Kisangani, province de la Tshopo — Certains élus profitent de leurs vacances parlementaires pour souffler. D’autres, eux, n’éteignent jamais la flamme. Le sénateur Jean Bamanisa Saïdi appartient résolument à cette seconde catégorie. Pendant la trêve parlementaire, cet homme d’État, entrepreneur visionnaire et natif de Kisangani, a choisi d’ouvrir grand les portes de sa ferme à une délégation de haut rang du Fonds Social de la République Démocratique du Congo — et ce que cette rencontre a révélé dépasse de loin le simple cadre d’une visite de courtoisie.
Un homme qui n’attend pas
Il y a des gestes qui parlent plus fort que tous les discours. Accueillir, en pleine saison de repos institutionnel, Monsieur Urbain Batalokutu, Directeur Chef d’Agence du Fonds Social de la Tshopo, sur les 470 hectares de la Fondation Bamanisa à Kisangani, c’est signifier clairement que le développement ne connaît pas d’agenda creux. Le sénateur Jean Bamanisa Saïdi, ancien gouverneur de la Province Orientale et figure incontournable de la vie politique et économique de cette région du Congo, a tenu, avec cette visite guidée d’exception, à montrer ce que vingt ans d’engagement tranquille et déterminé peuvent produire sur une terre d’Afrique centrale.


470 HECTARES D’ESPOIR
Le site est impressionnant. En foulant le sol de cette vaste exploitation agricole adossée à la Fondation Bamanisa, Urbain Batalokutu n’a pas caché son sentiment. Ce qu’il a découvert là, dit-il, « raconte vraiment le projet du Fonds Social » :

« J’ai visité le site de la Fondation Bamanisa avec une superficie de 470 hectares. Ce que je viens de remarquer, tout ce qui est en train de se passer ici, ça raconte vraiment le projet du Fonds Social. Le cœur du programme, c’est la *transformation de l’agriculture. Et je pense qu’avec tout ce que nous sommes en train de faire, on commence par le premier projet qui est la *gouvernance — c’est-à-dire qu’il faut former déjà — et le deuxième, c’est la chaîne de valeur. Ce que j’ai trouvé ici remplit toutes les conditions nécessaires. »
Quatre cent soixante-dix hectares. Pas une vitrine. Un écosystème vivant, en pleine activité, où la théorie agricole se traduit en pratique concrète et rentable. Un territoire que la Fondation Bamanisa met gratuitement à la disposition des apprenants formés par le Fonds Social — offrant à chaque bénéficiaire, à l’issue de son parcours de formation, un à deux hectares pour mettre en œuvre et dupliquer les compétences acquises, avec l’accompagnement continu du Fonds Social à leurs côtés.
LE CDAR-B, UN LABORATOIRE À CIEL OUVERT
Au cœur de ce dispositif se dresse le CDAR-B — Centre de Développement Agricole et Rural de Bangoka, colonne vertébrale opérationnelle de la Fondation. Vingt ans d’existence. Trois années de formation intensive déjà délivrées. Des infrastructures d’hébergement pour les étudiants. Des partenariats fructueux noués avec l’Union européenne à travers le CIFOR — Centre International de Recherche en Foresterie — avec des cycles de formation de trente personnes par session. Et des résultats palpables sur le terrain. À Yangambi, le sénateur Bamanisa l’a constaté lui-même : une agriculture désormais organisée, des espèces autrefois inconnues dans la région — les tomates, d’autres légumes — qui poussent aujourd’hui en rangs disciplinés, symboles d’une révolution verte qui s’opère dans le calme, loin des strasses des tribunes.
« Depuis 2005, la Fondation a propagé les plantules, les semences. Un grand travail a été accompli », confie le sénateur avec une modestie qui n’exclut pas la fierté.
UNE SURPRISE QUI VALAIT DE L’OR
Parmi les coïncidences heureuses de cette journée, Urbain Batalokutu n’en est pas revenu. Sur le site de la Fondation Bamanisa, il a croisé des élèves de l’École Maïndéléo, établissement d’enseignement technique agronomique que le Fonds Social lui-même avait contribué à construire. Trouver ces jeunes là, en situation réelle sur le terrain agricole, a provoqué chez lui une évidence immédiate :

« J’ai trouvé des élèves de l’école Maïndéléo — une école technique agronomique que le Fonds Social avait construite. Je suis étonné de les retrouver ici. Et sur place, je me suis dit : la prochaine étape pour la sélection des jeunes, nous allons miser sur ces écoles-là, parce qu’ils sont vraiment dans le bain de la situation. C’est un motif de satisfaction. Je pars avec beaucoup de joie parce que j’ai trouvé ce que j’étais venu chercher. La journée a été belle — pour moi, pour mon équipe, et pourquoi pas pour le Fonds Social, parce que nous raconterons un patriote qui accepte de donner des hectares aux apprenants. »
LE FONDS SOCIAL : BRAS ARMÉ DE LA VISION PRÉSIDENTIELLE
Le Fonds Social de la RDC — créé par décret présidentiel — est l’instrument opérationnel de la politique sociale et agricole du Chef de l’État Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Dans la Tshopo, ce sont déjà 500 jeunes et femmes sélectionnés dans le cadre du programme ambitieux PAGDC-PTA, prêts à révolutionner la production agricole locale. La mission est claire : former, incuber, accompagner une nouvelle génération d’agripreneurs capables de dynamiser durablement les chaînes de valeur de la province.
Pour Urbain Batalokutu, la visite a cristallisé une conviction :

