Bruxelles, Ambassade de la RDC — Il y a des rencontres qui ne relèvent pas du protocole. Celles où les mots pèsent, où chaque dossier posé sur la table représente des milliers de vies suspendues entre deux pays, deux identités, deux systèmes. C’est précisément le registre dans lequel s’est inscrite l’audience accordée à Monsieur Dolly Kato Kasongo, Ambassadeur et Coordonnateur régional du FOFAT Grande Orientale et la diaspora congolaise en Belgique, par Son Excellence Thérèse Kayikwamba Wagner, Ministre d’État, Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de la Francophonie de la République Démocratique du Congo, reçue dans l’enceinte de l’Ambassade de la RDC en Belgique.

Un homme, une mission, cinq dossiers qui comptent
Dolly Kato Kasongo n’est pas venu en touriste diplomatique. Son plaidoyer, articulé et structuré, a porté sur cinq axes fondamentaux qui cristallisent les frustrations et les aspirations profondes de la diaspora congolaise établie à l’étranger.
L’équivalence des diplômes secondaires : une injustice silencieuse
Premier chantier soulevé — et non des moindres — : la reconnaissance des diplômes secondaires délivrés en RDC. Des milliers de jeunes congolais formés dans leur pays se heurtent encore à des murs administratifs dès qu’ils cherchent à valoriser leur parcours scolaire à l’étranger, ou inversement, à faire admettre en RDC des certificats obtenus en Europe. Une situation absurde dans un monde où la mobilité étudiante est devenue la norme. M. Kato Kasongo a plaidé pour une harmonisation claire, lisible et équitable — à la hauteur des ambitions d’une nation qui aspire à se réinventer.
La douane : en finir avec le parcours du combattant
Rentrer au pays ne devrait pas ressembler à un interrogatoire. Pourtant, les difficultés douanières que vivent quotidiennement les Congolais résidant à l’étranger lorsqu’ils reviennent chez eux constituent un frein réel, une humiliation récurrente, et surtout un signal négatif envoyé à ceux qui veulent ramener des biens, du matériel, des projets. La demande est simple : fluidifier, humaniser et sécuriser le passage douanier pour la diaspora.
Entrepreneurs de la diaspora : du capital, du talent, mais des portes fermées
La diaspora congolaise génère chaque année des milliards en transferts de fonds vers la RDC. Pourtant, ceux qui souhaitent franchir le pas — créer une entreprise, investir, produire localement — se retrouvent souvent seuls face à un labyrinthe administratif. M. Kato Kasongo a interpellé la Ministre sur la nécessité de mettre en place des mécanismes d’orientation et de facilitation concrets pour accompagner ces entrepreneurs dans l’implantation de leurs projets en sol congolais. Un potentiel énorme attend d’être libéré.
Double nationalité : la question qui dérange et qui ne peut plus attendre
C’est le dossier qui brûle, celui que l’on évite dans les discours officiels mais qui hante les familles. Des milliers de Congolais — souvent contraints par les réalités de l’exil, la sécurité, l’emploi ou la simple survie — ont acquis une nationalité étrangère. Leurs enfants, nés en Europe, portent deux identités sans en revendiquer une seule pleinement. La Constitution congolaise, dans son article 10, pose la nationalité comme « une et exclusive ». Mais la réalité de terrain crie l’inverse. M. Kato Kasongo a plaidé pour que ce sujet soit enfin traité avec la lucidité et l’humanité qu’il mérite — loin des postures idéologiques, au plus près des réalités vécues.
Investissement direct dans les provinces : court-circuiter la lenteur centrale
Le dernier point — peut-être le plus stratégique — concerne l’attraction directe des investisseurs dans les provinces congolaises, sans l’obligation systématique de transiter par Kinshasa et le gouvernement central. Dans un pays-continent aux ressources colossales, la décentralisation de l’investissement n’est pas un caprice : c’est une nécessité économique. Permettre aux provinces d’accueillir directement les porteurs de projets, c’est gagner du temps, de l’efficacité, et c’est surtout redistribuer concrètement la richesse là où elle est produite.
Face à une ministre de stature internationale
En face de lui, Thérèse Kayikwamba Wagner — diplomate aguerrie, ancienne cadre des Nations Unies, formée à Harvard et à Venise — a été saluée par la communauté pour sa rigueur, sa pugnacité et son engagement sans faille sur la scène internationale. Lors de sa rencontre avec la diaspora congolaise de Belgique le 14 mars 2026, elle avait elle-même affirmé avec conviction : « Vous êtes des ambassadeurs du Congo. » Une déclaration qui résonne d’autant plus fort lorsque des voix comme celle de Dolly Kato Kasongo viennent rappeler que ces ambassadeurs ont aussi des droits — et des besoins.
Un dialogue qui doit devenir une action
Ces échanges ne doivent pas rester dans les salons feutrés de l’Ambassade. La diaspora congolaise de Belgique — l’une des plus importantes et des plus dynamiques au monde — représente un levier de développement colossal, encore trop sous-exploité par les institutions. Les dossiers portés par M. Dolly Kato Kasongo ne sont pas des revendications abstraites. Ce sont des réalités documentées, des injustices mesurables, et surtout des solutions à portée de main.
Aristote TALY
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