Invité de l’émission « Parole aux auditeurs » sur Radio Okapi, le secrétaire général d’Expo Béton RDC a dressé un état des lieux des défis urbains de la capitale : densification immobilière, insuffisance des infrastructures, respect des normes, occupation du domaine public, responsabilité des services de l’État et entretien des ouvrages. Une intervention qui intervient à l’approche de la 12ᵉ édition d’Expo Béton, prévue du 7 au 10 octobre 2026 à Kinshasa.
À Kinshasa, les immeubles montent, les quartiers se densifient et les besoins d’une population en forte croissance exercent une pression croissante sur les infrastructures. Mais derrière cette transformation visible se pose une question centrale : comment construire une capitale capable d’accompagner durablement son expansion démographique et immobilière ?
C’est autour de cette problématique que Francis Useni, secrétaire général d’Expo Béton RDC, est intervenu sur Radio Okapi. Invité de l’émission « Parole aux auditeurs », il s’est exprimé sur l’urbanisation, les normes de construction, la sécurité des bâtiments, l’occupation des espaces publics et les récentes opérations de démolition menées à Kinshasa.
Expo Béton, un cadre de réflexion sur la ville
Francis Useni a présenté Expo Béton RDC comme un espace de réflexion consacré au développement des villes congolaises, mais aussi à l’aménagement des corridors et des zones économiques spéciales. Urbanistes, architectes, ingénieurs en construction, environnementalistes et autres spécialistes du développement urbain y côtoient les décideurs publics.
L’objectif, selon lui, est de rapprocher l’expertise technique de la décision politique afin que les recommandations formulées puissent déboucher sur des réponses concrètes. Expo Béton entend ainsi jouer un rôle de « think tank » sur les questions de construction, d’infrastructures et de gouvernance urbaine, en favorisant le dialogue entre experts, pouvoirs publics et acteurs du secteur.
Cette réflexion sera au cœur de la 12ᵉ édition d’Expo Béton RDC, programmée à Kinshasa du 7 au 10 octobre 2026, autour du thème : « Kinshasa, locomotive de la transformation des villes de la RDC ». Le calendrier et le thème sont également confirmés par l’organisation sur son site officiel.
Kinshasa face au défi de sa propre croissance
Le choix de Kinshasa comme centre de cette réflexion tient à son statut particulier : la capitale est à la fois une ville et une province, tout en concentrant une part importante de la vie politique, administrative et économique du pays. Son évolution constitue ainsi un indicateur majeur des transformations urbaines de la RDC.
Francis Useni reconnaît le dynamisme du secteur de la construction dans la capitale. De nouveaux immeubles apparaissent et plusieurs quartiers connaissent une transformation immobilière rapide. Mais, dans son intervention, il souligne qu’une ville ne peut être évaluée uniquement au nombre de bâtiments qui s’y élèvent.
Le développement urbain, explique-t-il, doit intégrer simultanément l’organisation de l’espace, la mobilité, le logement, l’assainissement, l’accès à l’eau et à l’électricité ainsi que la protection de l’environnement. La planification doit donc précéder la construction : penser la ville, la concevoir, l’organiser et la structurer avant de multiplier les ouvrages.
Une population en forte hausse, des infrastructures sous pression
La démographie constitue l’un des principaux défis évoqués. Selon les chiffres avancés par Francis Useni au cours de l’émission, Kinshasa comptait environ 400 000 habitants au moment de l’indépendance, contre une population aujourd’hui estimée entre 18 et 20 millions d’habitants.
Cette progression a considérablement augmenté les besoins en logements, routes, transports, écoles, structures sanitaires et autres services sociaux de base. Or, souligne-t-il, les infrastructures n’ont pas progressé au même rythme : réseaux routiers, transports publics, équipements collectifs, eau et électricité subissent désormais la pression d’une métropole beaucoup plus peuplée.
L’ordre de grandeur d’une capitale approchant les 20 millions d’habitants est également repris dans la communication récente d’Expo Béton, qui souligne parallèlement les déficits en eau, en énergie, en voirie et en logements.
La Gombe, illustration de la densification
Pour rendre cette transformation concrète, Francis Useni prend l’exemple de la Gombe, autrefois appelée Kalina.
Cette commune, historiquement marquée par des quartiers résidentiels composés de villas et de maisons basses, accueille désormais de nombreux immeubles de plusieurs niveaux. Une parcelle qui hébergeait autrefois un seul ménage peut ainsi recevoir un bâtiment de dix étages comprenant une trentaine d’appartements.
La capacité des infrastructures environnantes ne suit cependant pas nécessairement cette densification. Les routes, les parkings, les réseaux d’eau et d’électricité ainsi que les dispositifs d’assainissement peuvent rester dimensionnés pour une occupation beaucoup moins importante.
Cette évolution peut accentuer les embouteillages, la saturation des réseaux, les difficultés d’approvisionnement et la disparition progressive des espaces verts si la construction de nouveaux logements n’est pas accompagnée des infrastructures correspondantes.
Des plans existent, leur application reste déterminante
Pour Francis Useni, Kinshasa ne part pourtant pas de zéro en matière de planification.
