Retrouvé mort jeudi matin dans des circonstances troubles, le jeune homme d’affaires et mécène sportif laisse derrière lui un vide immense et une capitale sous le choc. Face à ce qui s’apparente à une véritable exécution, les appels à la justice se multiplient.
La nuit kinoise a brutalement refermé ses portes sur l’un de ses fils les plus prometteurs. Jeudi, aux premières lueurs de l’aube, le corps sans vie de Vally Amisi a été découvert à l’arrière de l’Hôtel Béatrice, dans le secteur très fréquenté du Beach Ngobila, au cœur de la commune de la Gombe. Le visage et la poitrine criblés de balles, l’homme d’affaires congolais, résidant habituellement en Afrique du Sud, a été victime d’un meurtre d’une violence inouïe. Selon les premiers éléments recueillis et les témoignages de ses proches, un scénario glaçant se dessine : celui d’un enlèvement furtif, suivi d’une exécution froide et sommaire.
Le mystère des dernières heures
Les dernières heures de la victime restent, pour l’heure, nimbées de mystère. En séjour professionnel dans la capitale de la République démocratique du Congo, Vally Amisi logeait à l’Hôtel Hilton. Selon son entourage, il aurait quitté le prestigieux établissement aux alentours de 23 heures, mercredi soir. Quelques heures plus tard, son destin basculait dans l’horreur. Que s’est-il passé entre les portes de cet hôtel et la ruelle sombre du Beach Ngobila ? C’est tout l’enjeu des investigations à venir, alors que les autorités compétentes n’ont pas encore communiqué de version officielle.
Un bâtisseur aux multiples casquettes



Mais qui en voulait à Vally Amisi ? À Kinshasa comme à Johannesburg, la question résonne, étouffée par la stupeur. Loin des clichés, l’homme incarnait une nouvelle génération d’entrepreneurs congolais, décomplexée et audacieuse. À la tête de Parislis Africa, une florissante société de sous-traitance, il dirigeait également une entreprise spécialisée dans la location de jets privés pour une clientèle VIP. Son flair l’avait conduit à s’imposer tant dans le monde des affaires que dans celui du sport, deux milieux où il avait su tisser un réseau solide.

Vally Amisi n’était pas qu’un homme de dossiers ; il était un homme de terrain. Il avait récemment remporté un important marché public pour la rénovation des vestiaires et le remplacement des pelouses synthétiques du mythique Stade des Martyrs. Cet engagement sportif se traduisait par de hautes responsabilités institutionnelles : il présidait avec passion la Fédération congolaise de netball (FECONET) et s’investissait auprès de la jeunesse en tant que vice-président du club de football Nouvelle Vie Bomoko FC.
L’onde de choc et l’exigence de justice
L’annonce de sa disparition a provoqué une véritable onde de choc, transcendant les clivages politiques et sociaux. Sur les réseaux sociaux, le ministre des Sports, Didier Budimbu, a rendu un hommage appuyé à « un jeune entrepreneur visionnaire », rappelant avec émotion comment il « a marqué notre sport par son sens de l’initiative et son dynamisme ». Refusant la fatalité, le ministre a fermement exigé l’ouverture d’une enquête sérieuse pour « faire la lumière sur cet acte odieux ».
Mais c’est sans doute le vibrant témoignage du sénateur Jean Bamanisa Saïdi qui traduit le mieux la douleur de ceux qui l’ont côtoyé. Évoquant le souvenir d’un jeune étudiant rencontré à « Joburg », l’élu dresse le portrait intime d’un homme brillant, toujours à l’affût d’idées nouvelles. « Il cherchait toujours à connaître, à comprendre les business ! Il était également prêt à faire tous les business, des petits aux grands », se remémore-t-il. Bamanisa souligne son ascension fulgurante au Katanga et son soutien indéfectible au forum Expobeton RDC.

Derrière l’homme d’affaires, le sénateur pleure surtout une âme d’« une gentillesse rare », à mille lieues de la violence qui lui a ôté la vie. Sa tristesse laisse rapidement place à une indignation féroce contre l’assassin, qualifié tour à tour de « psychopathe », de « narcissique sanguinaire » et de « sociopathe ». « Rien ne peut justifier son ignoble assassinat. Justice pour Vally qui avait tant d’ambition de réussite ! », a-t-il martelé.
Un climat d’inquiétude
Dans une ville où la sécurité demeure un enjeu capital pour rassurer les investisseurs locaux et internationaux, l’assassinat ciblé d’un entrepreneur de cette envergure, en plein cœur de la Gombe, soulève de graves inquiétudes. Kinshasa pleure aujourd’hui un bâtisseur fauché en plein envol. En attendant que le silence des autorités se brise et que l’enquête révèle ses premières conclusions, la République démocratique du Congo perd non seulement un acteur économique prometteur, mais aussi un modèle de réussite pour toute une génération.
Aristote TALY
