Entre l’urgence d’améliorer les conditions sociales et la réalité implacable des chantiers en cours, le secteur congolais de la construction se trouve à la croisée des chemins. Dans un vibrant plaidoyer adressé au gouvernement, le Club BTP & CMA, dirigé par Jean Bamanisa Saïdi, tire la sonnette d’alarme sur l’application immédiate du nouveau Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG). Plus qu’une simple requête financière, l’organisation met sur la table une vision structurelle : conditionner l’augmentation salariale à une montée en compétences massive des travailleurs congolais.
L’intention gouvernementale est louable et légitime : revaloriser le pouvoir d’achat des travailleurs congolais par une révision à la hausse du SMIG. Cependant, sur le terrain, cette décision soudaine menace de provoquer un véritable séisme économique. Dans une correspondance officielle datée du 13 mars 2026, adressée au ministre de l’Emploi, du Travail et de la Prévoyance sociale, avec copie à la Première ministre, le Club BTP & CMA (Bâtiment, Travaux publics et Génie civil) sollicite l’octroi urgent d’un moratoire pour les projets immobiliers et de construction déjà en cours d’exécution.


L’EFFET COUPERET SUR UN SECTEUR NÉVRALGIQUE
Le constat dressé par l’organisation est sans appel. Les budgets de construction actuellement en phase d’exécution ont été rigoureusement calculés, arrêtés et signés sur la base des anciens équilibres financiers. Imposer une augmentation brutale des charges de main-d’œuvre, sans qu’aucun mécanisme de révision des prix contractuels n’ait été prévu, revient à compromettre l’achèvement de nombreux chantiers.
Les conséquences redoutées sont triples. D’abord, une menace directe sur la viabilité des projets, avec un risque de multiplication des chantiers abandonnés à travers le pays. Ensuite, un paradoxe social cruel : en voulant améliorer les revenus, cette mesure fragilise financièrement les entreprises, ce qui pourrait conduire à des arrêts massifs de chantiers et précipiter des milliers de compatriotes dans le chômage technique. Enfin, un coup de frein brutal à la dynamique de développement urbain, le choc des coûts de production risquant de refroidir drastiquement les futurs investissements immobiliers.
LA PRODUCTIVITÉ COMME CONDITION SINE QUA NON DU PROGRÈS SOCIAL
Toutefois, le Club BTP & CMA ne s’inscrit nullement dans une posture d’opposition stérile au progrès social. C’est ici que l’approche de la structure présidée par Jean Bamanisa Saïdi prend toute son ampleur. L’équation proposée est simple mais fondamentale : une augmentation du SMIG ne peut être économiquement viable que si elle s’accompagne d’une hausse proportionnelle du rendement et de la productivité des agents.
Comment mieux rémunérer un travailleur si sa qualification technique ne lui permet pas d’optimiser son rendement sur le chantier ? Pour sortir de cette impasse, le Club BTP & CMA s’engage à s’attaquer au mal à la racine à travers un vaste programme de mise à niveau du capital humain. Le moratoire sollicité n’est donc pas un temps mort, mais une période de transition indispensable pour aligner les compétences sur les nouvelles exigences salariales.
UN PLAN D’ACTION AMBITIEUX POUR LA FORMATION PROFESSIONNELLE
Conscient de son rôle de moteur économique, le Club BTP travaille déjà en synergie avec de multiples structures de formation afin de certifier et qualifier la main-d’œuvre locale. Pour accompagner la vision gouvernementale, l’association s’engage à mettre en œuvre rapidement plusieurs axes stratégiques majeurs :
- Le lancement du programme « Formation des formateurs » : ciblant les cadres de l’INPP (Institut national de préparation professionnelle), des écoles techniques et des centres de formation, ce programme vise à instaurer des référentiels de qualité internationale, en partenariat avec les ministères de tutelle.
- La modernisation des outils existants : le Club prévoit d’apporter son expertise technique pour moderniser les centres de formation des grandes entreprises publiques telles que l’ONATRA et la SNCC, afin de les adapter aux standards industriels contemporains.
- Une pédagogie inclusive et standardisée : fait marquant, l’organisation s’attelle à la finalisation de curriculums standards pour les métiers du BTP, dispensés non seulement en français, mais également dans les quatre langues nationales (lingala, tshiluba, swahili, kikongo). Une initiative cruciale pour garantir une transmission fluide et efficace des compétences techniques sur l’ensemble du territoire.
VERS UN PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ POUR SAUVER L’EMPLOI
L’envergure de ce programme de qualification professionnelle dépasse le simple cadre associatif : elle relève de l’utilité publique. C’est pourquoi le Club BTP & CMA appelle à un accompagnement financier de l’État pour soutenir ces activités de formation. Ce partenariat public-privé scellerait une alliance stratégique : l’État garantirait un climat des affaires stable grâce à un moratoire concerté, tandis que le secteur privé s’engagerait à mettre sur le marché une main-d’œuvre hautement qualifiée, dont le niveau de productivité justifiera pleinement, à terme, les nouveaux standards de rémunération.
En sollicitant une audience pour exposer les données chiffrées de cet impact, Jean Bamanisa Saïdi et le Club BTP & CMA tendent la main au gouvernement. Il appartient désormais aux autorités de saisir cette opportunité d’allier justice sociale et réalisme économique, afin que la revalorisation salariale en RDC soit le fruit d’une véritable révolution des compétences, et non le catalyseur d’une crise sectorielle.
Aristote TALY