Il cite notamment le Schéma d’orientation stratégique de l’agglomération de Kinshasa (SOSAK). Le document d’origine remonte à un travail d’aménagement engagé au début des années 2010 et consacré notamment au diagnostic et aux orientations stratégiques de l’agglomération kinoise.
Le problème identifié par le secrétaire général d’Expo Béton ne réside donc pas seulement dans l’existence ou non d’outils de planification, mais dans leur application effective.
Démolitions : remonter aux causes du désordre urbain
L’intervention a également abordé l’un des sujets les plus sensibles : les démolitions.
Francis Useni estime que leur analyse doit dépasser l’émotion provoquée par la destruction d’habitations ou d’autres constructions pour interroger les mécanismes qui ont permis leur implantation.
Il évoque les constructions réalisées sur des emprises publiques, des collecteurs et autres ouvrages d’assainissement, mais également l’occupation d’espaces initialement réservés aux activités sportives, de vallées, de cours d’eau ou de zones exposées aux inondations.
Si la recherche d’un logement peut pousser certaines familles vers des terrains inappropriés, ce besoin, souligne-t-il, ne peut justifier l’occupation d’espaces dangereux, protégés ou réservés aux infrastructures d’intérêt public.
La responsabilité des services publics également engagée
Francis Useni ne limite toutefois pas cette responsabilité aux citoyens.
Lorsqu’une construction apparaît dans une zone déclarée non constructible, estime-t-il, il faut également déterminer comment les documents ou autorisations nécessaires ont pu être délivrés. Les autorités locales, les services fonciers et les structures chargées de l’urbanisme sont ainsi appelés à répondre des décisions ayant permis ou toléré certaines implantations irrégulières.
La responsabilité est donc présentée comme collective : elle concerne aussi bien celui qui acquiert ou occupe un terrain sans en vérifier la situation que les agents publics susceptibles de délivrer des documents irréguliers.
Tout en reconnaissant les lourdes conséquences sociales des démolitions et leur coût politique potentiel, Francis Useni a salué ce qu’il considère comme le courage du gouvernement dans sa volonté de lutter contre l’anarchie urbaine. Pour lui, le rétablissement de l’ordre doit contribuer à protéger les habitants et les ouvrages publics.
Il appelle parallèlement les acquéreurs à vérifier la localisation d’une parcelle, son statut juridique et sa conformité aux règles d’urbanisme avant tout achat ou toute construction.
Contrôles, permis de construire et entretien des ouvrages
Les auditeurs intervenus au cours de l’émission ont également soulevé plusieurs dysfonctionnements : désordre dans certains services cadastraux et fonciers, occupation irrégulière du domaine public, constructions en zones à risque et insuffisance des contrôles techniques précédant la délivrance des permis.
D’autres préoccupations ont porté sur le suivi des chantiers et l’application des sanctions. Parmi les pistes évoquées figurent le renforcement des inspections, une meilleure collaboration entre les ministères concernés et une expertise technique plus rigoureuse des terrains avant la construction.
La question dépasse par ailleurs les nouvelles constructions. L’état des infrastructures publiques existantes a également été évoqué. Plusieurs écoles, bâtiments administratifs et autres ouvrages appartenant à l’État, notamment à l’intérieur du pays, sont décrits comme fortement dégradés, avec les risques que cette situation peut représenter pour leurs usagers.
D’où l’accent placé sur une politique permanente de maintenance et de réhabilitation des infrastructures publiques.
Une gouvernance urbaine qui exige plusieurs administrations autour de la même table
Les échanges ont enfin mis en évidence le caractère transversal de la gestion urbaine.
Urbanisme et Habitat, Affaires foncières, Aménagement du territoire, Environnement et Intérieur figurent parmi les secteurs dont la coordination est jugée nécessaire pour améliorer l’application des règles, prévenir les constructions anarchiques et protéger les populations contre les risques d’inondation, d’érosion ou d’effondrement.
C’est dans ce contexte que se prépare Expo Béton 2026. Selon le programme présenté par l’organisation, cette 12ᵉ édition réunira notamment décideurs publics, investisseurs, experts et acteurs économiques autour des infrastructures et de la transformation urbaine. L’événement doit également mettre en discussion des projets, des mécanismes de planification et des partenariats liés au développement de Kinshasa.
Du 7 au 10 octobre 2026, le thème « Kinshasa, locomotive de la transformation des villes de la RDC » placera ainsi la capitale au centre d’une réflexion plus large sur l’avenir urbain du pays.
L’intervention de Francis Useni sur Radio Okapi en trace déjà les principaux axes : accompagner la croissance démographique par des infrastructures adaptées, appliquer les plans d’aménagement existants, renforcer les contrôles, responsabiliser les services publics comme les citoyens, entretenir le patrimoine de l’État et faire respecter les normes de construction.
Autant d’enjeux qui, au-delà de Kinshasa, posent une même question à l’échelle nationale : comment accompagner la croissance des villes congolaises par une planification capable de garantir à la fois développement, sécurité et qualité du cadre de vie ?
Aristote TALY
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