économie doit sortir de sa torpeur pour ramener les opérateurs à la norme. On ne bâtit pas une économie régionale sur l’opportunisme, mais sur l’équilibre fragile entre marge commerciale et survie sociale.
Le second acte de son plaidoyer s’est déplacé du portefeuille des ménages vers l’intégrité du quartiers FARDC. jadis surnommée havre de paix, voit ses artères se transformer en zones de friction. L’Honorable Tandia a mis en lumière les affrontements récurrents entre les jeunes des « Camps » et ceux des « Kabondo », une géographie de la violence qui s’étend de la zone Avenir jusqu’à la 7ᵉ avenue.
Derrière les statistiques de criminalité se cachent des tragédies humaines :
- le pillage des ménages, transformant l’intimité des foyers en butins de guerre ;
- la destruction des micro-activités, ces détaillants qui constituent le poumon économique de la rue et voient leur labeur réduit à néant ;
- l’érosion de la confiance, où le voisin devient une menace.
Malgré les tentatives de médiation entamées par l’élu lui-même pour rétablir le dialogue, le constat reste amer : une frange de la jeunesse s’érige en « barrières » humaines contre le progrès. Ici, la diplomatie parlementaire atteint ses limites. Le député a donc appelé à une manifestation de l’autorité de l’État « sans état d’âme ». Un cri pour l’ordre, non par goût de la force, mais par nécessité de justice.
Conclusion : pour une renaissance de la Tshopo
L’intervention de Senold Tandia Akomboyo n’était pas une simple motion d’information ; c’était un diagnostic vital. En reliant la précarité économique à l’instabilité sécuritaire, il a rappelé une vérité universelle : la faim et le désordre sont les deux faces d’une même pièce qui paralyse le développement.
Aujourd’hui, la balle est dans le camp de l’exécutif provincial. Restaurer la vérité des prix et réimposer la quiétude dans les quartiers ne sont pas des options, mais des impératifs catégoriques. Kisangani regarde ses dirigeants. Elle attend que la force de la loi protège le citoyen contre l’avidité des uns et la violence des autres. Car, comme le suggère le souffle de cette plénière, une province ne peut prospérer si son peuple doit choisir entre payer son transport et protéger son foyer.
Aristote TALY

