Des avenues submergées, des caniveaux engorgés et une mégapole qui semble, à chaque pluie diluvienne, retenir son souffle. Face à l’urgence climatique et démographique, l’espoir d’une refondation renaît dans la capitale congolaise. Le sénateur Jean Bamanisa, figure de proue d’Expo Béton, vient de saluer un tournant majeur : le réveil stratégique de l’Hôtel de Ville. En exhumant le SOSAK, ce plan directeur trop longtemps relégué aux oubliettes, Kinshasa pourrait enfin dompter ses eaux et repenser son espace urbain. Au cœur de cette vision audacieuse : la maîtrise des rivières Funa et Makelele, et la métamorphose d’un Camp Kokolo appelé à devenir la cité de demain.
Le retour inespéré du SOSAK : la boussole d’une capitale
Pendant des années, le développement de Kinshasa a ressemblé à une navigation à vue. Face à une croissance démographique galopante, l’urbanisation sauvage a dicté sa loi. Pourtant, un remède existait : le fameux SOSAK (Schéma d’Orientation Stratégique de l’Agglomération Kinoise). Élaboré au milieu des années 2010 avec l’appui de partenaires internationaux, ce document jetait les bases d’un développement harmonieux pour les décennies à venir. Son sort ? Les fonds de tiroirs des précédents exécutifs provinciaux.
Aujourd’hui, la donne semble changer. C’est avec un soulagement non dissimulé que le sénateur Jean Bamanisa, initiateur du grand rendez-vous de la construction Expo Béton, a salué le changement de cap de l’actuel Gouvernorat de Kinshasa. « Il est bon de constater que le Gouvernorat tient compte des plans du SOSAK que les prédécesseurs avaient mis au fond des tiroirs », s’est-il réjoui. Une prise de conscience salvatrice qui marque, espérons-le, la fin de l’improvisation dans la gestion de l’une des villes les plus peuplées d’Afrique.
Le défi de l’eau : dompter la géographie et sauver le Palais du Peuple
Mais les plans ne suffisent pas ; il faut des actes forts pour contrer les caprices d’une géographie complexe. L’élu pose un diagnostic clinique et implacable : Kinshasa est fondamentalement « un bas-fond entouré de collines ». À chaque averse, les eaux de ruissellement dévalent les pentes, drainant avec elles des tonnes de matériaux de surface. Ces sédiments finissent leur course en constituant de redoutables « bouchons dans les caniveaux et les cours d’eau », ensablant les zones basses et obstruant les embouchures vers le fleuve Congo.


Le résultat de cette équation géographique, les Kinois le vivent dans leur chair : inondations meurtrières, maladies hydriques et infrastructures paralysées. Symbole de cette vulnérabilité, l’emblématique Palais du Peuple, cœur battant de la démocratie congolaise, se retrouve régulièrement cerné par des mares stagnantes.
Pour y remédier, Jean Bamanisa propose une ingénierie à la hauteur du défi : la construction d’un vaste réseau d’égouts capables de canaliser efficacement ces eaux vers de nouveaux canaux. Plus encore, il insiste sur l’urgence d’installer « des systèmes de décantation de la rivière Funa et de la Makelele ». En filtrant les sédiments avant qu’ils n’engorgent la ville, cette approche technique pourrait résoudre de manière définitive le cauchemar des inondations dans le centre névralgique de la capitale.
Camp Kokolo : d’une forteresse militaire à une cité de l’avenir ?
Au-delà de l’assainissement, c’est l’occupation de l’espace qui est repensée. Et sur ce terrain, le promoteur d’Expo Béton jette un pavé dans la mare en ciblant l’un des espaces les plus vastes et les mieux situés de la capitale : le mythique Camp Kokolo.

« Ce n’est plus un camp militaire au vrai sens du terme », tranche-t-il avec la candeur de l’évidence. De fait, englouti par l’expansion urbaine, ce site historique se trouve aujourd’hui en plein centre-ville, posant de réelles questions d’aménagement et de sécurité publique (un débat d’ailleurs soulevé dès 2019 par certains ministères plaidant pour la délocalisation des casernes).
Pour Bamanisa, ce déclassement de fait est une opportunité en or. Il plaide pour « l’urbanisation et la construction d’une nouvelle cité sur le site de l’espace Camp Kokolo ». Imagine-t-on un instant ce que représenterait la récupération de ces centaines d’hectares ? Des logements modernes, des espaces verts, des centres d’affaires… Une respiration inespérée pour une ville étouffée par sa propre densité.
Le temps de l’action
À travers ce plaidoyer, le sénateur Jean Bamanisa ne se contente pas de distribuer des bons points ; il fixe un cap d’une exigence rare. Kinshasa n’a plus le luxe d’attendre. Les diagnostics sont faits, les plans (comme le SOSAK) sont désormais sur la table de l’Hôtel de Ville, et les solutions techniques sont identifiées.
Transformer Kinshasa ne se fera pas en un jour. Cela exigera une volonté politique inébranlable, des financements colossaux et l’adhésion d’une population souvent meurtrie mais incroyablement résiliente. Cependant, en osant s’attaquer aux racines du mal — qu’il s’agisse du dragage de la Funa ou de la reconversion audacieuse du Camp Kokolo —, la capitale congolaise prouve qu’elle n’est pas condamnée à subir sa géographie. Elle a enfin l’opportunité de s’en rendre maîtresse.
Aristote TALY
