Kinshasa, mercredi 22 avril 2026, La capitale congolaise, carrefour des ambitions et des influences, a vu défiler ce mercredi une silhouette déterminée, porteuse des espoirs d’une province souvent oubliée des grands récits nationaux. Claudine Atisandi Elondia, ministre provinciale du Plan, du Budget, de l’Économie et porte-parole du gouvernement de la Tshopo, n’est pas venue en touriste. Elle est venue réclamer, avec la rigueur de sa fonction et la passion de son mandat, ce que beaucoup considèrent comme la clé du décollage de sa province : l’accompagnement sans faille du gouvernement central.
Reçue au ministère d’État du Plan par Guylain Nyembo, l’un des piliers de la stratégie de développement national, Mme Atisandi a posé sur la table bien plus qu’une simple requête de courtoisie. Elle a déposé le dossier d’une province aux potentialités immenses mais aux défis colossaux, convaincue que l’avenir de la Tshopo se joue désormais dans cette interaction entre le local et le national.

Une ministre en mission pour une vision : « Tshopo Mosala »
Le déplacement de Claudine Atisandi Elondia s’inscrit dans la droite ligne de la vision du gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga, un programme ambitieux baptisé « Tshopo Mosala » littéralement, « Tshopo au travail ». Cette philosophie de gouvernance, portée par un exécutif provincial récemment remanié, entend rompre avec les logiques d’assistanat pour faire de la province un véritable moteur de croissance, capable de valoriser ses propres richesses et d’améliorer concrètement les conditions de vie des populations boyomaises.
Pour incarner cette vision, le gouverneur Lendongolia s’est appuyé sur une équipe renouvelée, au sein de laquelle Claudine Atisandi Elondia occupe une place centrale. Figure montante de la politique provinciale, elle cumule des portefeuilles stratégiques Plan, Budget, Économie, Commerce, Entrepreneuriat et PME tout en assumant la fonction exigeante de porte-parole du gouvernement. Une nomination récente qui témoigne de la confiance placée en elle pour piloter la transformation économique de la Tshopo et porter sa voix bien au-delà de Kisangani.
Cette confiance, elle l’a déjà traduite en actes. Il y a quelques jours à peine, elle déposait officiellement les édits budgétaires de l’exercice 2026 auprès de la Cour des Comptes, un geste fort en faveur de la transparence financière et de la bonne gouvernance. Une manière de poser les fondations d’une gestion rigoureuse avant même de solliciter l’appui de Kinshasa.
Un plaidoyer pour un développement équilibré du territoire

« Nous sommes venus renforcer la collaboration entre le ministère national du Plan et le gouvernement provincial, dans une dynamique d’interaction et d’efficacité de l’action publique », a déclaré Claudine Atisandi à l’issue de son entretien avec Guylain Nyembo. « Nous avons sollicité l’accompagnement du ministre d’État pour soutenir les priorités de développement de la Tshopo, en cohérence avec la vision du Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi. »
Ces mots, pesés et choisis, résonnent comme un appel à une décentralisation plus effective. La Tshopo, province stratégique du nord-est de la RDC, regorge en effet d’atouts encore largement sous-exploités. La récente visite du Groupe de Coordination des Partenaires (GCP) à Kisangani et Yangambi en juin 2025 l’a confirmé : la province est un maillon essentiel du projet présidentiel du Couloir Vert Kivu-Kinshasa, une initiative alliant développement durable et transition économique dans le bassin du Congo.
La centrale hydroélectrique de la Tshopo, dont les travaux de réhabilitation financés par l’agence belge ENABEL devraient porter la production à 13 mégawatts d’ici la fin de l’année, symbolise ce potentiel de renaissance. Mais elle illustre aussi les attentes immenses d’une population qui aspire à une énergie fiable, condition sine qua non de toute activité économique moderne.
Guylain Nyembo : l’écoute attentive d’un État stratège
Face à ce plaidoyer, Guylain Nyembo n’a pas fait la sourde oreille. L’économiste chevronné, originaire du Tanganyika voisin, connaît mieux que quiconque les réalités des provinces de l’Est. Sa philosophie, martelée lors de ses prises de parole internationales, est claire : « Nous souhaitons que chaque province de la RDC devienne un moteur de croissance ».
Cette rencontre entre les deux ministres du Plan — l’un national, l’autre provincial — dépasse donc le simple cadre protocolaire. Elle incarne une convergence de vues sur la nécessité d’une planification territorialisée, où Kinshasa n’est plus seulement un centre décisionnel lointain mais un partenaire engagé dans la réussite des dynamiques locales.
La ministre provinciale s’est d’ailleurs félicitée de « l’écoute attentive » de son interlocuteur, qui a rassuré de son engagement à accompagner les efforts de la province. Un signal positif pour une région qui, malgré ses richesses — des milliards de tonnes de minerai de fer aux immenses réserves forestières — peine encore à traduire son potentiel en prospérité partagée.
La décentralisation à l’épreuve du réel
Cette rencontre s’inscrit dans un contexte national où la question de la décentralisation reste un chantier inachevé. Si la Constitution de 2006 a consacré l’autonomie des provinces, la réalité du terrain est souvent marquée par de faibles transferts de ressources, des inégalités territoriales profondes et des déficits persistants en infrastructures. La Tshopo n’échappe pas à cette règle.
Pourtant, des signaux encourageants émergent. La création récente de deux entreprises publiques provinciales la Société des Bois de la Tshopo et la Société de Transport de la Tshopo témoigne d’une volonté de reprendre en main la valorisation des ressources locales et de générer des recettes propres. De même, l’annonce d’un investissement de plus de 50 millions de dollars pour la construction d’une nouvelle université à Kisangani, dans le cadre d’un vaste programme national de renforcement du secteur éducatif, confirme que la province attire désormais les regards des grands décideurs.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit la mission de Claudine Atisandi : transformer les promesses en réalisations, les discours en chantiers, les potentialités en emplois.
Une voix pour l’Est, un écho pour la Nation
En regagnant Kisangani, la ministre provinciale emportera avec elle bien plus que des assurances verbales. Elle rapportera la conviction que le dialogue entre Kinshasa et les provinces peut et doit s’intensifier. Car le développement de la RDC ne se décrète pas depuis la capitale ; il se construit au plus près des réalités locales, dans les territoires où chaque franc investi, chaque route réhabilitée, chaque école ouverte change concrètement des vies.
La Tshopo, avec son fleuve majestueux, ses forêts denses et ses ressources minérales colossales, a longtemps été perçue comme une terre de promesses lointaines. Aujourd’hui, à travers la voix posée mais déterminée de Claudine Atisandi Elondia, elle rappelle à la République que son avenir se joue aussi sur les rives du Congo. Et que le temps est venu de transformer l’essai.
Aristote TALY
