Kinshasa, Hémicycle du Palais du Peuple — Ce vendredi, alors que la plénière semblait s’acheminer vers une énième prorogation de l’état de siège, une voix s’est élevée, brisant le confort feutré de l’Assemblée nationale. L’honorable Laddy Yangotikala n’a pas pris la parole pour discourir, mais pour poser un garrot sur une plaie béante. Dans une intervention d’une lucidité foudroyante, l’élu a échangé la langue de bois contre le scalpel du chirurgien, livrant un réquisitoire incisif sur la gestion sécuritaire et l’entourage du Chef de l’État.

Le Courage du Diagnostic : « Je ne traiterai pas le VIH avec de l’aspirine »
L’heure n’est plus aux politesses protocolaires. À l’aide d’une métaphore clinique, le député Yangotikala a posé les bases d’un nouveau paradigme : la vérité radicale. Refusant de ménager les susceptibilités, il compare la situation sécuritaire à un patient en phase critique.
« Je ne veux pas, en trouvant un patient atteint d’une infection sexuellement transmissible, avoir peur de lui dire la vérité. Lorsqu’il s’agit du VIH, je ne peux avoir froid dans le dos : tu souffres, et tu mérites un traitement de choc. »
Cette allégorie médicale n’est pas anodine. Elle met en lumière une classe politique qui, face au cancer de l’insécurité dans l’Est, continue à prescrire des palliatifs législatifs plutôt que de confronter la réalité. Pour l’élu, voter la prorogation sans audit réel revient à condamner le patient à mort.
Le Spectre de Mobutu et le Poison de la Courtisanerie
S’adressant directement au Président de l’Assemblée, figure patriarcale ayant traversé les époques — de Mobutu à Félix Tshisekedi en passant par les Kabila — Yangotikala a convoqué l’Histoire pour alerter le présent. Il désigne le véritable ennemi de la République : les « Djalélo ».
Ces chantres de la flatterie, responsables de la chute du Maréchal Mobutu par leurs louanges aveugles, sont de retour. Selon le député, le Président Félix Antoine Tshisekedi, dont il salue le patriotisme, est aujourd’hui otage de ces courtisans qui, dans l’ombre, déterminent le sort de la nation, maquillant la réalité et isolant le Chef de l’État de la souffrance du peuple.
L’Agonie de l’Est et l’Hypocrisie de la Capitale
Le contraste est saisissant. Tandis que Kinshasa conclut la session de septembre dans le confort, les élus de Beni, Butembo et Uvira subissent le martyre de leurs concitoyens.
L’interpellation est brutale : est-il moralement acceptable de partir en vacances parlementaires alors que l’Est du pays est à feu et à sang ? Yangotikala refuse cette déconnexion, rappelant que la loyauté envers le régime ne consiste pas à applaudir, mais à exiger des résultats.
Un Ultimatum de 48 Heures : La Vérité à Huis Clos
Loin de se contenter d’un constat d’impuissance, son intervention se transforme en une stratégie politique. Le député n’oppose pas un rejet total de l’état de siège, mais pose une condition sine qua non : la vérité.
Il exige, avec une fermeté inébranlable, la convocation immédiate du Ministre de la Défense et des responsables militaires. Non pas pour une parade télévisée, mais pour une explication franche, « entre nous », à huis clos, avant la clôture de la session.
« Nous sommes de l’Union Sacrée, mais mon cœur est à bout. Si le Ministre de la Défense ne vient pas ici dans les 48 heures, nous aurons failli. »
« J’ai déjà écrit mon testament »
C’est la phrase qui marquera cette législature. Conscient des risques qu’il encourt en s’attaquant aux « intouchables » du régime, Laddy Yangotikala a prononcé ces mots avec une solennité glaçante :
« Je parle car je suis libre. Je n’ai peur de rien. J’ai déjà écrit mon testament. »
Ce cri de liberté n’est pas l’aveu d’un désespéré, mais celui d’un homme d’État qui place la survie de la nation au-dessus de sa propre sécurité. En dénonçant la transhumance politique et les flatteries destructrices, il offre au Président Tshisekedi la preuve la plus pure de sa loyauté : le refus du mensonge.
L’Assemblée est en alerte. Le pays ne peut plus se permettre le luxe de l’aveuglement.
Rédaction: Aristote TALY
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