Née d’une dynastie centenaire, propulsée par une vision audacieuse, la filiale énergie du Groupe Forrest International s’impose, projet après projet, comme l’un des piliers silencieux de la renaissance énergétique congolaise. Enquête sur une réussite africaine pas comme les autres.
comme une promesse de lumière

Lubumbashi, capitale économique du Haut-Katanga. Ici, à l’ombre des terrils miniers et sous un soleil qui ne pardonne rien, se joue depuis plus d’une décennie une bataille discrète mais décisive : celle de l’électricité. Dans un pays où les coupures rythment encore le quotidien et où le déficit énergétique freine toute ambition industrielle, une entreprise s’est donné une mission qui ressemble à un sacerdoce — rallumer la République démocratique du Congo. Elle s’appelle Congo Energy, elle est née en 2012, et son histoire mérite d’être racontée. Forrest Group International
I. Une héritière de cent ans d’audace congolaise
Pour comprendre Congo Energy, il faut d’abord remonter le fil d’une saga peu commune. Tout commence le 2 février 1922, à Kolwezi, lorsqu’un jeune Néo-Zélandais de seize ans, Malta Forrest, débarque au cœur du Katanga. Avec une opiniâtreté presque romanesque, il fonde l’Entreprise Générale Malta Forrest (EGMF), qui deviendra l’ossature d’un empire familial étroitement tissé à l’histoire de la RDC. Cent ans plus tard, le Groupe Forrest International (GFI), quatrième employeur privé du pays avec environ huit mille collaborateurs, demeure l’un des rares conglomérats africains à avoir traversé un siècle entier sans renier ses racines. Mining and Business
Trois générations se sont succédé à la barre. Après le fondateur, George Arthur Forrest, surnommé jadis le « vice-roi du Katanga », hisse l’entreprise au rang de poids lourd minier et industriel. Puis, en 2011, le flambeau passe à son fils aîné, Malta David Forrest ingénieur civil formé à l’École Polytechnique de l’Université libre de Bruxelles, polyglotte (français, swahili, anglais) et profondément attaché à sa terre natale. « C’est en RD Congo que je suis né, que j’ai grandi. Notre groupe est congolais », confiait-il à Jeune Afrique. Jeune Afrique
C’est précisément cet héritier discret, plus austère que flamboyant, qui va donner naissance, en 2012, à Congo Energy. Convaincu que « l’électricité est un levier fondamental du développement économique » du pays, il fait de l’énergie le nouveau cap stratégique du groupe centenaire. Ecofin Agency
II. À la barre, un capitaine taillé pour les défis : Spyros Giourgas
Si Malta David Forrest a tracé la vision, c’est un autre homme qui en pilote l’exécution quotidienne. Spyros Giourgas, CEO de Congo Energy, cumule plus de vingt-sept années d’expérience dans le secteur énergétique congolais. Ingénieur de formation, négociateur aguerri, il a piloté avec succès de nombreux projets d’envergure, dont plusieurs partenariats public-privé qui ont contribué à muscler les infrastructures du pays. VUKA Group
En janvier 2025, son aura dépasse les murs de l’entreprise : il est nommé président du conseil d’administration de l’ACERD (Association congolaise pour l’énergie et le développement durable), une consécration qui confirme son statut de figure incontournable du paysage énergétique national. Sous son leadership, Congo Energy n’est plus simplement une filiale d’un grand groupe elle est devenue un acteur de référence, un nom qui rassure les bailleurs internationaux et fait autorité dans les ministères. VUKA Group
III. Quatre piliers, un seul cap : électrifier la RDC
L’expertise de Congo Energy s’articule autour de quatre axes stratégiques qui, ensemble, dessinent une ambition de bout en bout — du câble à la centrale, du compteur intelligent au mégaprojet hydroélectrique. Forrest Group International
- Les infrastructures électriques pour l’industrie. Conception sur mesure, installation à la pointe de la technologie, prix compétitifs : l’entreprise équipe les sites miniers, les usines, les hôpitaux et les centres de données qui constituent l’épine dorsale économique du pays.
- La gestion de projets. Études de faisabilité, négociations contractuelles, supervision de chantier, suivi financier : Congo Energy maîtrise l’intégralité de la chaîne administrative et technique. C’est cette compétence rare, sur un terrain souvent complexe, qui en fait le partenaire privilégié des multinationales installées en RDC.
- La construction et la rénovation des infrastructures de production, transport et distribution. Centrales hydroélectriques, solaires, thermiques, sous-stations, postes de transformation, lignes haute tension — l’entreprise opère sur l’ensemble du spectre énergétique.
- La commercialisation et le service après-vente. Distributeur exclusif en RDC de PRAMAC (groupes électrogènes de 10 à 4 000 kVA), partenaire officiel de Schneider Electric, Beka Schréder, Sunna Design et Sunoptimo, Congo Energy joue la carte des alliances internationales pour offrir à ses clients ce qui se fait de mieux sur le marché. Forrest Group International
Congo Energy Certifications ISO 9001, 14001 et 45001
À ce socle technique s’ajoute une exigence rare en Afrique centrale : la qualité certifiée. Congo Energy a été la première entreprise de son secteur en RDC à décrocher la certification ISO 9001. En 2024, elle franchit un palier supplémentaire en obtenant la triple certification ISO 9001, ISO 14001 et ISO 45001 une rareté nationale qui couvre la qualité, l’environnement et la sécurité au travail. Forrest Group International
IV. Des réalisations qui parlent plus fort que les discours
Pour mesurer le poids réel de l’entreprise, il faut regarder ses chantiers. Et ils sont impressionnants.
À Manono, dans le sud-est du pays, Congo Energy a livré une centrale solaire de 1 MWc couplée à 3 MWh de stockage par batteries, considérée à sa mise en service comme probablement la plus grande centrale solaire 100 % off-grid d’Afrique. Un réseau moyenne et basse tension de 15 kilomètres a été déployé dans la foulée, accompagné de 350 compteurs à prépaiement et d’un point de vente SNEL autrement dit, une véritable petite révolution énergétique pour une localité jusque-là plongée dans l’obscurité. ACERD



