Entre calendriers flous, critères d’accession opaques et manque de lisibilité administrative, le football à Kisangani traverse une zone de turbulences. L’opérateur sportif Soleil Mosindo brise le silence et pointe du doigt un système qui semble avoir perdu sa boussole. Enquête sur un malaise profond qui menace l’élite du sport dans la province de la Tshopo.
Par Trésor Makaya TA
À Kisangani, là où le fleuve Congo impose son rythme majestueux, le football a toujours été plus qu’un sport : c’est un poumon social. Pourtant, aujourd’hui, ce poumon semble s’asphyxier. Derrière la ferveur des gradins et le talent brut des jeunes athlètes, une machine administrative grippée suscite une exaspération croissante.
Le signal d’alarme est venu d’une figure respectée des cercles sportifs : Soleil Mosindo. Dans une sortie médiatique d’une rare franchise, l’opérateur sportif a mis des mots sur un sentiment de déshérence partagé par de nombreux dirigeants : « Personnellement, je ne m’y retrouve plus. » Un aveu de perplexité qui résonne comme un réquisitoire contre l’organisation actuelle des compétitions locales et provinciales.
Un imbroglio institutionnel : à quoi servent les matchs ?
Au cœur de la polémique se trouve une question d’une simplicité désarmante, mais aux conséquences dévastatrices : quel est l’objectif réel des championnats ? Pour Soleil Mosindo, la hiérarchie des compétitions est devenue illisible. D’un côté, le championnat local piloté par l’Entente de Football de Kisangani (EUFKIS) semble tourner à vide. S’agit-il d’une simple occupation de terrain ou d’un véritable vivier de promotion ? « Pourquoi les équipes disputent-elles ce championnat et dans quel but précis ? », s’interroge-t-il avec force. Sans une carotte claire au bout de la saison — qu’il s’agisse d’une montée garantie ou d’une visibilité structurée — l’investissement des clubs devient un acte de foi suicidaire.
LIFPO et Linafoot : le brouillard de la « Zone Est A »
Le malaise s’épaissit lorsque l’on monte d’un échelon. La Ligue de Football de la Province Orientale (LIFPO) est aujourd’hui sur le banc des accusés. Les critiques de Mosindo ne s’arrêtent pas à la forme ; elles touchent au fondement même de la compétition provinciale. Les clubs boyomais, souvent exsangues financièrement, peinent à comprendre la finalité de ces tournois : qualification réelle, titre honorifique ou simple formalité administrative ?
Cette confusion atteint son paroxysme lorsqu’il s’agit de l’accession aux divisions nationales (Ligue 1 et Ligue 2). Dans le sillage des remous qui ont secoué la Zone Est A — une zone géographique complexe intégrant la Tshopo et l’Ituri — les critères de promotion semblent s’être volatilisés dans les couloirs des instances.
« À quel moment une équipe peut-elle monter ? Sur quelle base de critères ? », martèle Soleil Mosindo.
L’absence de réponses précises crée un climat de suspicion. Dans un sport qui devrait être régi par la méritocratie, l’incertitude réglementaire est le terreau de toutes les frustrations.
Un appel à la « Perestroïka » du football local
L’intervention de Soleil Mosindo n’est pas qu’une simple plainte ; c’est un plaidoyer pour une réforme de la transparence. L’urgence est à la vulgarisation des règlements. Pour que le football boyomais retrouve sa splendeur, les acteurs — dirigeants, joueurs et supporters — doivent disposer d’une feuille de route claire.
On ne bâtit pas une élite sportive sur des sables mouvants. La crédibilité des instances, LIFPO en tête, est aujourd’hui engagée. Si le football est un langage universel, les règles du jeu à Kisangani semblent avoir besoin d’une traduction urgente et honnête.
Alors que le débat enflamme désormais les cercles sportifs de la ville, tous les regards se tournent vers les bureaux de la Ligue. Le silence ne sera plus une option. Car à Kisangani, si le soleil finit toujours par se lever, le monde du football, lui, attend toujours que la lumière soit faite sur son avenir.
