À la Petite Halle de l’Institut français de Kinshasa, à la Halle de la Gombe, le chorégraphe congolais Yves Mwamba a présenté, samedi 3 octobre, une création profondément liée à son histoire familiale. Aux côtés de sa mère, Joséphine Diyoyi, il remonte jusqu’aux souvenirs de son enfance, lorsqu’il l’accompagnait à l’église, jouait du tam-tam pendant qu’elle chantait et dansait avec elle. Une histoire familiale devenue, des années plus tard, matière chorégraphique.
KINSHASA — Sur le plateau, il y a une mère et son fils. Entre eux, des gestes, des chants, des souvenirs et une danse : le Mutuashi.
Samedi 3 octobre 2026, à 18h30, la Petite Halle de l’Institut français de Kinshasa a accueilli « Ce qu’il me reste / Mutuashi », une création conçue et chorégraphiée par Yves Mwamba et interprétée avec sa mère, Joséphine Diyoyi. La représentation était proposée en entrée libre.

Pour cette étape kinoise, le chorégraphe revient à l’une des sources de son parcours artistique : sa propre histoire familiale. Né à Kisangani, Yves Mwamba place au centre du spectacle la relation qui l’unit à sa mère, originaire du Kasaï, et la manière dont celle-ci lui a transmis le Mutuashi.
De l’église à la scène
Bien avant les créations chorégraphiques et les scènes professionnelles, cette histoire commence notamment à l’église.
Yves Mwamba accompagnait sa mère lorsqu’elle allait chanter. À ses côtés, l’enfant jouait du tam-tam. Elle chantait, il l’accompagnait au rythme ; ensemble, ils dansaient. Ces moments constituent l’un des fils de cette genèse artistique aujourd’hui remise en mouvement dans Ce qu’il me reste / Mutuashi.

Le spectacle transforme ainsi un souvenir familial en matière scénique. Le fils devenu chorégraphe invite celle auprès de qui il a connu cette danse à partager le plateau avec lui. Le Mutuashi n’apparaît dès lors pas simplement comme un élément ajouté à son écriture : Yves Mwamba le présente lui-même comme une composante fondatrice de son rapport à la danse. Dans son dossier artistique, il explique avoir pris conscience, après plusieurs années d’expérimentation scénique, de la place déterminante du Mutuashi dans son corps et dans son rapport au patrimoine culturel.
Cette filiation constitue précisément le cœur de la création : une mère transmet, un fils transforme et, sur scène, les deux générations se retrouvent.
Joséphine Diyoyi, la mémoire vivante du spectacle
Dans cette création, Joséphine Diyoyi n’est donc pas seulement évoquée : elle est sur scène.
Danseuse, chanteuse et comédienne au sein de la Compagnie Semena, elle devient l’une des interprètes de cette histoire dont elle est elle-même une source.
Les souvenirs d’enfance de son fils occupent une place centrale dans le spectacle. Les documents de présentation de la création évoquent notamment l’image de sa mère dansant le Mutuashi, entre ondulations des hanches, mouvements du corps et frappes des pieds au sol.
À Kinshasa, cette mémoire familiale prend une dimension particulière : ce qui a commencé dans l’intimité d’une relation entre une mère et son enfant devient une représentation publique portée par les mêmes protagonistes.
Le Mutuashi au socle d’une identité artistique
Au fil de son parcours, Yves Mwamba a développé une écriture qui fait se rencontrer plusieurs langages chorégraphiques.
L’Institut français présente Ce qu’il me reste comme une création nourrie du Mutuashi, du krump, du hip-hop et de la danse contemporaine. Né à Kisangani, le chorégraphe a d’abord découvert la danse dans la rue avant de poursuivre sa formation, notamment auprès de chorégraphes comme Faustin Linyekula. Installé en France depuis 2015, il signe avec cette œuvre sa troisième création.
Mais derrière ces différentes influences demeure le Mutuashi. Dans son texte artistique, Yves Mwamba rattache cette danse et cette musique à ses racines baluba et décrit le Mutuashi comme un héritage qui accompagne son écriture depuis ses débuts.
Le spectacle ne se limite donc pas à reproduire une danse héritée. Il met en relation cet héritage avec le parcours contemporain du chorégraphe, dans un langage où tradition familiale et pratiques chorégraphiques actuelles se rencontrent.
Une création autour de la transmission
La force documentaire de Ce qu’il me reste / Mutuashi réside aussi dans son dispositif : raconter la transmission en faisant monter sur scène celle qui a transmis.
La pièce aborde ainsi la filiation, la mémoire, l’identité et l’émancipation à travers un duo mère-fils. La Compagnie Semena décrit elle-même la création comme l’histoire d’un ancrage à partir duquel il devient possible de s’émanciper.
Le Mutuashi devient alors le point de rencontre entre deux trajectoires. Celle de Joséphine Diyoyi, qui porte cette pratique et ces souvenirs ; et celle d’Yves Mwamba, qui les réintroduit dans son propre vocabulaire chorégraphique.
Autour des deux interprètes, la création réunit également Daddy Kamono à la dramaturgie, Dalila Khatir au coaching vocal, Franck Moka à la création sonore, Cléo Konongo à la régie générale et à la lumière, et Wilfried Nakeu à la régie vidéo. La production est assurée par la Compagnie Semena.
À Kinshasa, une histoire revient à sa source
Présenter cette création à Kinshasa donne ainsi une résonance particulière au parcours raconté sur scène.
Ce samedi 3 octobre, à la Halle de la Gombe, le spectacle n’a pas seulement réuni deux interprètes appartenant à deux générations. Il a remis en scène une histoire commencée des années auparavant : celle d’un enfant accompagnant sa mère à l’église, l’écoutant chanter, jouant du tam-tam à ses côtés et partageant avec elle la danse.
Aujourd’hui chorégraphe, Yves Mwamba revient vers cette mémoire avec Joséphine Diyoyi elle-même.
Entre les gestes d’hier et l’écriture chorégraphique d’aujourd’hui, Ce qu’il me reste / Mutuashi donne ainsi une forme scénique à ce qui demeure au cœur de son parcours : la transmission d’une mère à son fils et le Mutuashi comme l’un des socles de son identité artistique.
Aristote TALY
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