À Kolwezi, c’est l’éclairage solaire du Rond-Point Malu qui change le visage urbain. À Inga II, l’entreprise a participé à la réhabilitation des groupes G27 et G28, contribuant à raviver l’un des fleurons hydroélectriques du continent. Elle est également au cœur du projet FRIPT, ce vaste programme d’amélioration des infrastructures énergétiques. Ecofin Agency

Mais c’est sans doute le projet Kinsuka Power qui scelle aujourd’hui le statut historique de Congo Energy.
V. Kinsuka Power : 2,8 milliards de dollars pour changer la RDC
Sur l’île de Kiudi, à Kinshasa, là où le fleuve Congo se brise en une succession de rapides offrant une dénivellation naturelle de quinze mètres sur près de dix kilomètres, se prépare l’un des chantiers les plus ambitieux du continent : Kinsuka Power, une centrale hydroélectrique au fil de l’eau d’une capacité installée de 900 MW et d’une production annuelle estimée à 7 450 GWh. Ecofin Agency

Le projet, porté en joint venture entre Great Lake Energy fondée par l’entrepreneur congolais Yves Kabongo et le Groupe Forrest International via Congo Energy, représente un investissement de 2,8 milliards de dollars et une période de construction d’environ cinq ans. L’électricité produite alimentera Kinshasa par une ligne haute tension à courant alternatif, et descendra plus loin encore, jusqu’aux mines de Kolwezi, via une ligne à courant continu. Études de préfaisabilité confiées à Tractebel, validation administrative obtenue, soutien explicite du ministère des Ressources hydrauliques et de l’Électricité ainsi que de la SNEL : tous les feux sont au vert. Ecofin Agency
Pour Spyros Giourgas et ses équipes, c’est l’aboutissement de plus d’une décennie de travail méthodique. Pour la RDC, c’est la promesse d’une bouffée d’oxygène économique sans précédent.
VI. Une dimension humaine, à hauteur d’hommes et de villages
Derrière les mégawatts, il y a des visages. Des techniciens congolais formés aux dernières technologies européennes, des ingénieurs qui sillonnent les routes poussiéreuses du Katanga pour superviser un poste de transformation, des familles qui voient pour la première fois s’allumer une ampoule sur la place de leur village, des hôpitaux qui n’ont plus à interrompre une opération chirurgicale faute de courant.
C’est dans ces moments simples — souvent invisibles depuis les capitales — que se mesure l’utilité réelle d’une entreprise comme Congo Energy. Là où d’autres ne voient qu’un marché difficile, Malta David Forrest et Spyros Giourgas voient une mission : « Contribuer à la réduction du déficit énergétique en RDC », comme le proclame la vision officielle de l’entreprise. ACERD
VII. Un horizon qui s’éclaircit
La République démocratique du Congo s’est fixé l’objectif de doubler sa capacité de production électrique pour atteindre 1 500 MW d’ici 2030. Dans cette équation nationale, Congo Energy n’est pas un acteur parmi d’autres : c’est l’un des rares opérateurs privés capables de tenir la cadence, sur le plan technique comme sur le plan financier. Energy Capital & Power
Adossée à un groupe centenaire, dirigée par un duo Forrest–Giourgas qui combine vision familiale et expertise opérationnelle, alliée aux plus grands noms mondiaux de l’énergie, et désormais au cœur d’un projet de presque trois milliards de dollars, l’entreprise écrit une nouvelle page dans la longue histoire industrielle du Congo.
Conclusion
La lumière comme étendard
L’histoire de Congo Energy est, à bien des égards, celle d’un pari gagné sur l’avenir. Pari sur un pays trop souvent réduit à ses crises, alors qu’il porte en lui par son fleuve, son soleil et son sous-sol l’un des plus formidables potentiels énergétiques de la planète. Pari sur la continuité d’une famille qui, depuis 1922, a choisi de bâtir au Congo plutôt qu’à côté de lui. Pari, enfin, sur cette idée simple mais puissante : qu’aucun développement durable n’est possible sans électricité fiable.
À l’heure où l’Afrique tout entière redéfinit son rapport à l’énergie, l’exemple de Congo Energy démontre qu’un acteur africain, enraciné dans son territoire et appuyé sur des standards internationaux, peut conjuguer rentabilité, innovation et impact social. La lumière, ici, n’est pas qu’une métaphore. C’est une promesse et elle s’allume, kilowatt après kilowatt.
Aristote TALY
