La scène diplomatique francophone s’apprête à vivre un moment de vérité. L’annonce officielle de la candidature de la République démocratique du Congo (RDC) au poste de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) résonne comme un acte de souveraineté assumée, mais aussi comme une exigence morale portée par l’histoire, le poids démographique et la réalité linguistique du pays .
Dans ce contexte chargé d’enjeux, la voix du Président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo, Mateus Kanga Londimo, tranche par sa clarté et sa fermeté. Elle ne relève ni de la posture ni de l’emphase : elle exprime une conviction enracinée dans l’honneur national. Saluant la décision du Gouvernement congolais de se porter candidat, il dénonce avec force la perspective d’un troisième mandat de la Rwandaise Louise Mushikiwabo, actuellement à la tête de l’OIF, et appelle à un sursaut collectif.

Pour l’élu de la Tshopo, la question dépasse une simple alternance institutionnelle. Elle touche à l’âme même de la Francophonie. Le plus grand pays francophone du monde, par le nombre de locuteurs et par l’ampleur de son héritage culturel, ne peut rester indéfiniment spectateur d’une organisation dont il constitue l’un des piliers vivants. Cette évidence, longtemps différée, s’impose aujourd’hui comme une nécessité stratégique et symbolique.
Le propos est dur, assumé, sans détour. Il traduit une lassitude face à ce que Mateus Kanga Londimo considère comme une injustice prolongée et une offense à la dignité nationale. À ses yeux, maintenir le Rwanda à la tête de l’OIF, alors que ce pays a fait le choix d’un basculement linguistique affirmé vers l’anglais et demeure au cœur de graves tensions régionales, constitue une contradiction politique et morale. La Francophonie, rappelle-t-il en filigrane, ne saurait être un simple décor diplomatique : elle est un espace de valeurs, de solidarité et de cohérence.
Son témoignage personnel illustre cette ligne de fracture. Lors d’un dîner officiel tenu à Lyon, en juin dernier, en marge de l’Assemblée générale de l’Association internationale des Régions Francophones (AIRF), il confie avoir volontairement refusé toute mise en scène protocolaire aux côtés de la Secrétaire générale sortante. Un geste silencieux, mais lourd de sens, révélateur d’une colère contenue et d’un refus de la complaisance. Ce moment, loin de l’anecdote, symbolise un malaise plus profond au sein de l’espace francophone, où la question de la représentativité et de la légitimité ne peut plus être éludée.
L’entrée en lice de la RDC s’inscrit dans un calendrier précis et un contexte géopolitique tendu. Le Sommet de la Francophonie prévu en novembre 2026 au Cambodge devra trancher entre des visions opposées : celle de la continuité et celle du renouvellement . Pour Kinshasa, il s’agit moins d’un duel que d’une réaffirmation : celle d’un pays décidé à assumer pleinement son leadership au sein d’une organisation qu’il n’a jamais dirigée depuis son adhésion en 1977.
Le message de Mateus Kanga Londimo est sans équivoque. La RDC doit arracher ce poste, non par orgueil, mais par responsabilité historique. Et si cet objectif venait à être refusé, la question de la participation même du pays à l’OIF devrait, selon lui, être posée sans tabou. Une position radicale, certes, mais qui traduit l’urgence d’un réveil francophone congolais.
À l’heure où la Francophonie s’interroge sur son avenir, son utilité et sa crédibilité, la candidature congolaise apparaît comme un test décisif. Elle met au défi l’organisation de se montrer fidèle à ses principes fondateurs et à la réalité de ses peuples. Dans cette bataille feutrée mais déterminante, la RDC ne demande pas une faveur : elle revendique une place qui, depuis longtemps, lui revient.
Rédaction: Aristote TALY
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