Le testament politique de feu Étienne Tshisekedi wa Mulumba promettait de placer les Congolais au centre de l’action publique. Pourtant, dans la province de la Tshopo, ce mantra semble s’être vidé de sa substance, broyé par les rouages d’une cupidité institutionnalisée. Alors qu’à Kinshasa, le prix du carburant est fixé à la baisse, les pompes de Kisangani affichent des tarifs punitifs. Enquête sur une « escroquerie à ciel ouvert » dénoncée par la société civile.
Un héritage politique à l’épreuve du terrain
« Le Peuple d’abord ». Plus qu’un cri de ralliement, cette célèbre maxime constitue le patrimoine moral légué par le Sphinx de Limete, Étienne Tshisekedi wa Mulumba. Ce postulat, censé être la boussole inaltérable de toute action politique en République démocratique du Congo, résonne aujourd’hui avec une ironie cruelle dans la Tshopo.
À l’heure où les discours officiels célèbrent cet héritage, la réalité économique des Tshopolais raconte une tout autre histoire : celle d’un slogan devenu stérile, utilisé comme un paravent derrière lequel s’organise une exploitation systématique du citoyen.
L’alerte de Me Christian Kambi Mateleka : un pillage organisé
C’est un cri d’alarme qui ne peut plus être ignoré. Me Christian Kambi Mateleka, activiste pro-démocratie et figure respectée de la société civile locale, a dressé un constat accablant. Selon ses observations et les alertes qu’il relaie, la province de la Tshopo est le théâtre d’une « escroquerie très bien organisée ».
Au cœur de ce dispositif se trouverait une alliance occulte entre trois acteurs clés :
- Le Gouvernement provincial de la Tshopo ;
- La FEC Tshopo ;
- Le président des importateurs des produits pétroliers de la province.
Cette troïka semble avoir instauré un système de rente qui échappe à tout contrôle citoyen, transformant la nécessité énergétique en un instrument de spoliation.
Le scandale des chiffres : 5 500 FC contre 2 400 FC
L’évidence de cette arnaque réside dans l’incroyable distorsion des prix. Alors que le ministère national de l’Économie a consenti des efforts pour stabiliser le social en fixant le prix du litre de carburant à environ 2 400 FC à Kinshasa, la Tshopo semble avoir fait sécession économique.
À la pompe, les habitants de Kisangani doivent débourser 5 500 FC pour un litre. Par quel mécanisme mystérieux la province s’octroie-t-elle le droit de défier les autorités nationales et de multiplier les prix par deux ? Pour Me Christian Kambi Mateleka, il ne s’agit pas d’une simple fatalité logistique, mais d’une « usurpation de pouvoir » manifeste. En ignorant les tarifs édictés par Kinshasa, les autorités locales sabotent l’autorité de l’État pour protéger les marges de ce cartel pétrolier.
La complicité par le silence
Hormis la « taxe conventionnelle » sur les produits pétroliers — dont l’utilisation reste entourée d’un flou artistique — c’est l’attitude des autorités locales qui suscite l’indignation. Pour de nombreux observateurs, le « regard impuissant » des décideurs provinciaux ressemble de plus en plus à une complicité active.
Le pillage ne se limite pas à la station-service. En impactant le coût du transport, cette mafia pétrolière fait grimper le prix de chaque sac de braise, de chaque régime de bananes et de chaque trajet en moto-taxi. C’est l’ensemble de l’économie locale qui est pris en otage.
Conclusion : un appel à la justice nationale
L’alerte lancée par Me Christian Kambi Mateleka doit servir de détonateur. On ne peut pas, d’un côté, invoquer la mémoire d’Étienne Tshisekedi et, de l’autre, laisser une administration provinciale « piller » ses propres administrés.
L’heure est au constat d’usurpation. Les autorités nationales, en tête desquelles les ministres de l’Économie et des Hydrocarbures, sont interpellées. La Tshopo n’est pas une zone hors-la-loi. Rétablir le prix juste, c’est respecter le peuple. Ignorer ce cri, c’est confirmer que, pour certains, le « Peuple d’abord » n’est plus qu’une relique politique sans valeur.
Rédaction
