Déplacements forcés, perte des terres agricoles, flambée des prix et recul des financements humanitaires : dans l’est de la RDC, la poursuite des combats fragilise l’accès à la nourriture et aux soins. MSF alerte sur une crise nutritionnelle qui frappe particulièrement les enfants.
Nord-Kivu — Pour Thérèse, 20 ans, la guerre a d’abord signifié la fuite. Avec ses enfants, elle s’est cachée dans la forêt alors que les combats s’intensifiaient autour de sa région d’origine. « Je souffrais du froid. La pluie s’abattait directement sur nous », raconte-t-elle.

Originaire de Mpofi, près du Masisi, elle vit désormais à Musonge, dans le territoire de Walikale. Son mari a été tué fin 2025. Sa fille Biella, dont les jambes, les bras et le corps ont commencé à gonfler, est aujourd’hui soignée pour une malnutrition aiguë sévère à l’Hôpital général de référence de Walikale, soutenu par Médecins Sans Frontières (MSF).
Quand fuir signifie aussi perdre de quoi vivre
Au Nord-Kivu, la poursuite des affrontements entre les forces congolaises et l’AFC/M23, ainsi que leurs alliés, continue de bouleverser la vie des populations. Lorsqu’une famille abandonne son village, elle ne perd pas seulement son logement : elle peut également perdre ses champs, ses revenus et son accès à la nourriture, à l’eau potable et aux soins. L’insécurité sur les axes routiers complique parallèlement l’approvisionnement et contribue à la hausse des prix.

« Cela signifie que les familles perdent à la fois leur nourriture et leurs revenus », explique le Dr Fabien Kabongo, coordinateur médical adjoint de MSF au Nord-Kivu. Elles deviennent alors davantage dépendantes des marchés, au moment même où les produits se raréfient et deviennent plus chers.
Jawadi, 32 ans, en fait l’expérience. Après avoir fui le Sud-Kivu avec sa famille, il a conduit son fils de 14 mois à Walikale pour y recevoir des soins contre la malnutrition. À Bunyakiri, explique-t-il, la vie était difficile mais il pouvait encore cultiver ses champs. Après son déplacement, se nourrir est devenu beaucoup plus compliqué.

Des dizaines de milliers de patients pris en charge
L’ampleur de la crise apparaît également dans les structures médicales. Selon MSF, 53 000 enfants ont été pris en charge pour malnutrition en 2025 dans des structures soutenues par l’organisation en RDC. Entre janvier et août 2026, plus de 33 000 patients ont déjà été soignés dans la seule province du Nord-Kivu.
À l’échelle nationale, les dernières projections de l’IPC indiquent qu’environ 26,5 millions de personnes étaient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë élevée entre janvier et juin 2026. Entre juillet 2025 et juin 2026, 4,18 millions d’enfants âgés de 6 à 59 mois souffrent ou devraient souffrir de malnutrition aiguë, dont plus de 1,35 million de malnutrition aiguë sévère.
À Walikale, l’urgence est particulièrement marquée. L’IPC avait projeté une dégradation du territoire vers la phase 4, dite d’« urgence », pour le premier semestre 2026.
L’aide humanitaire sous pression
À cette insécurité s’ajoute la contraction des financements humanitaires. Dans certaines structures non soutenues par MSF, le Dr Fabien Kabongo fait état d’une disponibilité limitée de médicaments essentiels et, parfois, d’un manque d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi. Pour les enfants malnutris, tout retard de prise en charge accroît les risques : leur système immunitaire affaibli les expose davantage au paludisme, à la rougeole ou encore à la tuberculose.

Sur le terrain, MSF soutient notamment des structures à Mweso, Walikale, Kibirizi, Masisi et Bambo, avec des unités de nutrition thérapeutique intensive et des dispositifs de prise en charge ambulatoire.
Mais l’organisation prévient qu’elle ne peut porter seule une réponse d’une telle ampleur.
« MSF ne peut pas se substituer à elle seule à l’ensemble de la réponse humanitaire », souligne le Dr Fabien Kabongo, appelant à un financement durable afin que les enfants puissent accéder à la nourriture, au dépistage et aux traitements nécessaires à leur survie.
Au Nord-Kivu, derrière les lignes de front et les mouvements militaires, la crise se mesure ainsi aussi dans les champs devenus inaccessibles, les marchés plus chers et les services de pédiatrie où arrivent des enfants dont la guerre a progressivement fragilisé l’accès au plus élémentaire : se nourrir et se soigner.
Aristote TALY
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