« C’est à la Fondation de venir vers le Fonds Social. Je veux être votre partenaire et nous allons sceller les mains ensemble pour développer la province de la Tshopo en termes de transformation de l’agriculture — qui est le programme du Chef de l’État. Lui-même en est le générateur, le visionnaire. Il a voulu qu’il y ait, cette fois-ci, une revanche des sols sur les sous-sols, au travers de la transformation de l’agriculture. »
La formule présidentielle est désormais inscrite dans le marbre de la stratégie nationale congolaise : « la revanche du sol sur le sous-sol » — adoptée officiellement par le gouvernement en novembre 2025. Une inversion symbolique et stratégique : faire du sol nourricier ce que le sous-sol minier a longtemps été pour le Congo — une source de richesse, de souveraineté et d’avenir. Source
LE SÉNATEUR PARLE : UNE VISION, UNE AMBITION, UN TERRITOIRE
Lorsque le sénateur Jean Bamanisa Saïdi prend lui-même la parole, les mots coulent avec l’assurance de celui qui a bâti, pierre à pierre, au fil des décennies, quelque chose de rare en Afrique centrale : un projet agricole durable qui produit pour les autres et non plus pour lui-même.

« Le Fonds Social de la République est un instrument du Chef de l’État pour rencontrer les besoins sociaux de la population. Aujourd’hui, un accent particulier est mis sur l’agriculture et l’agrobusiness. Cet espace de la Fondation Bamanisa existe depuis 20 ans. Nous avons travaillé avec l’Union européenne à travers le CIFOR, avec des cycles de formation de 30 personnes. À Yangambi, on sent maintenant une agriculture organisée. Des cultures qui n’étaient pas connues ici commencent à se faire. La Fondation, depuis 2005, a propagé les plantules, les semences. Nous avons besoin aujourd’hui d’être accompagnés par des structures du gouvernement. Le Fonds Social est un partenaire stratégique pour que nous puissions continuer à former. »
Ce centre, insiste-t-il, n’est plus là pour produire seul. Sa vocation est désormais tout autre — et bien plus précieuse :

« Ce centre ne produit plus pour elle-même. Il fait de la production à travers les apprenants. Ceux qui vont apprendre auront la possibilité d’exercer ici. Et n’oubliez pas : nous sommes dans le grand programme du *Corridor Vert. Il faut une agriculture durable qui respecte la *biodiversité et qui soit la plus rentable possible sans altérer l’environnement. »
CORRIDOR VERT : L’AMBITION PLANÉTAIRE QUI PASSE PAR KISANGANI
La référence au Corridor Vert n’est pas anodine. Lancé solennellement à Davos en janvier 2025, le projet Corridor Vert Kivu-Kinshasa ambitionne de protéger 100 000 kilomètres carrés de forêt tropicale congolaise — la plus grande réserve forestière tropicale de la planète — tout en générant 500 000 emplois durables. Source Kisangani, cœur de la Tshopo, se trouve précisément dans cet axe stratégique où la protection environnementale et le développement agricole durable ne sont pas des antagonistes — ils sont les deux faces d’une même médaille.
La Fondation Bamanisa, ancrée dans ce territoire, se positionne ainsi à l’intersection exacte de ces deux impératifs historiques : nourrir les populations et préserver l’écrin forestier congolais.
UN PARTENARIAT QUI SE FORGE, DES COOPÉRATIVES QUI NAISSENT
La vision tracée par le sénateur pour l’avenir est précise et structurée. Il parle de capacité à atteindre 200, 300, voire 400 apprenants simultanément. De porcheries où chaque étudiant dispose d’une loge. D’espaces agricoles partagés où les producteurs se constituent en coopératives au fil de leur montée en compétences. De fumures organiques, de plantules, de semences sélectionnées, de produits phytosanitaires, d’outils appropriés — tout un arsenal mis à la disposition des apprenants par le CDAR-B. Et d’une grande serre en projet, destinée à la production et à la propagation de plantules d’espèces rentables.
« Nous allons pousser les étudiants à faire des études de sol, à conduire des recherches sur les plantes, à connaître leurs propriétés. Les producteurs vont se mettre en coopérative, et au fur et à mesure qu’ils deviendront performants, ils entreront dans ces structures collectives pour gérer leur propre production — tandis que le CDAR continuera de les former et de leur fournir fumures, plantules, semences, produits phytosanitaires et outils. »
L’ALLIANCE EST SCELLÉE
Cette journée restera dans les mémoires de ceux qui y ont assisté. Non pas pour le protocole. Mais pour ce qu’elle symbolise : deux forces — une institution de l’État et une fondation citoyenne — qui reconnaissent mutuellement leur valeur et décident de marcher ensemble. Un sénateur patriote qui ouvre sa terre aux apprenants. Un directeur de Fonds Social qui repart avec la conviction que le terrain est prêt.
Dans une province où l’agriculture concerne plus de 80 % des ménages, où les sous-sols ont longtemps capté toutes les convoitises au détriment du sol nourricier, quelque chose d’irréversible vient peut-être de se mettre en marche — sur 470 hectares de terre fertile, à Kisangani, sous les yeux d’hommes qui ont choisi d’agir.
Aristote TALY
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