KISANGANI – Dans l’enceinte solennelle de l’Assemblée provinciale de la Tshopo, l’atmosphère de ce mardi 21 avril était chargée d’une urgence dépassant les joutes politiques habituelles. Ce n’était pas seulement un député qui s’exprimait, mais un médecin face à une hémorragie silencieuse. L’honorable Dr Aimé Eyane, élu d’Opala, a déposé une proposition d’édit historique visant à sanctuariser le financement de la vaccination. Un texte qui se veut le rempart ultime contre l’abandon sanitaire de milliers d’enfants.
Le choc des chiffres : l’urgence d’un diagnostic sans complaisance
Le constat dressé par le Dr Aimé Eyane est un électrochoc. Dans une province à la géographie aussi majestueuse qu’implacable, les statistiques sanitaires crient leur détresse. Selon les données de 2025, plus de 50 000 enfants dans la Tshopo n’ont jamais reçu la moindre dose de vaccin. Ces « enfants zéro dose » incarnent une vulnérabilité extrême face à des maladies pourtant évitables.
Le Dr Eyane n’a pas hésité à confronter ses collègues à la dure réalité des classements nationaux : avec seulement 6 % d’enfants de 12 à 23 mois complètement vaccinés (Enquête EDES 2023-2024), la Tshopo stagne à la 21e place sur les 26 provinces de la RDC. Un paradoxe insupportable pour une province aspirant à être le moteur du bloc septentrional.
« Pourquoi avoir initié cette proposition ? Parce que notre pays reste l’un des plus vulnérables, et la Tshopo est identifiée comme une zone critique », a-t-il martelé à la tribune, rappelant que derrière chaque pourcentage se cache une vie en péril.
Inverser le paradigme : de la dépendance à la souveraineté sanitaire
L’originalité et la force de cette proposition d’édit résident dans sa volonté de rupture. Jusqu’ici, la vaccination en RDC repose largement sur la béquille, parfois vacillante, des bailleurs de fonds internationaux. Pour le Dr Aimé Eyane, cette dépendance constitue un risque structurel qu’il faut désormais neutraliser.
Le projet législatif propose la création d’un cadre légal et stratégique pour une mobilisation pérenne des ressources locales. L’objectif est clair : garantir la distribution des vaccins, assurer la maintenance cruciale de la chaîne du froid dans une région où l’électricité est un luxe et, surtout, motiver un personnel de santé souvent laissé pour compte.
Il s’agit d’une véritable déclaration de souveraineté sanitaire. En créant un établissement public provincial dédié, la Tshopo ne se contenterait plus d’attendre l’aide extérieure, mais prendrait les rênes de sa propre survie.
Un bouclier juridique en trois chapitres
Technique mais accessible, la proposition s’articule autour de huit articles structurés en trois chapitres :
- Dispositions générales : fixer le cadre et les définitions.
- Sources de financement : identifier les leviers économiques pour alimenter ce fonds vital.
- Gestion et exécution : garantir la transparence et l’efficacité de l’outil de gestion.
L’élu d’Opala a également sollicité la mise en place d’une commission mixte (Assemblée et Exécutif) afin d’ancrer ce texte dans les réalités du terrain. Ce « bouclier » doit protéger contre des fléaux tels que la poliomyélite, la rougeole, la tuberculose (BCG), la fièvre jaune et bien d’autres pathologies qui continuent de compromettre l’avenir de la province.
L’appel de Kisangani : un devoir de conscience
Au-delà de l’aspect législatif, le plaidoyer du Dr Aimé Eyane est un appel à la conscience collective. Il rappelle que la vaccination demeure l’intervention de santé publique à plus fort impact. Face aux barrières socioculturelles et à l’immensité de la « Tshopo-Katare », seul un engagement politique ferme peut briser le cycle de la morbidité infantile.
La balle est désormais dans le camp de ses pairs. En recevant cette proposition, les députés provinciaux ont l’occasion de transformer une session parlementaire ordinaire en un acte fondateur pour les générations futures.
Le Dr Aimé Eyane a tracé la voie. Dans les couloirs de l’Assemblée, une question demeure : la Tshopo aura-t-elle le courage de financer sa propre vie ?
Aristote TALY
