Kinshasa, 10 octobre 2026. Comment mobiliser les ressources nécessaires à la transformation des villes congolaises et permettre aux entreprises nationales de saisir les possibilités d’investissement ? Cette question a traversé le dîner-conférence « Financer la ville de demain », organisé au Rotana dans le cadre de la 12ᵉ édition d’Expo Béton, avec le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, comme invité spécial.
Devant les participants, le sénateur Jean Bamanisa Saïdi, président du comité d’organisation, a replacé cette rencontre dans le prolongement des quatre journées de conférences consacrées à la capitale et au développement urbain. L’édition était organisée autour du thème « Kinshasa, locomotive de la transformation des villes de la RDC ».
Pour Jean Bamanisa, les besoins examinés pendant ces assises appellent désormais des réponses financières et des structures capables de porter les investissements.
Une croissance urbaine qui accroît les besoins et les possibilités d’investissement
Dans son intervention, le sénateur a évoqué une perspective démographique dans laquelle 60 % de la population pourrait vivre dans les villes au cours des vingt à trente prochaines années. Une projection qu’il a mise en relation avec l’augmentation des besoins des habitants, les charges supportées par l’État et les possibilités offertes aux entreprises.
« Le besoin est immense », a-t-il souligné, présentant le développement urbain comme un vaste marché dans lequel les secteurs public et privé ont chacun un rôle à jouer.
Évoquant Kinshasa, il a cité un ordre de grandeur de 17 à 20 millions d’habitants pour illustrer l’importance de la demande. Il a également rappelé que les autres grandes villes de la République démocratique du Congo poursuivront leur développement.
La rencontre financière devait ainsi permettre de prolonger les discussions techniques d’Expo Béton : après l’identification des besoins, écouter les acteurs capables de contribuer à leur financement.


Jean Bamanisa interroge la capacité des structures congolaises à saisir ces marchés
Le président du comité d’organisation a relevé l’intérêt suscité par certains projets immobiliers et évoqué plusieurs indicateurs économiques — le PIB, la croissance et la stabilité — comme éléments du contexte dans lequel les investissements peuvent se développer.
Il a surtout insisté sur la nécessité de disposer de structures nationales capables de transformer ces possibilités en projets.
« Où sont les structures congolaises pour justement se saisir de ces opportunités, de ces mécanismes ? », a-t-il interrogé.
Jean Bamanisa a mentionné la mise en place de fonds au niveau local et l’installation de structures financières internationales. Son propos portait sur la capacité des acteurs congolais à se positionner face à ces instruments, à organiser leurs projets et à participer aux marchés liés au développement des villes.
Dans cette perspective, il a également évoqué l’intervention attendue du responsable de la structure chargée des partenariats public-privé et les mécanismes de soutien de l’État.
Lire le budget pour identifier les priorités publiques
Le sénateur a posé une autre question aux participants : les acteurs économiques examinent-ils suffisamment le budget de l’État pour identifier les priorités et les possibilités auxquelles ils pourraient répondre ?
« Est-ce que vraiment nous lisons le budget de l’État pour savoir quelles sont les priorités qui sont là pour pouvoir nous en saisir ? »
Cette interrogation prolongeait son appel à une meilleure organisation des structures congolaises. Elle mettait en relation la programmation publique, les mécanismes financiers disponibles et la préparation des initiatives privées.
Doudou Fwamba salue l’initiative et l’équipe d’Expo Béton
Prenant la parole au nom du gouvernement de la République démocratique du Congo, le ministre des Finances a exprimé sa reconnaissance au sénateur Jean Bamanisa Saïdi pour avoir porté cette initiative et poursuivi son développement.
Doudou Fwamba a également associé à ses remerciements l’équipe d’organisation ainsi que les femmes et les hommes engagés dans la formulation d’idées pour l’avenir du pays.
Son message a salué la contribution de ces acteurs à la réflexion nationale et leur engagement autour des perspectives de développement de la RDC.

Le député national Patrick Matata, élu de la Tshopo, et Mfumu Difima figuraient également parmi les participants au dîner-conférence. Ce dernier était intervenu lors d’un panel de la 12ᵉ édition d’Expo Béton consacré à la réforme foncière, au cours duquel il avait demandé une meilleure association des autorités coutumières aux décisions concernant les terres des communautés locales.

Les eurobonds : des ressources empruntées pour financer des projets identifiés
La question du financement des villes s’inscrit dans un contexte de mobilisation de ressources publiques et privées. Parmi les instruments utilisés par le gouvernement figurent les eurobonds, ou euro-obligations, qui permettent à l’État de lever des fonds sur les marchés internationaux.
La RDC a mobilisé 1,25 milliard de dollars lors de son émission inaugurale sur le marché international des capitaux, en avril 2026. Ces ressources sont issues d’un emprunt : elles impliquent le paiement d’intérêts et le remboursement du capital aux échéances prévues.
Les ressources issues des eurobonds sont notamment affectées à la centrale hydroélectrique de Grand Katende, aux aéroports de N’djili et de Luano ainsi qu’à la RN4 Kisangani–Beni. Au 14 octobre 2026, environ 243 millions de dollars avaient été utilisés pour les projets bénéficiaires. Ce bilan financier est postérieur au dîner-conférence du Rotana.
Le financement se traduit donc par des affectations à des projets et des décaissements suivis. Les montants mobilisés, les sommes effectivement payées et les travaux réalisés correspondent à des étapes différentes, que le suivi financier et physique permet de comparer.

La facture normalisée : renforcer les recettes publiques et leur traçabilité
La facturation normalisée relève d’un autre mécanisme. Elle vise à améliorer la mobilisation des recettes fiscales à travers une facturation sécurisée, une meilleure traçabilité des opérations et le rapprochement entre les ventes, les déclarations et les paiements.
Le ministère des Finances présente cette réforme comme un moyen de réduire la fraude et de fiabiliser la TVA ainsi que les données utilisées pour les contrôles fiscaux.
La facture normalisée n’est donc pas, en elle-même, une enveloppe destinée à financer un chantier. Elle contribue à mieux établir et contrôler les recettes dues à l’État. L’utilisation de ces recettes relève ensuite des allocations budgétaires et des procédures de dépense publique.
Les deux instruments répondent ainsi à des fonctions distinctes : les eurobonds permettent de mobiliser des ressources par l’emprunt, tandis que la facturation normalisée vise à sécuriser la collecte fiscale. Leur présentation éclaire la discussion sur les moyens de financer les investissements publics, sans établir une affectation automatique des recettes fiscales à un projet d’Expo Béton.
Une conférence à Kisangani évoquée pour janvier
À la fin de son intervention, Jean Bamanisa a remercié le ministre des Finances pour sa participation, précisant que d’autres obligations d’État l’attendaient et ne lui permettaient pas de rester pour le dîner.
Le sénateur a également évoqué la préparation d’une conférence à Kisangani au mois de janvier, sans en préciser la date exacte ni le programme.
Cette perspective prolonge les échanges de la 12ᵉ édition d’Expo Béton : identifier les besoins des villes, réunir les acteurs financiers et permettre aux structures congolaises de prendre part aux investissements nécessaires à leur développement.
Aristote TALY | RDC60 Politique
Repères : dîner-conférence d’Expo Béton ; émission inaugurale d’eurobonds ; suivi financier des projets ; réforme de la facture normalisée.
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