À l’ouverture de la deuxième édition du Forum Singa Mwambé, la coordonnatrice nationale a plaidé pour une transition vers un agripreneuriat moderne, structuré et résilient, estimant que l’avenir agricole de la Tshopo dépend désormais de la capacité des acteurs à répondre aux défis climatiques.
Kisangani. Le 25 juin, Dans une province où l’agriculture demeure le principal moyen de subsistance de milliers de ménages, mais où les effets du changement climatique fragilisent chaque année davantage les productions, le lancement de la deuxième édition du Forum Singa Mwambé a pris, ce jeudi, les allures d’un appel à repenser profondément le modèle agricole de la Tshopo.
Réunis dans la salle du restaurant La Fourchette, femmes entrepreneures, jeunes porteurs de projets, producteurs agricoles, représentants d’institutions publiques et partenaires techniques ont donné le coup d’envoi d’une rencontre placée sous le thème : « Forum et foire sur l’entrepreneuriat agricole des femmes et des jeunes dans le contexte du changement climatique dans la province de la Tshopo ».


À cette occasion, la coordonnatrice nationale du Forum des femmes de la Tshopo, Gisèle Bombele, a livré une intervention centrée sur les mutations que doit connaître le secteur agricole provincial afin de répondre aux nouveaux défis environnementaux et économiques.
Dès les premières minutes de son allocution, elle a invité les participantes et participants à rompre avec le modèle traditionnel de l’agriculture de subsistance pour s’engager vers un agripreneuriat féminin capable de créer de la valeur, des emplois et de renforcer la sécurité alimentaire.

« L’agriculture de subsistance ne suffit plus. Aujourd’hui, nous devons amorcer une transition vers un agripreneuriat féminin », a-t-elle déclaré devant l’assistance.
Pour la coordonnatrice nationale, l’agriculture ne peut plus être considérée uniquement comme une activité destinée à assurer la survie des ménages. Elle doit désormais être envisagée comme un véritable levier de développement économique, d’autonomisation des femmes et d’insertion professionnelle des jeunes.
Une agriculture confrontée aux effets du changement climatique
Au cœur de son intervention, Gisèle Bombele a également dressé un état des lieux des difficultés auxquelles les producteurs agricoles de la province sont confrontés.
Elle a évoqué les saisons agricoles de plus en plus imprévisibles, les inondations récurrentes, les épisodes de sécheresse localisée, les pertes de récoltes ainsi que la hausse des prix des denrées alimentaires qui affectent directement les exploitations familiales.
Selon elle, la Tshopo, pourtant reconnue pour son important potentiel agricole et la fertilité de ses terres, subit aujourd’hui les conséquences des dérèglements climatiques.
Elle a notamment attiré l’attention sur la situation des femmes maraîchères de Kisangani et des différents territoires de la province, dont les cultures sont régulièrement détruites par les aléas climatiques, entraînant des pertes économiques importantes et une fragilisation des revenus des ménages agricoles.
Miser sur la modernisation et l’entrepreneuriat agricole
Face à ces constats, Gisèle Bombele a plaidé pour une transformation structurelle du secteur.
Elle a insisté sur la nécessité de moderniser les techniques de production, de renforcer les capacités des producteurs, d’améliorer l’accès au financement, de structurer les filières agricoles, de promouvoir les coopératives et de développer les chaînes de valeur afin de rendre l’agriculture plus rentable et plus attractive.
Pour elle, ces différents leviers constituent des conditions essentielles pour permettre aux femmes et aux jeunes de développer des entreprises agricoles capables de résister aux effets du changement climatique tout en contribuant au développement économique local.
Un appel à une mobilisation de tous les acteurs
Au-delà des enjeux agricoles, la coordonnatrice nationale du Forum Singa Mwambé a appelé à une mobilisation collective autour du développement rural.
Elle a estimé que la réussite de cette transition ne pourra être obtenue sans l’implication des pouvoirs publics, des partenaires techniques et financiers, des organisations de la société civile, du secteur privé ainsi que des producteurs eux-mêmes.
Dans cette perspective, elle a plaidé en faveur de politiques agricoles adaptées aux réalités locales, d’un meilleur accès aux infrastructures, de la sécurisation des zones de production et d’un accompagnement renforcé des initiatives portées par les femmes et les jeunes.
Une approche provinciale inclusive
L’une des particularités de cette deuxième édition réside dans sa volonté d’associer les femmes venues de l’ensemble des territoires de la Tshopo.
Selon Gisèle Bombele, les réflexions ne peuvent se limiter à la seule ville de Kisangani. Les réalités des territoires ruraux, des bassins de production, des communautés agricoles ainsi que leurs contraintes spécifiques doivent également être intégrées dans les politiques de développement agricole.
Cette approche vise à favoriser une participation plus large des acteurs locaux et à construire une vision commune du développement agricole à l’échelle de toute la province.
Une plateforme d’échanges autour des solutions
Durant cette deuxième édition, plusieurs conférences, formations, expositions et rencontres professionnelles sont programmées.
Les travaux portent notamment sur les pratiques agricoles intelligentes face au climat, les mécanismes de financement des entreprises agricoles, l’entrepreneuriat des jeunes, les coopératives agricoles, les innovations dans la production ainsi que les stratégies de résilience des communautés rurales face aux chocs climatiques.
L’objectif affiché est de dégager une feuille de route stratégique destinée à renforcer un entrepreneuriat agricole plus structuré, plus inclusif et davantage orienté vers la création de valeur.
Un plaidoyer pour une agriculture durable
En clôturant son intervention, Gisèle Bombele a lancé un appel à la protection des terres agricoles, à la valorisation du travail des producteurs et à la construction d’un modèle agricole durable pour la province.
« Soutenons nos agriculteurs, protégeons nos terres, bâtissons une agriculture durable, productive et compétitive », a-t-elle exhorté sous les applaudissements des participants.
À travers cette intervention, la coordonnatrice nationale du Forum Singa Mwambé a réaffirmé l’ambition de faire de l’agriculture un secteur capable de répondre simultanément aux défis de la sécurité alimentaire, de l’emploi des jeunes, de l’autonomisation économique des femmes et de l’adaptation au changement climatique.
Le Forum Singa Mwambé s’inscrit ainsi dans la continuité de l’initiative lancée en 2024 pour promouvoir le leadership féminin dans la Tshopo. Cette deuxième édition marque une évolution de son orientation, désormais davantage centrée sur l’entrepreneuriat agricole, la résilience climatique et le développement économique local.
Aristote TALY

